Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

14ème  Saison     Chroniques   14.11   à   14.15    Page  230

 

   

SYLVIE   VARTAN

L' Olympia  2009

 

Les  MOLIERES  2009 

Le Palmarès      Points de vue

L'Album Photos de Theothea

        

62ème Festival de Cannes 2009

Palme d' hors cinéphiles

       

Toutes nos  critiques   2009 - 2010

Les Chroniques de   Theothea.com   sur    

   

THEA BLOGS                    Recherche   par mots-clé                    THEA BLOGS      

VIE PRIVEE

de  Philip Barry

mise en scène  Pierre Laville

****

Théâtre  Antoine 

Tel: 01 42 08 77 71

 

      photo ©  Cat.S / Theothea.com 

Au-delà du titre « Vie privée », qui ne serait pas sans rappeler celui du film de Louis Malle réunissant, en 1961, Brigitte Bardot et Marcello Mastroianni, l’adaptation de « The Philadelphia Story » par Pierre Laville met ici Anne Brochet à l’abri de toutes chasses poursuites de paparazzi en transe.

Et pourtant, alors que cette saga d’une grande famille de la haute société américaine, durant les années Roosevelt à la veille de la seconde guerre mondiale, laisse pressentir un train de vie luxueux protégé de toutes contingences par les clôtures de leur propriété, c’est, bel et bien, la presse « people » qui va faire irruption dans leur résidence pour un reportage sur les préparatifs du mariage mondain annoncé entre Tracy et un brillant homme d’affaires.

Ce fut Katherine Hepburn qui créa le rôle de Tracy Samantha Lord, d’abord sur les planches de Broadway pour la Comédie musicale et ensuite à Hollywood, en compagnie de Gary Grant et James Stewart, pour le film de Georges Cukor, couronné par 6 nominations et 2 Oscars en 1940.

Ainsi au Théâtre Antoine, il apparaît donc que c’est Dexter (François Vincentelli), son ex-mari, qui a fomenté cette intrusion des deux journalistes dont l’un Macaulay Connor (Julien Boisselier) tombera rapidement, malgré le grand écart de classes sociales, sous le charme de cette jeune femme subjuguée par un bonheur suspendu et indéterminé.

Cet entre-deux du temps ira jusqu’à bousculer, à l’issue d’une nuit prénuptiale enivrée, l’identité finale du récipiendaire des noces, puisque c’est Dexter qui, en définitive, tirera les marrons du feu en reconquérant Tracy dans le meilleur des mondes.

L’atmosphère impressionniste de la mise en scène peut déconcerter les adeptes d’une dramaturgie théâtrale bien ficelée, mais ceux qui, en revanche, peuvent s’affranchir des amarres rationnelles de l’émotion, apprécieront cette saveur indicible d’un délicieux flottement onirique entre plusieurs univers.

Theothea le 21/09/09       

L'AVARE

de  Molière

mise en scène  Catherine Hiegel

****

Comédie Française

Tel: 08 25 10 16 80

 

     © Cat.S - Theothea.com

       

Au lever du rideau mordoré de la Salle Richelieu, l’unique décor de Goury, dédié à l’intégralité de la mise en scène de L’Avare par Catherine Hiegel, s’impose d’emblée avec une flagrance tautologique: « Eureka, mais c’est bien sûr!... ».

En effet, dans un entretien avec Fabienne Darge paru dans Le Monde daté du 11 septembre 09, la Doyenne de La Comédie Française explique que c’est la découverte d’une photo d’Eugène Atget représentant l’entresol d’un hôtel particulier du XVIIème qui leur a inspiré la création de cette scénographie où prédomine la cage d’un ample escalier de marbre menant aux étages supérieurs et inférieurs, respectivement appartements et caves.

En s’ouvrant face au public sis à l’orchestre et ainsi placé en point de vue de contre-plongée éminemment cinématographique, les majestueuses marches vont convier Denis Podalydès à mener en revue toutes les facettes du vice chronique, plus que jamais à la mode, en incarnant les ravages monomiaques du pouvoir de l’Argent.

A la tête de la troupe du Français, tel un pourfendeur des obstacles matériels et humains qui pourraient l’empêcher de jouir de la possession de son trésor en extension incessante, Harpagon gambade de long en large sur les marches de la prospérité, tel un jeune homme déniant le nombre des années, car l’avarice, de toutes évidences, n’a pas d’âge.

Tout grisé par les fruits de ses prêts abusifs et de l’usure escomptée, l’ignominieux vieillard est néanmoins obsédé par une cassette de dix mille écus d’or qu’il ne parviendra jamais à sécuriser.

Ce sont donc ses propres enfants et sa domesticité qui feront les frais de son inquiétude grandissante au point de les contraindre à une autodéfense dans la tromperie et le chantage.

A juste titre, Catherine Hiegel juge cette pièce de Molière tout à la fois, amorale et immorale et c’est, précisément, ce qui prévaut dans la force contemporaine de sa création laissant une impression métaphorique de danse hystérique sur les pentes d’un volcan en éveil alors que se déverserait, insidieusement, la lave calamiteuse.

Theothea le 22/09/09

ORDET

de  Kaj Munk

mise en scène  Arthur Nauzyciel

****

Théâtre du Rond-Point

Tel: 01 44 95 98 21

 

     photo ©  Frédéric Nauczyciel 

   

« Au commencement était le verbe... puis le verbe s’est fait chair... ».

De Mikkel Borgen, le père ( Pascal Greggory) à Johannes Borgen (Xavier Gallais), l’un de se trois fils, l’expérience de la parole toute puissante pourrait se transmettre, au-delà des épreuves radicales de la raison et de la folie, bien divergentes en apparence, en se sublimant dans l’apothéose du « miracle » par excellence.

En effet, de l’incarnation du verbe à la résurrection de l’aimée, morte à la suite d’une fausse couche, c’est le parcours du mysticisme radical jusqu’à l’idéalisme onirique, c’est le combat de la croyance face au rationalisme, c’est la lutte entre deux familles de pensée religieuse modérée par deux représentants institutionnels, le pasteur et le médecin d’un village du Grand Nord.

Au Théâtre du Rond-Point, avec en toile de fond, la problématique d’un visuel graphique absorbant les forces de l’inconscient, la scénographie plonge les acteurs de ce questionnement métaphysique au coeur d’un manège surnaturel tournant sur lui-même sous le chant polyphonique langoureux et atavique de l’ensemble Organum.

Ce que Raj Munk y met en jeu, c’est l’omnipotence des mots quand ils sont les vecteurs d’une certitude, sans failles, de l’entendement.

Ce qu’Arthur Nauzyciel y façonne en s’appuyant sur l’adaptation de Marie Darrieussecq, c’est la chorégraphie du langage des corps liés à leurs pulsions instinctives.

Ce que les comédiens et chanteurs investissent dans cette représentation chorale, c’est l’énergie de l’expression orale et physique, en tant que sujet de transcendance.

Ô temps suspend ton vol, avant que les applaudissements te fassent revenir à la conscience, qu’il y a une fin tangible à ce fascinant viatique. 

Theothea le 24/09/09

LA SERVA AMOROSA

de  Carlo Goldoni

mise en scène  Christophe Lidon

****

Théâtre  Hébertot 

Tel: 01 43 87 23 23

 

     photo affiche © Pascal Victor

   

Robert Hirsch pour le plaisir... sans cesse renouvelé !...

D’abord pour le sien, revenant sur les planches à 84 ans après avoir subi, avec succès, une opération à coeur ouvert, suite à l’interruption triomphale de sa tournée du « Gardien » de Pinter, en janvier 2008.

Ensuite pour ses partenaires, au premier rang desquelles Clémentine Célarié et Claire Nadeau qui, avec malignité, se disputent Otavio sur le plateau du Théâtre Hébertot puisque, malgré la rébellion de la servante Coraline, ce riche vieillard de Vérone se laisse manipuler avec complaisance par Béatrice, l’ayant épousé sur le tard pour capter l’héritage en sa faveur et celle de Lélio, son fils demeuré.

Enfin pour le public qui, d’emblée, vote des deux mains en plébiscite des retrouvailles avec le sociétaire honoraire de la Comédie Française, possédant, entre autre, ce don inimitable de la désarticulation dans l’hilarante souplesse du danseur ayant failli faire carrière en 1945.

Avec ses célèbres grimaces de comédien qui, ici, se parodie dans la classe seyante au grand âge d’Otavio, personnage à la fois candide mais confronté à une image flattée et abusée par l’Amour, Robert Hirsch donne la mesure du festin de la vie consommée jusque la lie.

C’est pourquoi, dans cette jubilante perspective, Clémentine Célarié aura beau jeu de fomenter les ruses nécessaires à confondre la vile flagornerie que Claire Nadeau entretient, en retour, avec la maestria d’une virtuose au poker menteur.

Christophe Lidon met en place les multiples éléments de la farce en dosant malicieusement les ingrédients, depuis la sensiblerie feinte jusqu’au piment exacerbé, ainsi par exemple, en incitant Manuel Durand, pour son rôle de Lélio, à composer, dans une cocasserie extravagante, l’imbécile heureux à souhait.

Un décor unique (de Catherine Bluwal ) avec mezzanine permet habilement de suivre, de manière concomitante, les intrigues antagonistes au sein desquelles la sincérité des sentiments des uns cherche à sortir du sac de noeuds tressés par la convoitise des autres.

C’est alors que les malversations prises à leur propre piège faisant apparaître, au grand jour, la tentative d’extorsion, Florindo (Benjamin Boyer) le fils répudié à tort par Otavio pourra épouser Rosaura (Emilie Chesnais) dans une réhabilitation festive à la hauteur de la cure de jouvence authentifiée par Robert Hirsch.

Theothea le 28/09/09

GOODBYE CHARLIE

de  George Axelrod

mise en scène  Didier Caron

****

Théâtre de La Michodière

Tel: 01 47 42 95 22

 

     photo ©  Cat.S / Theothea.com 

       

« Être ou ne pas être », telle n’est plus la question pour Charlie puisque, à peine de profundis, le voici qui réapparaît, aux yeux de George son meilleur ami, réincarné en jeune femme.

Mirage pour l’un ou purgatoire pour l’autre, ce phénomène surnaturel devra être tenu secret à l’égard de l’entourage du scénariste disparu car l’incrédulité générale s’annonce ingérable.

Ce Don Juan, désormais « en jupons », n’aura eu cesse durant son vivant, de se comporter en macho insupportable et c’est donc quasiment comme un châtiment du ciel, qu’est abordée cette seconde vie où se faisant passer pour la veuve de Charlie, celle-ci devra passer sous les fourches caudines de la condition féminine.

Mais là s’arrête net, la perspective féministe de la mise en scène de Didier Caron & Dominique Deschamps, car leur ambition légitime est de jouer le jeu de la comédie écrite en 1964 par George Axelrod, en s’appuyant prioritairement sur sa composante comportementale.

Ainsi, aux marges d’une analyse de moeurs concernant les relations homme-femme, l’objectif comique est de cibler les postures typiques d’une initiation tardive au respect de l’autre.

Par ailleurs le rire est, de toutes évidences, attendu dans une conflagration provoquée, sous rencontre conflictuelle, entre le conditionnement atavique du masculin avec le modus vivendi accordé à l’éternel féminin.

Perçue en quelque sorte comme « Une cage aux folles » inversée, l’interprétation des trois comédiennes ( Marie-Anne Chazel, Isabelle Tanakil & Christelle Reboul) est une invite à des rôles de composition truculente face à laquelle leurs deux partenaires ( Eric Laugérias & Serge Ridoux) doivent slalomer avec la circonspection d’une assignation à charge.

Succédant à Stéphane Hillel ayant assuré la tournée, Eric Laugerias prend la relève au Théâtre de La Michodière en donnant à George le rôle du mentor se méfiant à égale distance de toutes déviances malencontreuses. Son amitié admirative pour le « Charlie d’avant » le maintient sur le fil de la diplomatie à outrances.

La performance de Marie-Anne Chazel jonglant avec des savoir-faire désappris est, en soi, le centre de tous les intérêts; ce qui incite, à rebours, l’ensemble de ses partenaires à se positionner en faire-valoir d’une empathie collective à l'égard de la parodie. Bienvenue à Paris, Charlie !...

Theothea le 01/10/09

Recherche   par mots-clé