Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

14ème  Saison     Chroniques   14.06   à   14.10    Page  229

 

    

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LES FEMMES SAVANTES

de  Molière

mise en scène  Arnaud Denis

****

Théâtre 14

Tel: 01 45 45 49 77

 

     photo ©  LOT 

     

Quand l’élève prend la place du maître qui, volontiers à son tour, se fait disciple d’une direction d’acteurs ébouriffante, les femmes savantes se déclinent au masculin/féminin confondus pour le meilleur des choix nuptiaux.

Arnaud Denis à la tête des « Compagnons de la chimère », porteur du talent collectif de transcender les personnages au énième degré jusqu’à les rendre plus vrais que nature, distribue à Jean-Laurent Cochet, en retour malicieusement respectueux, les fruits pédagogiques de l’inversion des rôles.

Alors, quand Philaminte fait irruption sur le plateau du Théâtre 14, l’ensemble du public comprend, dans l’instant définitivement suspendu, que la représentation va être un hymne à la délectation du spectacle vivant.

Que l’épouse de Chrysale fusse interprétée par un comédien pourrait aisément passer pour un retour aux sources puisque Molière, à la création, confiait déjà le rôle à un certain Hubert pour en souligner le caractère asexué.

Mais, qu’aujourd’hui, Jean-Laurent Cochet soit l’élu de pareilles retrouvailles renversant, cul-par dessus tête, l’identité traditionnelle du mariage arrangé, voilà, en quelque sorte, l’apothéose du maître célébré, à juste titre, par l’élève hyper doué.

Extrapolant l’emblématique relais du condisciple à l’autre, Philaminte (Jean-Laurent Cochet) et Trissotin (Arnaud Denis) vont, ainsi, offrir, de pair, éternelle reconnaissance à la Comédie portée par Molière au pinacle de la langue française.

L’auteur aura beau jeu de brocarder les travers du pédantisme des uns en retour à une grammaire bafouée par d’autres, c’est au-delà de l’opposition entre Nature et Esprit, l’aspiration à une égalité des sexes face au bonheur de vivre que les quatre comédiennes vont se charger de dégoupiller au bon entendement de leurs huit partenaires masculins. Tonnerre d’applaudissements garantis.

Theothea le 11/09/09

PARTAGE DE MIDI

de  Paul Claudel

mise en scène  Yves Beaunesne

****

Théâtre Marigny

Tel: 08 92 70 77 05

 

     photo ©  Guy Delahaye  

     

En ouvrant la saison 09-10 du Théâtre Marigny, cette reprise du « Partage de midi » avec Marina Hands et Eric Ruf créé au printemps 2007 à la Comédie Française offre ce lien magnifique entre théâtre public et privé que Pierre Lescure, son nouveau directeur, voudrait normaliser.

De nouveau à Paris pour vingt représentations, cette mise en scène de Yves Beaunesne, que nous avions célébrée deux ans auparavant, révèle toujours sa même force magnétique sur le vaste plateau du Marigny, mais il est à noter que la sensation d’intimité initiale a tendance à se dilater dans le volume de sa cage de scène.

En effet, les voix peuvent, ici, devenir plus assourdies lorsqu’elles ne bénéficient point d’une présence en avant-scène.

En revanche, l’interprétation de Marina Hands, louée dès l’origine, semble prendre des ailes supplémentaires dans un sentiment de plénitude et de plaisir à jouer qui rend l’instant totalement magique.

Libérée de son statut à la Comédie Française mais retrouvant ses compagnons de jeu, Eric Ruf, Christian Gonon et Hervé Pierre, la comédienne a, ainsi, l’opportunité, en ayant acquis la distanciation du souvenir exceptionnel, de saisir, à nouveau, la fulgurance de ce grand rôle et, Dieu sait, si elle ose en profiter à fond.

Spontanée, physique, effrontée, Marina Hands cultive une sensualité malicieuse mais dénuée de toute sensation de pose.

Dans cette perspective, la pensée de Claudel est immanente dans sa relation exclusive au mystère mystique cependant que la transgression charnelle s’impose à tous jusqu’au-delà de la vie temporelle.

La représentation au Théâtre Marigny est une véritable célébration d’un culte romantique où la complicité érotique, partagée à quatre, s’effacerait au profit d’une conscience supérieure de la beauté spirituelle.

Theothea le 16/09/09

ABRAHAM

de  Michel Jonasz

mise en scène  Michel Jonasz

****

Petit Théâtre Montparnasse

Tel: 01 43 22 83 04

 

     photo affiche  ©  Michel Sedan  

      

Condensé d’une sensibilité artistique cultivée en art de vivre, cet hommage à un grand-père feuilletant l’album des souvenirs à l’instant précédant la solution finale de la déportation, fait d’ « Abraham », au-delà du One man show, de la Comédie musicale et même du Théâtre, l’emblème d’un spectacle vivant voué à la Mémoire.

Si Michel Jonasz est bel et bien présent sur la scène du Petit Montparnasse, c’est l’âme mélancolique qui s’y fait entendre au travers de la musique Tzigane, du Yiddish et de l’humour juif brocardant dans l’autodérision, les misères de l’individu pris dans les tenailles d’une destinée humaine qui ne lui ressemble pas.

Si Michel Jonasz s’efface derrière le costume de son ancêtre, c’est pour mieux montrer l’amitié et l’amour comme les fondamentaux reliant les générations dans une filiation universelle de fraternité.

Si Michel Jonasz chante une époque, un pays, une culture, c’est pour mieux embrasser ce qu’il y a d’indicible dans les sentiments humains.

C’est ainsi qu’Abraham le cantor, sa femme Rosele, leurs sept enfants et son ami le tailleur Yankle vont devenir, depuis la Hongrie de 1944, les substrats slaves d’une langue universelle que Michel Jonasz interprète, chante et joue jusqu’aux moindres frémissements de résistance, en ode suprême à toutes vies.

Deuxième volet d’une trilogie dédiée à ses influences musicales, tels la chanson française et le blues, des compositions originales de musique Tzigane ont été spécialement composées par Michel Jonasz, puis enregistrées à Budapest afin que l’artiste puisse, dans l’excellence, célébrer son « Abraham ».

Theothea le 16/09/09

PAROLE ET GUERISON

de  Christopher Hampton

mise en scène  Didier Long

****

Théâtre  Montparnasse 

Tel:  01 42 73 22 69

 

     photo ©  Cat.S / Theothea.com 

      

La pièce de Christopher Hampton a l’ambition de mener de front l’histoire de la naissance de la psychanalyse au début du XXème siècle, en même temps que la lutte idéologique du maître et du disciple que ces années de découverte à tâtons vont dresser entre Sigmund Freud, le juif et Carl Jung, le protestant.

C’est alors que Sabina Spielrein, cobaye psychotique et obsessionnelle de cette nouvelle science thérapeutique prônant la cure par la parole, va, à la suite de sa guérison spectaculaire devenir psychanalyste à son tour et tenter de concilier ces deux zones d’influence opposant religion et sexualité.

En effet, Freud pense que la libido est la sphère unique pouvant expliquer les conflits de l’inconscient. A contrario, Jung défend une synthèse socioculturelle où la croyance mystique jouerait un rôle fondateur.

Cependant une faute professionnelle originelle empêchera tout espoir de compromis entre les deux psychiatres car le passage à l’acte amoureux entre Sabina et Jung dès les premières séances d’analyse, constituera, à jamais, un obstacle rédhibitoire.

L’écoute neutre de l’analyste ayant été posée par Freud comme condition sine qua non aux libres associations de la parole du patient sur le divan, toute transgression de cette règle fondamentale rompait, de fait, le contrat de confiance face à l’opinion.

En s’emparant de cet enjeu  « complexe » de civilisation, Didier Long n’a pas eu l’audace d’en élaguer les valses-hésitations scientifiques afin d’en recentrer la dramaturgie sur une rivalité, au plus haut niveau, entre « Conscient » et « Inconscient ».

Aussi sur scène, la profusion de talents se débat-elle dans un professionnalisme exacerbé pour capter, en permanence, l’entendement des spectateurs tentés, à tour de rôle, par la pensée associative de l’analysé et l’attention flottante de l’analysant.

Loins de pénétrer l’imaginaire du « Moi », du « Surmoi » et du « çà », Barbara Schulz, Samuel le Bihan et Bruno Abraham-Kremer montent à l’assaut d’une citadelle imprenable, celle de la raison reconstituant a posteriori ses états d’âme.

Tel un défi engagé comme une épopée, la représentation cernée par un lumineux décor modulaire en noir et blanc, monte en tensions palpables sans jamais convaincre les pulsions du plaisir de céder aux résistances du Logos.

Dommage, car les forces en présence sont d’une vaillance à surmonter crânement tous les traumatismes de la scénographie.

Theothea le 17/09/09

LES HOMMES PREFERENT MENTIR

de  Eric Assous

mise en scène  Jean-Luc Moreau

****

Théâtre Saint Georges

Tel: 01 48 78 63 47

 

     photo © LOT

     

Si le texte d’une comédie réussie est le reflet instantané d’un état de la société lors de son écriture, il est aisé de considérer que celle d’Eric Assous est en phase harmonique avec son époque.

En effet à considérer que la lâcheté des hommes est un cliché universel et intemporel, le déliquescence des moeurs au sein des familles recomposées est devenue, elle, un signe des temps.

C’est pourquoi la trahison des idéaux, en passe de constituer un modus vivendi, se répand comme un label de « bonne conduite » au royaume des apprentis sorciers de l’amour et même de l’amitié.

Prenez cinq potes; trois mecs et deux nanas qui devraient se retrouver pour une bonne bouffe chez deux d’entre eux formant un couple hétéro; admettez que la maîtresse enceinte de l’un s’invite délibérément à ce festin alors qu’un second y ramène sa dernière conquête féminine et qu’enfin un troisième se contraigne à éclipser son homosexualité pour faire bonne mesure face à la seule célibataire de cette mascarade; d’emblée vous conviendrez que cette soirée est mal partie.

Que dire, alors, des retrouvailles à quelque temps de là, si ce n’est qu’au jeu des chaises musicales, bis repetita pour les mensonges, les coups bas et l’inévitable déballage où le linge sale ne se lave bien qu’entre gens qui se ressemblent et donc s’assemblent à qui mieux mieux !...

Constat cynique mais forcément drolatique dans la mesure où chacun va défendre son pré carré qu’il soit sexuel, professionnel ou financier.

D’ailleurs on ne change pas une compagnie qui gagne et c’est ainsi que Jean-Luc Moreau met à nouveau en scène l’essentiel de la troupe des « belles soeurs » ayant fait le triomphe du Saint- Georges avec 391 représentations et deux nominations aux Molières 2008.

François-Eric Gendron influe un ton désinvolte, très second degré, à la fine équipe 2009 (Véronique Boulanger, Cyrille Eldin, Juliette Meyniac, Manuel Gélin, Murielle Huet des Aunay & Mathilde Pénin) complotant en stand by d’un gueuleton qui n’aura jamais lieu.

Theothea le 18/09/09

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