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JE L'AIMAIS
de Anna
Gavalda
mise en scène
Patrice Leconte
|
****
Théâtre de l'Atelier
Tel: 01 46 06
49 24
|
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photo
affiche © Julien de Rosa / agence
Starface
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Il existe des moments de grâce où tout semble se joindre
pour mettre à lunisson, la subtilité dun texte,
en loccurrence celui dAnna Gavalda, lhypersensibilité
dun metteur en scène, Patrice Lecomte, intégralement
dévolue à la justesse de son adaptation, la pertinence charmeuse
dun comédien, Gérard Darmon ainsi que
lobjectivité judicieusement émotionnelle de deux
comédiennes, Irène Jacob & Noémie Kocher.
Si, à ces qualités humaines et artistiques, sajoutent
la plénitude rustique dun décor de villégiature
(Yvan Maussion), la mélancolie dun leitmotiv musical (Ours et
Lieutenant Nicholson) et la sensualité discrète des lumières
de Franck Thévenon, alors au moment du tomber du rideau, dans ce temps
du rêve éveillé où la conscience reste sous le
charme dune représentation réussie au plus fort des
sentiments, linterrogation finale poursuit insidieusement son cheminement
métaphysique: « Lhomme est-il doué pour le
bonheur ? ».
Quelques instants auparavant, Chloé aura, à son tour, conclut
laconique: « Alors, lamour est une connerie ! »
Pierre, lui, comme à son habitude, sera resté en suspend,
entre deux eaux, celle du tourment délicieux dune part, celle
de la destinée, imparable dautre part.
« Je laimais », cest lhistoire
dun homme qui cherche à réconforter sa belle-fille,
abandonnée lâchement par le propre fils du beau-père,
quil assume être.
Toutefois, son expérience de la vie lempêche de condamner
sa progéniture; tout au plus consent-il à admettre que dun
mal devrait sortir un mieux, cest-à-dire une nouvelle chance
offerte par lexistence.
A lappui de son état desprit pragmatique, le récit
du dilemme qui la submergé lorsquil a du, lui-même,
choisir entre laffection pour lépouse et les enfants,
confrontée à la passion amoureuse pour Mathilde, rencontrée
fortuitement.
Aujourdhui, à soixante ans, revenu des illusions quil
continue paradoxalement de chérir, Pierre tente, avec tact mais force
boissons alcoolisées, de relativiser la détresse morale de
Chloé, qui aurait tendance à sapitoyer sur son sort.
Sur le plateau du théâtre de lAtelier, jonglant avec
dextérité entre le contingent et le virtuel, Gérard
Darmon soffre, à coeur ouvert, au simulacre de lémotion
palpable.
Son rôle de conteur transporte ses deux partenaires, au royaume
de linfinité des possibles où la part féminine
de chacun dentre eux atterrit avec persuasion délicate, au plus
profond de lâme du lecteur Gavaldien, spectateur dun soir,
subjugué.
Alors, le jaillissement des applaudissements sadresse, au-delà
des voix scéniques, à la romancière qui aura su
déceler, derrière les ressorts de la psychologie, ces forces
souterraines qui submergent la condition humaine se débattant,
maladroitement, avec ce qui sappellerait
« lAmour », faute de mieux.
« On ne pas avoir tout bon, tout le temps » explique
Pierre à Chloé, puisque, en définitive, Mathilde nest
pas revenue !... Certes, mais « Avoir tout bon, ici et
maintenant » au Théâtre de lAtelier avec
« Je laimais », cest, bel et bien, le retour
dune intense intuition de la vie.
Theothea le 29/01/10
|
ALEXANDRA
DAVID-NEEL
de Michel
Lengliney
mise en scène
Didier Long
|
****
Petit Théâtre
Montparnasse
Tel: 01 43 22
77 74
|
Hélène Vincent et Emilie Dequenne en tandem sur les
sommets!
Du Tibet à Digne, par delà lHimalaya franchi à
pieds en 1920, ce sont quatorze années daventures interdites
qui se retrouvent en stand by, recluses dans une maison provençale,
où Alexandra David-Néel, nonagénaire, et Marie-Madeleine
Peyronnet, dans la force de lâge, vécurent en duo explosif,
durant les dix ultimes années de lexploratrice orientaliste,
en compagnie de ses souvenirs confrontés au déracinement de
sa gouvernante, émigrée de son Algérie natale.
Comment être et avoir été celle qui
nécoutait que les appels de la vraie vie pour se retrouver,
souffrant de rhumatismes, désormais contingentée par des cannes
et autres contraintes de santé vieillissante ?
Et pourtant, devenue centenaire, Alexandra va faire valider son passeport
afin denvisager un voyage vers la Sibérie, concevable, selon
elle, exclusivement en « quatre chevaux », de façon
à pouvoir profiter assise, de la lente progression du paysage à
travers la vitre de la voiture.
Toutefois, le virtuel en chambre amène les deux femmes de
caractère à sopposer quotidiennement sur lart et
la manière dappréhender la vie relationnelle, alors que
lune est au service de lautre, mais que celle-là est
prête à chaque instant de démissioner, excédée
par les remontrances, les exigences, et linattention à sa propre
existence.
Revendiqués en toutes circonstances y compris les plus douloureuses
sur le plan personnel, le détachement et le stoïcisme que
prônent, sans cesse, sa patronne, laissent perplexe, la surnommée
« Tortue », quant aux réelles qualités
humaines de lécrivain féministe.
Emilie Dequenne incarne son personnage de jeune femme, avec le charme
intelligent qui sied à celle qui sait composer et sadapter à
la fonction de souffre-douleur qui lui est dévolu.
Face à cette présence scénique, à la fois
attentionnée et distanciée, Hélène Vincent, elle,
lâche les pulsions de lautoritarisme et de la mauvaise foi, au
comble de ce qui pourrait apparaître comme une provocation sénile
ou un défi, à légard de sa collaboratrice
quelle ne peut, cependant, sempêcher dapprécier
au plus haut point.
Les deux comédiennes vont jouer, sous la direction subtile de
Didier Long, avec la perception fantasque dune réalité
dont elles font, chacune à leur manière, imploser le huis
clos.
Ainsi, en point dorgue, sous les auspices du public, quel bel
anniversaire va entonner, Emilie, à lintention dAlexandra
!
Cest donc, sur le registre récurrent de la complicité
ombrageuse que vont se succéder les caprices, les extravagances, les
gageures dont le grand âge nautorise, a posteriori, que les bravades
permettant de survivre à une destinée, hors du commun.
Deux rôles magnifiques écrits par Michel Lengliney et offerts,
sur le plateau du Petit Montparnasse, à deux actrices qui sen
emparent jusquau sentiment duel de plénitude.
Theothea 01/02/10
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LA RONDE
de Arthur
Schnitzler
mise en scène
Marion Bierry
|
****
Théâtre de Poche
Montparnasse
Tel: 01 45 48
92 97
|
En faisant coulisser latéralement, les uns par dessus les autres,
plusieurs panneaux opaques sur la scène du Théâtre de
poche simulant, telle une chambre noire dappareil photographique, le
voyeurisme rétinal de la lumière libidinale, Marion Bierry
joue les empêcheuses de tourner en rond autour de lobjet du
désir, à savoir le tournis des amours à la veille de
la première guerre mondiale.
Sur le ring viennois, la chaîne du coït ininterrompu se transmet
le relais phallique, de la prostituée au soldat, de celui-ci à
la femme de chambre, de celle-là au comte afin de refermer la boucle
sur le dixième et originel tableau de Schnitzler, à la
manière dun arrêt sur image cinématographique,
figeant à jamais le lupanar universel des couples en ébats
illégitimes.
Deffets spéciaux ingénieux en postures érotiques
sous apesanteur, sept comédiens (Vincent Heden, Alexandre Martin,
Sandrine Molaro, Serge Noël, Marie Reache, Aline Salajan & Eric
Verdin) initient un jeu de chaises musicales virtuelles où dix personnages
doivent trouver « sexe » à leurs convenances,
en séduisant leurs partenaires par des préliminaires suggestifs
au carpe diem de la belle époque qui adore senivrer des plaisirs
de la chair avant que de succomber sous les fracas des canons.
Le manège de lamour confondant les classes sociales en un
maelström étourdissant, tous sabandonnent, avec jubilation,
à la jouissance de linstant lubrique.
Le parti pris de cette adaptation par Marion Bierry invente, par delà
cette danse insouciante au-dessus dun volcan en ébullition,
la métaphore joyeuse de la nudité cherchant à maintenir
lattention obsessionnelle de ceux qui pressentent labîme
historique du précipice.
De lambiance « piano-bar » au style
« cabaret », tous les ingrédients dun happening
aphrodisiaque slalome entre racolage de bon goût et farce vertueuse,
sur le fil imaginaire dun démiurge en orbite parabolique.
Theothea le 03/02/10
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ON PURGE BEBE
de
Georges Feydeau
mise en scène
Gildas Bourdet
|
****
Théâtre du Palais
Royal
Tel: 01
42 97 40 00
|
|
photo
affiche © Bernard
Richebé
|
Deux « Feydeau » pour une même représentation,
avec en lien de part et dautre de lentracte, la thématique
de la progéniture, génératrice du désordre familial.
Si, en première instance, « bébé »
énerve son monde, parce quil ne veut pas prendre sa purge, en
seconde, cest la grossesse nerveuse de Léonie qui met, sans
dessus dessous, la maisonnée.
Si, sur scène, un couple chasse lautre, cest pour mieux
mettre en évidence, quils sont pareillement bancals et que la
caricature du premier se substitue aisément à la parodie du
second.
Si le « seau hygiénique » peut symboliser,
en un premier temps, que rien, ni personne nest à sa place dans
une résidence où lenfant « roi »
impose ses caprices, au point de généraliser limpolitesse,
en modus vivendi hystérique, alors, le « pot de
chambre », lui, va servir, par la suite, deffet boomerang,
permettant datteindre les sommets de lhumiliation subie.
Bref, de « Bébé » à
« Léonie », cest la chaîne des ruptures
du savoir-vivre qui prend les commandes, sans vergogne et sans se soucier,
des conséquences du modèle « bourgeois »,
complètement terrassé de lintérieur.
Si donc, Cristiana Reali et Pierre Cassignard ont souhaité être
mis en scène par Gildas Bourdet, dans lune des salles les plus
prestigieuses de Paris, cest pour y donner cette mesure du rire,
suscité par la mise en perspective cataclysmique du mariage, vu par
Georges Feydeau, à son époque.
Objectif atteint au paroxysme de la mauvaise foi, régalant les
spectateurs qui en redemandent, après la pause dun quart
dheure succédant à « On purge
bébé ».
Losmose est, toutefois, moins réussie avec
« Léonie est en avance », car le personnage de
linfirmière autoritaire tourne davantage à la farce grotesque
quà la comédie déjantée.
Autant les provocations colériques de Madame Follavoine (Cristiana
Reali) avaient su catalyser la justesse outrée de ses partenaires,
autant la comédienne ne parvient pas à convaincre,
lorsquelle endosse laccoutrement et les manières burlesques
de Madame Virtuel, sapparentant, alors, étrangement à
une sorte de « Madame Doubtfire », quelque peu hors
sujet.
Cependant le rythme impétueux du spectacle, les costumes en
trompe-lil, lassortiment des couleurs et des esprits en
vrille, donnent à lensemble de la distribution que Dominique
Pinon transcende, de son inspiration feignant le farfelu, une unité
drolatique à apprécier, sans réserve.
En outre, osant, ainsi, le contre-emploi, Cristiana Reali défie
son image artistique; cette transgression est, en soi, une source
dintérêt, à part entière.
Theothea le 05/02/10
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EMMA LA CLOWN ET SON
ORCHESTRE
de Meriem
Menant
mise en scène
Kristin Hestad
|
****
Théâtre du Rond
Point
Tel: 01 44 95
98 21
|
Emma la clown, cest comme Tintin, on la retrouve sur tous les terrains
avec son air cabochard et sa façon de ne reculer que pour
persévérer.
Alors, on la découvre en « Afghanistan », comme
« Sous le divan », en « Solo » comme
en « Heureux tour », en conférence avec
« Françoise Dolto » ou sinterrogeant pour
savoir « Si Dieu est une particule ».
Sa spécialité est, donc, de pratiquer lalternance
en croisant les tournées concomitantes sur ces différents
thèmes.
La voici, actuellement, au Théâtre du Rond-Point pour trente
jours, accompagnée, pour la circonstance, de son orchestre, avec
clarinettes, batterie, piano et même guitare, prise à son propre
jeu.
Cependant, pour ce spectacle mis en scène, en 2006, par Kristin
Hestad, Emma est, avant tout, chanteuse et surtout auteur de chansons.
En effet « Une fois que jétais perdue dans le dedans
du dedans de moi et que pas une chanson mest venue, jai
décidé de men écrire ».
Son personnage de clown au féminin naît en 1990 mais ce
nest que cinq ans plus tard, quil deviendra autonome.
Meriem Menant est une jeune femme, plutôt bien de sa personne qui
apparaîtra, telle quelle au public de la salle Jean Tardieu, au bout
dune heure de show où elle aura mené, tambour battant,
avec nez rouge et accoutrement déstructuré, ses trois musiciens
(Mauro Coceano, Michel Aumont, et Nicolas Courret ou Gaël Desbois),
si non à la baguette au moins à lautorité
naturelle.
Passant aisément dune ritournelle moyenâgeuse en derviche
tourneuse à une performance picturale des seventies,
lécriture de son happening semble sortir dun esprit à
la fois fantasque et métaphysique.
Elle suit une logique, en apparence désordonnée, qui lui
permet de surfer sur lécume de la mélancolie, en semblant
renverser, sans cesse, par son sourire grimaçant, le cours des illusions
sur le point de défaillir.
Comme un pied de nez à tout ce qui donnerait le vague à
lâme, la voici qui prend dans ses filets les failles du
dérisoire pour les tourner en dérision.
Une dame à suivre, comme Tintin, dans son déterminisme à
bouter le ridicule hors des préjugés.
Theothea le 02/02/10
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