Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

14ème  Saison     Chroniques   14.86   à   14.90    Page  245

 

   

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MYSTERE BOUFFE ET FABULAGES

de    Dario Fo

mise en scène   Muriel Mayette

****

Comédie Française

Tel:  08 25 10 16 80 (0,15 e/m)

 

photo ©  Cat.S / Theothea.com  

   

Si la perspective eût été d’en finir avec l’idéologie de 1968, il ne fallait pas que le « Mistero Buffo » de Dario Fo fût entré au répertoire de la Comédie Française, car en provenance directe de son expression libertaire, l’auteur en revendique une réinventivité permanente de la version originale.

D’ailleurs en caution de cette démarche actualisée, Dario Fo était à la fête, l’autre soir de générale presse alors que, ovationné par la troupe, il arpentait la scène de la salle Richelieu, applaudissant lui-même, à la bonne farce faite à ceux qui espèrent figer l’emblématique Institution du spectacle vivant dans le marbre du culturellement correct.

En effet sous l’égide administratrice de Muriel Mayette, souhaitant mettre l’acteur, au centre de la démarche théâtrale, « Mystère Bouffe et Fabulages » est une véritable aubaine pour faire œuvre de pédagogie, permettant au jongleur de mots qu’est originellement le comédien, de s’affirmer, tel un porte-voix du peuple, en conteur de la tradition orale, faisant référence à l’histoire religieuse et médiévale.

Suprême pied de nez conjoncturel qui place Catherine Hiegel en posture de meneuse de revue affichant le parti du rire, La, désormais, Sociétaire honoraire du Français donnait le coup d’envoi d’une joute émulative à quatre tonalités dédoublées en deux versions, selon l’alternance des représentations.

Que la langue traduite de l’Italien ne soit pas châtiée dans les mots que celle-ci choisit de faire entendre au plus cru des récits du « Massacre des innocents », de « La Passion du Christ », de « La Résurrection de Lazare », de « La Cène », des « Noces de Cana » et d’autres fameux épisodes bibliques, correspond à une démarche assumée que l’auteur, néanmoins, souhaite déléguer à l’interprète qui ainsi, doit faire sienne sur les planches, le plaisir de raconter avec sa propre faconde, ici et maintenant, ce que les générations transmettent, d’authenticité humaine, à travers les siècles.

A l'instar des « Voltaire ’s Folies » qui poursuivent, sur le plan du syncrétisme, un semblable esprit critique permettant de régénérer les sens de l’entendement, les quatre déclamateurs se succèdent à tour de rôles, en surfant sur l’art formel du « Slam », très en vogue au sein de la jeunesse contemporaine plébiscitant le style « Stand Up ».

En contrepoint de cet exercice scandé dans une rhétorique, si possible charismatique et captivante, la mise en scène de Muriel Mayette fait appel à des tableaux ingénument figuratifs qui, inspirés de la légende picturale, se détournent, de manière triviale et prosaïque, de leur signification mystique originelle.

Dévolue à des élèves stagiaires de la Comédie Française, la composition iconoclaste du chemin de croix et de la crucifixion de Jésus, a, ainsi, pour objectif spectaculaire d’illustrer les contingences humaines liées à toute mythologie.

Pas de mystère donc, la bonne bouffe de Dario Fo est à puiser au même titre, dans ses Fabulages que dans son prix Nobel de Littérature 1997, car le même esprit anarchique gouvernant sa compréhension du monde, le place en guide éclairé du déni délibéré de toute mystification philosophique.

Theothea le 23/02/10

HELAS

de    Stéphanie Tesson

mise en scène   Anne Bourgeois

****

Théâtre des Artistic Athévains

Tel:  01 43 56 38 32

 

photo ©   Marion Duhamel 

   

Récemment en prélude à « La traversée de Paris », Francis Huster expliquait qu’il est capable de se reconcentrer dans l’instant d’après quelconque incident au cours d’une représentation qu’il pourra, ensuite, poursuivre de l’endroit même où il a été interrompu, comme si de rien était.

Non seulement, Stéphanie Tesson est en mesure d’appliquer ce réflexe professionnel, en temps réel, mais elle peut s’y impliquer de manière encore plus radicale.

L’autre soir, jonglant d’une main avec le masque de la mort avec lequel, sur la scène du Théâtre Artistic Athévains, elle dialogue par personnages interposés, soudain la comédienne se figeait, telle une silhouette du Musée Grévin, alors qu’au fond des gradins une spectatrice s’étouffait avec un bonbon, sans que, pendant de longues minutes, il n’ y eut d’autre espoir à formuler, pour sa survie, que le rejet du corps étranger.

Impressionnante dans sa posture momifiée, Stéphanie Tesson tenait la pause muette qui pouvait ressembler à l’éternité avec laquelle elle flirtait l’instant d’avant le suspens et dont elle prolongerait la dialectique, à l’issue de l’évacuation de la spectatrice, lorsque celle-ci aurait, enfin, réussi à expulser l’intrus.

Ce dédoublement d’une perception de la vie en question, le temps de l’incertitude du destin, pourrait, fort bien, s’apparenter à l’illustration surréaliste d’ « Hélas », ce petit chose candide tiraillé, entre autres, par « Not to be » et un « Zizi d’époque ».

Ecartelé entre le nihilisme et l’immortalité, entre le désir de rien et l’accroissement infini, l’initiation à l’Amour pourrait jouer des tours pendables à celui qui n’ y prendrait garde, en faisant par exemple un enfant dans le dos de la grande faucheuse.

Assise derrière une table d’opération à entendement ouvert, Stéphanie s’y révèle à la fois illusionniste, marionnettiste, mime, conteuse et contorsionniste de la pensée métaphysique.

S’y ajoute une propension à l’octosyllabe structuré en cheval de bataille que la nourrice, le commissaire priseur, l’écrivaillon, le tenancier, les deux docteurs Es Toupidos, le bébé squelette et monsieur Touchela vont magnifier au regard de l’ingénu se questionnant dans le tourment: « to be or not to be ? »

Cette petite épopée apocalyptique réglée à la gestuelle près par Anne Bourgeois projette Stéphanie Tesson au royaume des très grandes, telle une Zouc de composition qui posséderait l'avantage de pouvoir quitter l’orbite sidérale.

Theothea le 20/02/10

MAISON DE POUPEE

de    Henrik Ibsen

mise en scène    Michel Fau

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Théâtre de La Madeleine

Tel:  01 42 65 07 09

 

photo Marcel Hartmann @ Contour by Getty Images

     

Audrey Tautou passe bien le volume acoustique du Théâtre La Madeleine. En effet depuis la corbeille, avec vue plongeante sur le plateau où réside la fameuse maison à géométrie variable, conceptualisée par Henrik Ibsen, la poupée fantasque sait s’y faire entendre dans un rythme d’exaltation qui sied bien à Nora.

Avec force moulinets des bras, celle-ci s’embrase à partir d’un rien, telle l’enfant qui s’ébaubit de la moindre satisfaction conforme à ses désirs.

Bébé phoque que les prédateurs ne sauraient capturer à leur piège de femme enfant, sans que celle-ci, soudain, prenne un coup derrière la tête, fatal par ricochet, au mari qui ne comprend pas pourquoi la chanson aura changé sans crier gare.

Durant la saison théâtrale actuelle, Nora ce fut d’abord Chloé Réjon dirigée par Stephan Braunschweig, ce sera bientôt Marina Foïs par Jean-Louis Martinelli, mais c’est encore davantage Audrey Tautou car celle-ci joue, à la fois, avec la complicité d’un partenaire et le regard de son metteur en scène qui n’en font qu’un sur scène: Michel Fau.

Ainsi, ceinte des costumes et des éléments de décor conformes à l’époque de la création, la scénographie semble sortir d’un conte d’Andersen où l’étrange expressionisme des lumières vacillerait avec le fantasme de l’Amour.

L’émancipation de Nora va cueillir l’intéressée elle-même, à la faveur d’une cruelle constatation:

Son époux est plus soucieux de son honneur identitaire que du bonheur conjugal qu’elle croyait partager avec lui.

Bouleversement des valeurs, prise de conscience des illusions qui font écran avec la réalité, prennent à contre-courant cette fin du XIXème siècle où s’annoncent, en prémices, les révélations de la psychanalyse.

Adieu mari, enfants et joies familiales, bonjour l’inconnu d’une vie à déchiffrer selon des critères de réalisation personnelle. Mais, ceci serait une autre histoire que se garde bien, ici, de poursuivre l’auteur.

La porte se ferme résolument sur l’insouciance prolongée de l’enfance et la nostalgie d’un jeu enivré d’affects imaginaires qu’incarne si bien, en néophyte des planches, la mystérieuse et performante Audrey Tautou.

Theothea le 25/02/10

LES SUPPLIANTES

d'après Eschyle    

mise en scène    Olivier Py

****

Théâtre de l'Odéon

Tel:  01 44 85 40 40

 

photo ©  Cat.S / Theothea.com  

         

Telle une épure de tragédie grecque, cette mise en perspective des « Suppliantes » d’Eschyle a des allures de quintessence de spectacle vivant qu’Olivier Py a choisi de porter en scène, hors les murs de l’Odéon.

En effet, trois petits tours de piste en salon Roger Blin pour roder ce spectacle d’une heure, en quatre représentations exceptionnelles sur le lieu de création, et puis s’en ira vers les universités, collèges, lycées et toutes autres institutions ou associations, en demande de théâtre.

Trois comédiens suffisent à composer le chœur des Danaïdes en exil accompagnées de Danaos

leur père et poursuivies par leurs cinquante cousins Egyptiens en volonté d’hymen forcé dont, à son tour, le Roi d’Argos pourrait préserver ces femmes s’il acceptait leur demande d’asile, tout en exposant la démocratie grecque au risque de guerre inéluctable.

Evoluant sur un praticable, installé dans la longueur médiane du salon où s’installent, de part et d’autre sur deux rangées, les spectateurs opportunément « en les murs », Philippe Girard, Frédéric Giroutru et Mireille Herbstmeyer, tout de noir vêtus, arpentent l’épopée mythologique dans sa rigueur dramatique, tout en laissant pressentir l’actualisation de sa problématique, en un multiple questionnement implicite, tels la violence faite aux femmes, le malheur des réfugiés, le droit des plus faibles et des plus démunis à être secourus, l'accueil de l'étranger et l'hospitalité comme devoir…

Cette initiation à l’interprétation théâtrale se double donc, ainsi, d’une démarche pédagogique qui constituent autant d’ouvertures profitables au débat civique et artistique, in situ.

Theothea le 03/03/10

THE A LA MENTHE OU T'ES CITRON

de    Danielle Navarro-Haudecoeur

mise en scène   Patrick Haudecoeur

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Théâtre  Fontaine

Tel:  01 48 74 74 40

 

Visuel presse DR.

Un mois après la reprise de cette première pièce coécrite par Patrick Haudecoeur et que celui-ci créait, il y a vingt ans, au Café de la Gare avec prolongations au Théâtre des Variétés, voici qu’aujourd’hui, le théâtre Fontaine fait, de nouveau, salle comble.

Entre-temps, l’auteur-metteur en scène-comédien a eu le temps de triompher, notamment, avec « Frou Frou les bains », Molière 2002 du spectacle musical, ainsi qu’avec « La valse des pingouins », Molière 2007 de la révélation théâtrale à l’égard de Sara Giraudeau.

Dans la lignée d’un Buster Keaton, l’artiste, pas muet pour un sou, a l’art de catalyser autour de lui, tout ce que l’adversité est capable, en matière de désagréments, de focaliser sur sa personne mais dont la destinée a l’élégance de le préserver, sans cesse, du terme fatal.

Cette fallacieuse « bonne étoile » le constitue en personnage lunaire quasi intouchable, d’apparence niaise mais empli d’un bon sens, éminemment subjectif, à dresser les cheveux du chauve le plus rétif.

Doué d’une bonne humeur à irriter tout son voisinage, il réussit à susciter les pires catastrophes sans que cela n’altère l’idée ou l’action qu’il poursuit allégrement.

En l’occurrence, notre antihéros évolue au beau milieu des deux pôles chronologiques de la création théâtrale, d’abord côté répétition, puis côté représentation, alors que ceux-ci ont décidé de monter à l’assaut d’un improbable vaudeville où l’incompétence des participants n’aura d’égale que leur insistance à transgresser les codes de l’échec annoncé.

« Thé à la menthe ou citron ? » Telle est la question existentialiste qui sera à l’origine de la goutte d’eau bouillante qui fera déborder la théière du spectacle vivant, hors du cadre habituellement réservé à ses seuls initiés.

Au centre du plateau, trône évidemment l’armoire emblématique de toutes les cachotteries foireuses qui, en recours traditionnel, trouvent toujours refuge à la pusillanimité.

Ainsi, de la scène à la salle, va s’établir une complicité ravageuse qui donne, au spectateur, la délicieuse impression, d’avoir toujours un coup d’avance sur la consternante prestation des bienheureux aficionados du fiasco.

Un spectacle culte capable de se régénérer par delà les générations d’acteurs mais qui doit sa maestria fondatrice et exécutrice à un seul: Patrick Haudecoeur.

Theothea le 24/02/10

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