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AUDITION
de
Jean-Claude Carrière
mise en scène
Bernard Murat
|
****
Théâtre Edouard
VII
Tel:
01 47 42 35 71
|
|
photo
© Marianne
Rosenstiehl
|
Avec des airs de « Théâtre-Réalité »,
cette « Audition » de Jean-Claude Carrière nétait
pas tombée dans loreille dun sourd.
En effet Bernard Murat, metteur en scène à succès,
assurant quasiment toute la programmation du Théâtre Edouard
VII, depuis quil en est devenu le directeur en 2001, a sans doute voulu
donner, après une décade, un coup de barre vers un lifting,
doublé dun rajeunissement de son public.
Ainsi de « La Jalousie » jusquà « Sentiments
provisoires », en passant par « Sarah », « Petits crimes
conjugaux », « Lunes de miel », « Le vieux Juif Blonde
», « Deux sur la balançoire », « Les grandes occasions
», « Lidée fixe », « Un type dans le genre
de Napoléon », « Mon père avait raison », «
Tailleur pour Dames », « Léloignement » et «
Faisons un rêve », Bernard Murat a-t-il eu, pour chacune de ses
directions dacteurs, tels François Berléand, Sylvie Testud,
Carole Bouquet, Clotilde Courau, Martin Lamotte, Emmanuelle Devos, Marie-Anne
Chazel, Marthe Villalonga, Claude Brasseur, Alexandre Brasseur, Florence
Pernel, Chloé Lambert, Jean Reno, Clémentine Célarié,
Amanda Sthers, Alexandra Lamy, Jean Dujardin, Michel Leeb, Patrick Chesnais,
Philippe Khorsand, Evelyne Bouix, Charlotte Rampling, Bernard Giraudeau,
Robert Hirsch, Fanny Ardant, Stéphane Freiss, Michel Piccoli, Anne
Brochet
et surtout le plus fidèle dentre eux, Pierre Arditi,
cette intuition magique qui transformait la couleur argent de la production
en rouge et or « Théâtre dexcellence ».
Alors, dans une perspective de renouvellement, quoi de mieux que
dinterroger, léconomie du spectacle vivant, au cur
de ses castings, là où précisément se cherche
et se trouve la relève qui est censée en assurer la réussite,
à lavenir ?
Voici donc, un trio de débutants (Manu Payet, Audrey Dana et Kym
Thiriot) sur les planches en compagnie de deux routiers (Jean-Pierre Marielle
& Roger Dumas) au long cours, fort sympas et assurément
compétents, qui seront à même de transformer le plomb
de la compétition en or de la consécration.
Un sixième acteur, Hubert Saint Macary, en parfait connaisseur
des rouages de ce système sélectif, viendrait cautionner, de
lintérieur, cette démarche artistique orchestré
par lun des meilleurs orfèvres francophones du mot et de la
phrase dramaturgique, Jean-Claude Carrière.
Laffaire ainsi entendue, ne pouvait donc que déboucher sur
une audition, du meilleur crû.
Sous son apparence pirandellienne et ses accointances avec Beckett, la
démarche poétique de Carrière y a des allures
distinguées dune attente informulée sur la métaphysique
du spectacle doù devrait sortir la crème du petit lait
quotidien.
Et pourtant, rien nest moins sûr, quau-delà du
plaisir collectif à apprécier la prestation toujours
décontractée et la voix chaleureuse de Jean-Pierre Marielle,
le public traditionnel ainsi que le nouveau escompté soient gagnés
par la conviction dêtre en phase avec cette réalisation,
certes confortablement applaudie.
En effet, la pâte ne monte pas en perles scintillantes mais semble,
tout au contraire, se coltiner avec une réalité déroutante
dont la déception accablée et la lassitude désabusée
des protagonistes pourraient venir à bout de lutopie
poursuivie.
A vrai dire, la mise en scène de Bernard Murat semble souffrir,
en loccurrence, de navoir pas su choisir son camp.
Surfant entre distanciation brechtienne et divertissement élitaire,
cette audition va se prolonger en farce sans morale significative. Alors,
tout juste, le public est-il content davoir pu apprécier six
comédiens en quête, si non dauteur, au moins en attente
dun guide éclairé.
Theothea le 01/03/10
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PROMENADE DE SANTE
de & mise en scène
Nicolas Bedos
|
****
Pépinière
Théâtre
Tel:
01 42 61 44 16
|
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photo
© Stephane Ruet -
www.storybox-photo.com
|
Une heure chrono pour effectuer le « Voyage de Victor »
avec son père Guy, le jeune auteur Nicolas Bedos confirme quil
demeure pressé, en accordant guère plus de temps à
réaliser, aujourdhui, sa « Promenade de
santé » avec deux pointures prometteuses du spectacle
français, cinéma et théâtre confondus, à
savoir Mélanie Laurent et Jérôme Kircher.
Du voyage à la promenade, Nicolas semble se déplacer, à
pas précautionneux, entre les interstices contradictoires de la
quête identitaire.
Victimes implicites de chocs traumatiques, ses porte-parole
emblématiques apparaissent à travers les failles sensibles
de lentendement pris en défaut.
Que suis-je donc, moi qui ose parler depuis le poste dobservation
que constituerait la scène théâtrale dans sa relation
au monde ?
En soixante minutes et des poussières, la problématique
est circonscrite, en prenant soin de ne point épuiser la complexité
de largumentation et surtout en laissant les portes grandes ouvertes
à linfinité des interprétations.
Ainsi, parce que cest lui, Jérôme et parce que cest
elle, Mélanie, la balade psychiatrique peut slalomer entre les balises
de la reconnaissance de soi, sans pouvoir déterminer du patient ou
du soignant, celui qui devrait bénéficier du diagnostic du
doute.
Et lamour, dans tout çà, tente de faire sa place au
soleil dune jeunesse en émois salvateurs.
En effet, le couple Laurent-Kircher joue gagnant auprès dune
salle conquise à lavance tant la rumeur médiatique est
flatteuse.
Toutefois, à larrière des sièges dorchestre,
tendre loreille est une condition sine qua non, pour espérer
recueillir les pépites assourdies des tentatives dabordage des
âmes en désarroi.
Dune projection lautre, chacun des deux sapercevant
en puzzle dans le miroir déformant de sa propre libido, cherche à
reconstituer, vaille que vaille, les mobiles de lespoir.
Mélanie Laurent débute sur les planches en restant
elle-même, Jérôme Kircher laccompagne, au mieux,
en se mettant au diapason.
Theothea le 26/02/10
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ENFIN SUR SCENE ?
de
Gaspard Proust
mise en scène
Aslem Smida
|
****
Studio des
Champs-Elysées
Tel:
01 53 23 99 19
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photo
© Fabienne Rappeneau
|
Demblée, Gaspard Proust a lart de vous mettre
dans sa poche en une moue dubitative, suivie dun sourire
enjôleur.
Quelle que soit la sentence trash dont il illustre nimporte quel
phénomène de société, cest sans avoir besoin
de retourner sa veste, quil prend le public au piège de ses
chimères.
Lui, saffiche résolument de droite, mais attention, rien
nest moins sûr quune posture en forme de pirouette en
jachère.
Tel le miroir aux alouettes, sa présence sur scène renvoie
limage dune désillusion organisée en système
de réfutation de tout ce qui réfléchit.
Dailleurs, il nest vraiment pas nécessaire de citer
lartiste, tant le propos va à lencontre de ce quil
serait correct de penser, mais en revanche, si le style fait la marque, le
Gaspard simpose en leader du camp den face, celui dont vous ne
faites pas partie, mais bien entendu, lui non plus.
A ce jeu de patience exacerbée, il maintient une longueur
davance qui le met, sans cesse, à labri du faux pas
interactif.
Tout se passe comme sil sexprimait dune tribune virtuelle
doù il serait impossible dêtre contredit par la
versatilité dune audience, en état de séduction
avancée
sur un plateau de théâtre:
« Je pense, donc je suis, mais je men fous
! »
Qui est, donc, Gaspard Proust ? Bien malin qui pourrait en faire le portrait
schizophrène, en prise avec son époque.
Cest pourquoi, avec sa casquette de producteur éclairé,
Laurent Ruquier a décidé, instinctivement, de parier sur sa
valeur montante.
A la fin des fins, tel un mirage sans rappel, lhumoriste cultivé
disparaît comme il était apparu, la banalité en
bannière, et sans crier « Gare au gorille ! »
.
Theothea le 04/03/10
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LE MEC DE LA TOMBE D'A
COTE
de
Katarina Mazetti
mise en scène
Panchika Velez
|
****
Théâtre
Petit Saint-Martin
Tel:
01 42 02 32 82
|
Avec un titre aussi intrigant, le repos des âmes
napparaîtrait point comme léternel fleuve paisible
que deux visiteurs en souffrance ne peuvent se retenir de traverser dune
rive à lautre.
Dans lentre-deux-anniversaires dun temps suspendu à
la fusion amoureuse, Daphné et Jean vont se reconnaître mutuellement
dans le miroir du manque, celui que leur disparu respectif fait, désormais,
apparaître au grand jour.
Pour elle, bibliothécaire quadra, intellectuelle adepte dune
écologie active, cest la perte dun mari à la suite
dun accident de vélo.
Pour lui, de génération identique, mais agriculteur par
atavisme, cest sa mère, guide suprême, qui le laisse seul
dans la ferme familiale, au terme dun cancer foudroyant.
Les voilà sur leurs tombes mitoyennes à monologuer au cur
du silence infini de lêtre aimé, tout en ressentant la
proche présence dun tiers inconnu mais en abandon similaire.
Ainsi, parce que cétait elle, parce que cétait
lui, ils vont se retrouver, à quelque temps de là, en
manuvre dabordage mutuel, sans autre motivation transcendentale
que celle de l'impérieuse réponse dun sourire à
lautre.
Coup de foudre et choc culturel vont demblée semparer
de leur destinée, en les soulevant au plus haut des sommets de
lémerveillement, tout en les forçant à la plus
misérable des constatations:
Rien ne sert de se jeter dans la fuite en avant car lêtre-en-soi
vous rattrape inéluctablement au coin du cimetière du grand
Amour.
Cette pièce adaptée par Alain Ganas, daprès
le roman suédois de Katarina Mazetti est présentée au
Théâtre du Petit Saint-Martin , cette salle en sous-sol où,
durant une trentaine dannées, a enseigné le mime Marceau.
Panchika Velez qui, la saison précédente au Poche Montparnasse,
avait subjugué par sa direction ingénieuse du « Journal
à quatre mains », réitère, ici, dans une mise
en scène subtile où Anne Loiret et Vincent Winterhalter rivalisent
de justesse, dans leur moindre expression.
« Le mec de la tombe dà côté »,
voici une création théâtrale de la saison 09-10 qui,
par son impact authentique, va induire une empreinte d'excellence.
Theothea le 03/03/10
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LES NAUFRAGES DU FOL
ESPOIR
de
Hélène Cixous
mise en scène
Ariane Mnouchkine
|
****
Théâtre du
Soleil
Tel:
01 43 74 23 08
|
|
photo
© Cat.S / Theothea.com
|
Ariane Mnouchkine livre ici son uvre majeure, car ce « fol
espoir » agit comme une dernière volonté de donner
sens à lhumanité.
A travers la métaphore du cinéma et du spectacle vivant
qui sunissent pour ne former quun seul et même art, cest
la perspective fondatrice du Théâtre du Soleil qui vient se
projeter sur la toile dun imaginaire en quête de mémoire
signifiante:
Quoi de mieux, en effet, que le cinéma pour refaire le parcours
de lenthousiasme initial jusquà la réalisation,
45 années plus tard, dun spectacle total embrassant le projet
de la compagnie à installer lutopie collective au fronton de
la passion ?
Cest ainsi quà la Cartoucherie, plus de trente
comédiens pour plus de cent rôles déferlent, quatre heures
durant, à travers les ouragans du pacifique et les tempêtes
de neige en terres australes, alors quen fait, tous sactivent
dans le grenier dune guinguette en bord de Marne, à faire surgir
lidéal à partir du simulacre.
Ces naufragés du fol espoir ont été réunis
par Jean La Palette (Maurice Durosier) bien décidé, avec le
soutien de sa sur Gabrielle (Juliana Carneiro de Cunha), à mettre
ses convictions socialistes et toute son énergie militante à
réaliser un film retraçant lépopée dun
contrat social égalitaire exporté aux confins de la terre de
feu avec lassentiment de ses primo occupants, une tribu
dindiens.
Scène après scène cinématographique,
Hélène Cixous, se référant à un livre
de Jules Verne, « Les naufragés du Jonathan »,
réécrit de manière posthume par Michel, le fils du romancier
visionnaire, organise en une double perspective, la progression des migrants
sur leur coquille de noix, en proie aux intempéries de toute nature
dans les mers du sud, pendant que de manière concomitante, se
perçoit la montée des signes avant-coureurs dun conflit
mondial.
Cest ainsi que de juin à août 1914, le cabaret du Fol
espoir aura vibré de tous les trucages et autres effets burlesques
dont le cinéma muet fut linventeur artisanal, pendant que les
nations modernes, gonflées à bloc avec leur pléthore
de découvertes scientifiques, sessayaient à un excès
doptimisme illimité face au progrès prédisant
lavenir radieux.
Cependant la première guerre mondiale a, bel et bien, effectué
ses ravages; le deuxième conflit planétaire na lui-même
pas été, de reste, pour participer au désastre; alors
que penser de la nature humaine, tenant en elle-même les clés
de sa survie ou de son autodestruction ?
« E la nave va » avec « les naufragés
du fol espoir » semble répondre lallégorie
Fellinienne stigmatisant la menace dun monde sordide dont, à
la suite de ces S.O.S. dramatiques en des tableaux poignants, il serait urgent
de sauver les âmes.
A contrario de toute mystification, cette création du
Théâtre du Soleil est inspiré par lélan
universel à relier les êtres humains entre eux, avec
lobjectif fédérateur de ne pas laisser prise au pouvoir
de nuisance par excellence, celui de la ségrégation.
Face à la postérité, et même si elle ne dispose,
pas plus que quiconque, de la panacée, Ariane Mnouchkine na,
dores et déjà, rien à regretter, car elle aura,
non seulement tout essayé, à la mesure de son ambition
socio-artistique, mais de surcroît, elle aura su, en permanence, garder
le cap éthique en ne transigeant jamais avec lhumanisme. Exemplaire
!
Theothea le 09/03/10
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