Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

14ème  Saison     Chroniques   14.91   à   14.95    Page  246

 

   

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AUDITION

de    Jean-Claude Carrière

mise en scène  Bernard Murat

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Théâtre  Edouard VII

Tel:  01 47 42 35 71   

 

photo ©  Marianne Rosenstiehl 

        

Avec des airs de « Théâtre-Réalité », cette « Audition » de Jean-Claude Carrière n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

En effet Bernard Murat, metteur en scène à succès, assurant quasiment toute la programmation du Théâtre Edouard VII, depuis qu’il en est devenu le directeur en 2001, a sans doute voulu donner, après une décade, un coup de barre vers un lifting, doublé d’un rajeunissement de son public.

Ainsi de « La Jalousie » jusqu’à « Sentiments provisoires », en passant par « Sarah », « Petits crimes conjugaux », « Lunes de miel », « Le vieux Juif Blonde », « Deux sur la balançoire », « Les grandes occasions », « L’idée fixe », « Un type dans le genre de Napoléon », « Mon père avait raison », « Tailleur pour Dames », « L’éloignement » et « Faisons un rêve », Bernard Murat a-t-il eu, pour chacune de ses directions d’acteurs, tels François Berléand, Sylvie Testud, Carole Bouquet, Clotilde Courau, Martin Lamotte, Emmanuelle Devos, Marie-Anne Chazel, Marthe Villalonga, Claude Brasseur, Alexandre Brasseur, Florence Pernel, Chloé Lambert, Jean Reno, Clémentine Célarié, Amanda Sthers, Alexandra Lamy, Jean Dujardin, Michel Leeb, Patrick Chesnais, Philippe Khorsand, Evelyne Bouix, Charlotte Rampling, Bernard Giraudeau, Robert Hirsch, Fanny Ardant, Stéphane Freiss, Michel Piccoli, Anne Brochet… et surtout le plus fidèle d’entre eux, Pierre Arditi, cette intuition magique qui transformait la couleur argent de la production en rouge et or « Théâtre d’excellence ».

Alors, dans une perspective de renouvellement, quoi de mieux que d’interroger, l’économie du spectacle vivant, au cœur de ses castings, là où précisément se cherche et se trouve la relève qui est censée en assurer la réussite, à l’avenir ?

Voici donc, un trio de débutants (Manu Payet, Audrey Dana et Kym Thiriot) sur les planches en compagnie de deux routiers (Jean-Pierre Marielle & Roger Dumas) au long cours, fort sympas et assurément compétents, qui seront à même de transformer le plomb de la compétition en or de la consécration.

Un sixième acteur, Hubert Saint Macary, en parfait connaisseur des rouages de ce système sélectif, viendrait cautionner, de l’intérieur, cette démarche artistique orchestré par l’un des meilleurs orfèvres francophones du mot et de la phrase dramaturgique, Jean-Claude Carrière.

L’affaire ainsi entendue, ne pouvait donc que déboucher sur une audition, du meilleur crû.

Sous son apparence pirandellienne et ses accointances avec Beckett, la démarche poétique de Carrière y a des allures distinguées d’une attente informulée sur la métaphysique du spectacle d’où devrait sortir la crème du petit lait quotidien.

Et pourtant, rien n’est moins sûr, qu’au-delà du plaisir collectif à apprécier la prestation toujours décontractée et la voix chaleureuse de Jean-Pierre Marielle, le public traditionnel ainsi que le nouveau escompté soient gagnés par la conviction d’être en phase avec cette réalisation, certes confortablement applaudie.

En effet, la pâte ne monte pas en perles scintillantes mais semble, tout au contraire, se coltiner avec une réalité déroutante dont la déception accablée et la lassitude désabusée des protagonistes pourraient venir à bout de l’utopie poursuivie.

A vrai dire, la mise en scène de Bernard Murat semble souffrir, en l’occurrence, de n’avoir pas su choisir son camp.

Surfant entre distanciation brechtienne et divertissement élitaire, cette audition va se prolonger en farce sans morale significative. Alors, tout juste, le public est-il content d’avoir pu apprécier six comédiens en quête, si non d’auteur, au moins en attente d’un guide éclairé.

Theothea le 01/03/10

PROMENADE DE SANTE

     

de & mise en scène  Nicolas Bedos

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Pépinière Théâtre

Tel:  01 42 61 44 16   

 

photo ©   Stephane Ruet - www.storybox-photo.com  

   

Une heure chrono pour effectuer le « Voyage de Victor » avec son père Guy, le jeune auteur Nicolas Bedos confirme qu’il demeure pressé, en accordant guère plus de temps à réaliser, aujourd’hui, sa « Promenade de santé » avec deux pointures prometteuses du spectacle français, cinéma et théâtre confondus, à savoir Mélanie Laurent et Jérôme Kircher.

Du voyage à la promenade, Nicolas semble se déplacer, à pas précautionneux, entre les interstices contradictoires de la quête identitaire.

Victimes implicites de chocs traumatiques, ses porte-parole emblématiques apparaissent à travers les failles sensibles de l’entendement pris en défaut.

Que suis-je donc, moi qui ose parler depuis le poste d’observation que constituerait la scène théâtrale dans sa relation au monde ?

En soixante minutes et des poussières, la problématique est circonscrite, en prenant soin de ne point épuiser la complexité de l’argumentation et surtout en laissant les portes grandes ouvertes à l’infinité des interprétations.

Ainsi, parce que c’est lui, Jérôme et parce que c’est elle, Mélanie, la balade psychiatrique peut slalomer entre les balises de la reconnaissance de soi, sans pouvoir déterminer du patient ou du soignant, celui qui devrait bénéficier du diagnostic du doute.

Et l’amour, dans tout çà, tente de faire sa place au soleil d’une jeunesse en émois salvateurs.

En effet, le couple Laurent-Kircher joue gagnant auprès d’une salle conquise à l’avance tant la rumeur médiatique est flatteuse.

Toutefois, à l’arrière des sièges d’orchestre, tendre l’oreille est une condition sine qua non, pour espérer recueillir les pépites assourdies des tentatives d’abordage des âmes en désarroi.

D’une projection l’autre, chacun des deux s’apercevant en puzzle dans le miroir déformant de sa propre libido, cherche à reconstituer, vaille que vaille, les mobiles de l’espoir.

Mélanie Laurent débute sur les planches en restant elle-même, Jérôme Kircher l’accompagne, au mieux, en se mettant au diapason.

Theothea le 26/02/10

ENFIN SUR SCENE ?

de    Gaspard Proust

mise en scène  Aslem Smida

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Studio des Champs-Elysées

Tel:  01 53 23 99 19    

 

photo ©   Fabienne Rappeneau

       

D’emblée, Gaspard  Proust a l’art de vous mettre dans sa poche en une moue dubitative, suivie d’un sourire enjôleur.

Quelle que soit la sentence trash dont il illustre n’importe quel phénomène de société, c’est sans avoir besoin de retourner sa veste, qu’il prend le public au piège de ses chimères.

Lui, s’affiche résolument de droite, mais attention, rien n’est moins sûr qu’une posture en forme de pirouette en jachère.

Tel le miroir aux alouettes, sa présence sur scène renvoie l’image d’une désillusion organisée en système de réfutation de tout ce qui réfléchit.

D’ailleurs, il n’est vraiment pas nécessaire de citer l’artiste, tant le propos va à l’encontre de ce qu’il serait correct de penser, mais en revanche, si le style fait la marque, le Gaspard s’impose en leader du camp d’en face, celui dont vous ne faites pas partie, mais bien entendu, lui non plus.

A ce jeu de patience exacerbée, il maintient une longueur d’avance qui le met, sans cesse, à l’abri du faux pas interactif.

Tout se passe comme s’il s’exprimait d’une tribune virtuelle d’où il serait impossible d’être contredit par la versatilité d’une audience, en état de séduction avancée… sur un plateau de théâtre:

« Je pense, donc je suis, mais je m’en fous ! »

Qui est, donc, Gaspard Proust ? Bien malin qui pourrait en faire le portrait schizophrène, en prise avec son époque.

C’est pourquoi, avec sa casquette de producteur éclairé, Laurent Ruquier a décidé, instinctivement, de parier sur sa valeur montante.

A la fin des fins, tel un mirage sans rappel, l’humoriste cultivé disparaît comme il était apparu, la banalité en bannière, et sans crier « Gare au gorille ! » .

Theothea le 04/03/10

LE MEC DE LA TOMBE D'A COTE

de    Katarina Mazetti

mise en scène  Panchika Velez

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Théâtre Petit Saint-Martin

Tel: 01 42 02 32 82  

 

photo ©  Lot  

   

Avec un titre aussi intrigant, le repos des âmes n’apparaîtrait point comme l’éternel fleuve paisible que deux visiteurs en souffrance ne peuvent se retenir de traverser d’une rive à l’autre.

Dans l’entre-deux-anniversaires d’un temps suspendu à la fusion amoureuse, Daphné et Jean vont se reconnaître mutuellement dans le miroir du manque, celui que leur disparu respectif fait, désormais, apparaître au grand jour.

Pour elle, bibliothécaire quadra, intellectuelle adepte d’une écologie active, c’est la perte d’un mari à la suite d’un accident de vélo.

Pour lui, de génération identique, mais agriculteur par atavisme, c’est sa mère, guide suprême, qui le laisse seul dans la ferme familiale, au terme d’un cancer foudroyant.

Les voilà sur leurs tombes mitoyennes à monologuer au cœur du silence infini de l’être aimé, tout en ressentant la proche présence d’un tiers inconnu mais en abandon similaire.

Ainsi, parce que c’était elle, parce que c’était lui, ils vont se retrouver, à quelque temps de là, en manœuvre d’abordage mutuel, sans autre motivation transcendentale que celle de l'impérieuse réponse d’un sourire à l’autre.

Coup de foudre et choc culturel vont d’emblée s’emparer de leur destinée, en les soulevant au plus haut des sommets de l’émerveillement, tout en les forçant à la plus misérable des constatations:

Rien ne sert de se jeter dans la fuite en avant car l’être-en-soi vous rattrape inéluctablement au coin du cimetière du grand Amour.

Cette pièce adaptée par Alain Ganas, d’après le roman suédois de Katarina Mazetti est présentée au Théâtre du Petit Saint-Martin , cette salle en sous-sol où, durant une trentaine d’années, a enseigné le mime Marceau.

Panchika Velez qui, la saison précédente au Poche Montparnasse, avait subjugué par sa direction ingénieuse du « Journal à quatre mains », réitère, ici, dans une mise en scène subtile où Anne Loiret et Vincent Winterhalter rivalisent de justesse, dans leur moindre expression.

« Le mec de la tombe d’à côté », voici une création théâtrale de la saison 09-10 qui, par son impact authentique, va induire une empreinte d'excellence.

Theothea le 03/03/10

LES NAUFRAGES DU FOL ESPOIR

de    Hélène Cixous

mise en scène  Ariane Mnouchkine

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Théâtre du Soleil

Tel:  01 43 74 23 08   

 

photo ©  Cat.S / Theothea.com 

           

Ariane Mnouchkine livre ici son œuvre majeure, car ce « fol espoir » agit comme une dernière volonté de donner sens à l’humanité.

A travers la métaphore du cinéma et du spectacle vivant qui s’unissent pour ne former qu’un seul et même art, c’est la perspective fondatrice du Théâtre du Soleil qui vient se projeter sur la toile d’un imaginaire en quête de mémoire signifiante:

Quoi de mieux, en effet, que le cinéma pour refaire le parcours de l’enthousiasme initial jusqu’à la réalisation, 45 années plus tard, d’un spectacle total embrassant le projet de la compagnie à installer l’utopie collective au fronton de la passion ?

C’est ainsi qu’à la Cartoucherie, plus de trente comédiens pour plus de cent rôles déferlent, quatre heures durant, à travers les ouragans du pacifique et les tempêtes de neige en terres australes, alors qu’en fait, tous s’activent dans le grenier d’une guinguette en bord de Marne, à faire surgir l’idéal à partir du simulacre.

Ces naufragés du fol espoir ont été réunis par Jean La Palette (Maurice Durosier) bien décidé, avec le soutien de sa sœur Gabrielle (Juliana Carneiro de Cunha), à mettre ses convictions socialistes et toute son énergie militante à réaliser un film retraçant l’épopée d’un contrat social égalitaire exporté aux confins de la terre de feu avec l’assentiment de ses primo occupants, une tribu d’indiens.

Scène après scène cinématographique, Hélène Cixous, se référant à un livre de Jules Verne, « Les naufragés du Jonathan », réécrit de manière posthume par Michel, le fils du romancier visionnaire, organise en une double perspective, la progression des migrants sur leur coquille de noix, en proie aux intempéries de toute nature dans les mers du sud, pendant que de manière concomitante, se perçoit la montée des signes avant-coureurs d’un conflit mondial.

C’est ainsi que de juin à août 1914, le cabaret du Fol espoir aura vibré de tous les trucages et autres effets burlesques dont le cinéma muet fut l’inventeur artisanal, pendant que les nations modernes, gonflées à bloc avec leur pléthore de découvertes scientifiques, s’essayaient à un excès d’optimisme illimité face au progrès prédisant l’avenir radieux.

Cependant la première guerre mondiale a, bel et bien, effectué ses ravages; le deuxième conflit planétaire n’a lui-même pas été, de reste, pour participer au désastre; alors que penser de la nature humaine, tenant en elle-même les clés de sa survie ou de son autodestruction ?

« E la nave va » avec « les naufragés du fol espoir » semble répondre l’allégorie Fellinienne stigmatisant la menace d’un monde sordide dont, à la suite de ces S.O.S. dramatiques en des tableaux poignants, il serait urgent de sauver les âmes.

A contrario de toute mystification, cette création du Théâtre du Soleil est inspiré par l’élan universel à relier les êtres humains entre eux, avec l’objectif fédérateur de ne pas laisser prise au pouvoir de nuisance par excellence, celui de la ségrégation.

Face à la postérité, et même si elle ne dispose, pas plus que quiconque, de la panacée, Ariane Mnouchkine n’a, d’ores et déjà, rien à regretter, car elle aura, non seulement tout essayé, à la mesure de son ambition socio-artistique, mais de surcroît, elle aura su, en permanence, garder le cap éthique en ne transigeant jamais avec l’humanisme. Exemplaire !…

Theothea le 09/03/10

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