Cet opéra, créé en 1928 à Berlin, Die
Dreigroschenoper, est inspiré du Carnaval des gueux de John Gray (1728);
il a eu un succès immédiat et une première adaptation
cinématographique eut lieu dès 1931.
Il peut être adapté de bien des façons, situé
au XIXe siècle comme au début du XXIe, à Londres comme
dans une banlieue indistincte, en accentuant un personnage ou un autre; ce
sont autant de signes de la force de cette uvre dont certains des airs,
« la complainte de MacKie » ou « la fiancée du pirate
» sont devenus des standards du Jazz que lon retrouve toujours
avec plaisir.
Brecht a voulu dynamiter lopéra bourgeois avec sa
formalité, aussi situe-t-il lintrigue dans les bas-fonds et,
tout en ayant des parties chantées à lancienne, conserve
un ton décapant.
La Comédie française en accueillant cette uvre lui
donne une forme de reconnaissance, sans pour autant la figer dans une geste
formelle.
Laurent Pelly a choisi de monter la totalité de cet opéra
et de redonner toute sa place à la musique et aux airs qui sont
chantés de façon très convaincante, avec puissance et
justesse: les comédiens du Français prouvent une fois encore
quils ont un fort sens musical.
Lhistoire est située dans un contexte daujourdhui,
avec camions, hangars modernes, machine à laver, mais sans excès
(pas de téléphone mobile qui sonne)
Macheath, dit Mackie
le Surineur est très bien incarné par Thierry Hancisse, puissant
et lourd, sa femme Polly (Léonie Simaga) est une jeune femme
décidée, qui sadapte assez vite au monde interlope
quelle a choisi; Lucy est sa rivale plus délurée
(Marie-Sophie Ferdane) grande et belle jeune femme élancée.
Le père de Polly est Jonathan Peachum (Bruno Raffaelli) qui emploie
des mendiants pour émouvoir les passants, homme daffaire cynique
qui a décidé la perte de Mackie qui lui a volé sa fille;
sa femme dabord effacée joue un rôle actif dans la vengeance
avec une forte présence (Véronique Vella).
Tiger Brown, chef de police corrompu est plus effacé (Laurent
Natrella); il est sous pression en raison du couronnement de la Reine qui
mobilise ses forces.
Le groupe des putains est bien choisi et parmi elles Sylvia Bergé
se distingue dans le rôle de Jenny la traîtresse, mais aussi
le groupe des mendiants, comme celui des voleurs parmi lesquels s'impose
Matthias (Jérôme Pouly) ou le groupe des policiers dont les
mouvements sont parfaitement chorégraphiés.
La mise en scène utilise fort bien toutes les ressources du plateau
: les cintres sont des hangars, des panneaux successifs des façades
dimmeubles qui donnent une réelle profondeur au décor
et le changement de décor se fait très rapidement avec les
acteurs et les machinistes qui semblent des ouvriers d'usine bien dans à
leur place dans cette atmosphère.
Les scènes finales dans la prison sont particulièrement
réussies avec une habile utilisation des effets de grille.
Laurent Pelly assure le mouvement des quinze comédiens et du groupe
des élèves-comédiens avec précision et vigueur
sur cette très belle scène.
Les musiciens restent invisibles, mais assurent le rythme puissant de
cet opéra remarquable.
Jacques Portes, le 08/04/11 -
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