Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

15ème  Saison     Chroniques   15.091   à   15.095    Page  272

 

         

               

photo © Theothea.com 

         

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AGAMEMNON

de  Sénèque Le Jeune

mise en scène:   Denis Marleau

****

Comédie Française

Tel: 08 25 10 16 80 (0,15e/mn)

 

          photo © Christophe Raynaud de Lage

         

Cette pièce étrange est construite autour du très beau discours d’Eurybate (Michel Vuillermoz) qui décrit longuement la terrible tempête qui a frappé la flotte grecque au retour de Troie, retardant le retour d’Agamemnon victorieux (Michel Favory) avec sa prophétesse de maîtresse Cassandre (Françoise Gillard), fille de Priam roi de Troie.

De ce fait, le roi n’a pas été attendu : son épouse Clytemnestre (Elsa Lepoivre) a pris pour amant Egisthe (Hervé Pierre) au lourd passé.

Cette dernière décide d’éliminer son mari et sa compagne, pour le punir de sa conduite et surtout du sacrifice de sa fille Iphigénie (celui-ci a permis le départ de la flotte pour Troie) et de se débarrasser également des enfants de son premier lit qui pourraient vouloir venger leur père.

Pour animer cette trame mélodramatique, Denis Marleau a conçu un système de lourds rideaux toujours en mouvement, derrière lesquels surgissent les personnages sans qu’on perçoive leur arrivée ; il a surtout figuré le chœur par les visages de certains des acteurs qui s’animent, chantent ou roulent les yeux en relief dans le rideau gris de fond de scène.

Cette réalisation sert beaucoup la pièce composée de rares dialogues, mais surtout de proclamations des personnages qui annoncent ce qu’ils vont faire :

Clytemnestre énonce ainsi son programme meurtrier et Egisthe exprime son inquiétude devant le retour annoncé d’Agamemnon, dont le rôle est très bref en raison de son assassinat ; Cassandre développe sa vision : « Jamais ma fureur prophétique ne m’a fait voir aussi clair. Je regarde, je suis là-bas, je jouis du spectacle à l’avance. Non ce ne sont pas des hallucinations. Ce ne sont pas des fantasmes illusoires. Ce spectacle nous allons y assister ensemble ».

Le début de la pièce fait apparaître le fantôme de Thyeste (père d’Egisthe), figuré par les deux statues éclairées qui surplombent la scène de chaque côté, ce qui produit un très bel effet. La mise en scène donne un rythme à un texte magnifique, mais sans compromis pour une représentation théâtrale.

Les acteurs, et tout particulièrement Elsa Lepoivre et Françoise Gillard, donnent un grande profondeur à leurs rôles.

Jacques Portes, le 30/05/11       en partenariat avec Theothea.com

Blog " Histoires de Théâtre "

MADEMOISELLE JULIE

de  August Strindberg   

mise en scène:   Christian Schiaretti

****

Théâtre de la Colline

Tel: 01 44 62 52 52

 

          photo ©  Elizabeth Carecchio 

   

De « Maison de poupée » la saison dernière à « Mademoiselle Julie » , Christian Schiaretti semble faire l’amalgame Ibsen-Strindberg, comme s’il allait de soi que les deux dramaturges percevaient l’aliénation au féminin selon une perspective similaire.

En effet, là où Ibsen pouvait insinuer un humour distancié de la part de ses protagonistes, Strindberg tout au contraire laisse le tragique envahir la relation homme-femme.

En outre, aidé par la traduction décoiffante de Terje Sinding, le metteur en scène induit les rires de la salle en laissant les scènes de ménage prendre un rythme caricatural plutôt qu’existentiel.

Au demeurant, la représentation semble tourner à la farce dont, au final, l’héroïne va simuler de se trancher la gorge comme dans une ultime pirouette de tragi-comédie.

En l’occurrence, la présentation en diptyque aide-t-elle, sans doute, en épousant la même structure de décor que « Créanciers » à jouer la réplique de l’une à l’autre pièce, en s’appuyant davantage sur l’apparence de la lutte masculine-féminine que sur son essence absurde.

Bref, La mademoiselle Julie mise en scène par Christian Schiaretti au Théâtre de La Colline est très fantasque mais tout se passe comme si l’ombre d’August Strindberg restait à planer dans les cintres plutôt que d’habiter cyniquement le plateau.

Theothea le 14/05/11

LE RECIT DE LA SERVANTE ZERLINE

de  Hermann Broch   

mise en scène:  Yves Beaunesne  

****

Théâtre de l"Athénée

Tel: 01 53 05 19 19

 

          photo ©  Guy Delahaye 

   

Une chambre de bonne minable, aux murs gris et au plafond défoncé où vit Andréas (Brice Cousin) un locataire un peu simplet et peu bavard : il attend la venue de Zerline (Marilu Marini), servante depuis 30 dans la grande maison, qui est peut-être sa maîtresse, ce qui serait le comble de la déchéance pour cette femme qui connaît tous les secrets de la famille, dans lesquels elle a pris sa part.

Ce jour-là, elle est venue raconter d’une traite son existence de passion et de désir plus ou moins assouvis.

Engagée jeune par la Générale, elle a suscité les appétits des hommes de la famille comme le juge, époux de la Baronne, devenu président de la cour, mais elle a été aussi témoin de la liaison de cette dernière avec le baron Von Juna, libertin et séducteur, dont elle a eu une fille, Hlidegarde.

Zerline a été affectée auprès de la baronne et elle est particulièrement chargée de la « bâtarde ».

Avec bravache et animée par un puissant désir, Zerline séduit sans mal Von Juna avec lequel elle a une passion torride, mais clandestine ; elle en tire une jouissance d’autant plus grande qu’elle a supplanté sa patronne.

Mais elle ne parvient pas à se faire épouser par un homme, qui est accusé d’avoir tué l’une de ses compagnes ; elle décide alors de perdre en transmettant des lettres compromettantes au président du tribunal, mais ce dernier les ignore, sans lever un œil sur Zerline, et Von Juna acquitté quitte le pays.

Zerline n’a plus que ses souvenirs.

Le texte de Broch, (1886-1951), homme d’affaires devenu écrivain antihitlérien qui a fui aux États-Unis, met à jour les ressorts du désir féminin avec finesse dans un contexte de hiérarchie sociale omniprésente, Zerline présente à son amant ses mains rouges de laveuse, mais elle demeure la meneuse de jeu.

Yves Beaunesne a mis en scène cette nouvelle traduction avec mesure et habilité, car jamais ce monologue n’en paraît un ; il faut dire que Marilu Marini est excellente, vibrante et habitée par son rôle, Brice Cousin est un faire-valoir monstrueux, sans gêner le moins du monde le récit prenant de Zerline.

Jacques Portes, le 18/05/11       en partenariat avec Theothea.com

Blog " Histoires de Théâtre "

DE BEAUX LENDEMAINS

d'après Russell Banks  

mise en scène: Emmanuel Meirieu 

****

Théâtre des Bouffes du Nord

Tel: 01 46 07 34 50

 

          photos ©  Pascal Chantier  

   

Face public, quatre comédiens se relaient successivement pour leur « seul en scène » respectif avec en support commun, le microphone sur pied leur garantissant le ton de la confidence intime, alors même qu’ils sont, à tour de rôle, en position de témoigner d’un tragique accident de car scolaire ayant provoqué 14 victimes.

Dans cette cathédrale décatie, juste à point, que figurent les Bouffes du Nord, les voix semblent vouloir se confier à un dieu protecteur qui saurait démêler le contingent de l’essentiel, en mémoire de ces enfants disparus l’instant d‘après, au hasard d’un obstacle non identifié sur la route que, par réflexe désespéré, le chauffeur tenta, alors, d’éviter d’un coup de volant.

Ainsi, le lac gelé, qu’ils longeaient chaque matin à la même heure, leur tendit soudain les bras de la faucheuse afin de les faire tous sombrer dans la nuit éternelle.

Cependant les deux seuls rescapés de cette hécatombe sont aujourd’hui à la barre de ce tribunal incantatoire, Dolorés Driscoll (Catherine Hiegel) et Nicole Burnell (Judith Chemla), respectivement le conducteur et une jeune fille ayant perdu l’usage de ses jambes.

Au secours des parents désemparés, Maître Mitchel Stephens (Redjep Mitrovitsa) plaiderait la faute professionnelle par excès de vitesse autorisée alors que Dolorès s’appuyant sur sa mémoire, ô combien affective, ferait sans cesse défiler l’enchaînement des circonstances quotidiennes de sa conduite, sans jamais y trouver d’autres aléas que cette tâche indistincte sur la route faisant basculer, sans crier gare, de vie à trépas, le groupe d’enfants dont elle avait la charge.

La douleur à l’état brute étant incarnée par le veuf Billy Ansel (Carlo Brandt), vétéran du Vietnam, ayant perdu dans ce nouveau malheur, deux jumeaux représentant son unique raison de vivre et donc désormais celle de ne pas souhaiter survivre au drame indicible.

Au cœur de cette lutte en responsabilités complexes, va, soudain, s’élever une parole inattendue dans ce prétoire circonstanciel qui, par allégories de fait, déplacera le débat émotionnel sur un traumatisme originel dont l’adolescente Nicole souffrirait bien davantage que de sa paraplégie de miraculée accidentelle.

En effet, l’inceste établi comme un secret intime entre elle et son père, pourrait, fort bien, faire taire la plaidoirie à charge de l’avocat des familles au profit de la reconstruction psychologique et morale de toute une communauté humaine confrontée à la catastrophe accidentelle.

Ici, se recoupent donc, fort judicieusement, les motivations du romancier, Russell Banks et de son premier adaptateur théâtral, Emmanuel Meirieu réussissant, de concert, à fasciner le spectateur par la force éthique du non-dit qui, devenu explicite, serait capable d’apaiser les pires situations de la vie si, toutefois, la bonne volonté et un esprit de reconstruction savent être au rendez-vous.

Theothea le 15/06/11

COURTELINE EN DENTELLES

   

de & mise en scène:  Jérôme Deschamps  

****

Théâtre des Bouffes du Nord

Tel: 01 46 07 34 50

 

          photo ©  Joachim Olaya  

   

Lorsque deux metteurs en scène se choisissent mutuellement pour effectuer un numéro de duettiste en compagnie de Courteline, c’est bien entendu pour parodier la bêtise humaine qu’en smoking et coiffes de dentelles, ils vont s’offrir au public en personnages fantasques et burlesques s’incarnant dans une lecture à deux voix.

Chacun devant son pupitre décline le registre de l’outrance mêlée à l’imposture du rôle joué à contre-emploi alors que le féminin et le masculin se chevauchent aux confins du mauvais goût caricatural.

L’un neveu de Jacques Tati, l’autre dont l’ambition juvénile était de devenir Jean Le Poulain vont fusionner dans une récréation de potaches distanciés se prenant faussement au sérieux, alors même qu’ils viennent juste de triompher, l’un par la mise en scène d’« Un fil à la patte » à La Comédie Française, l’autre par celle de « Nono » au Théâtre de La Madeleine.

Cependant, il faut dire que « Courteline en dentelles » avait déjà été monté la saison dernière à l’Opéra comique et que, par ailleurs, suite à l'impact d’un show retentissant lors de la cérémonie des Molières 2011, il serait, en effet, fort judicieux d’en faire profiter le public acquis d’avance aux « Deschiens » et à ce fameux numéro de « Castafiore » des Molières.

Ainsi donc, durant le mois de juin, les comédiens Jérôme Deschamps et Michel Fau, parce que c’est bien d’eux dont il s’agit, se présentent, de concert, aux Bouffes du Nord dans un numéro de clowns instrumentistes endimanchés où, en sept petites pièces de Courteline et soixante-quinze minutes de spectacle, ils se portent la réplique... décalée au gré du spectateur.

Disons que c’est très drôle… précisément, parce que c’est eux !….

Theothea le 16/06/11

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