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Les    Chroniques   de

  

17ème  Saison     Chroniques   17.006   à   17.010    Page  303

 

                                    

     

                 

   

               

   

   

       

   

   

     

   

               

   

   

         

     

         

     

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SISTER ACT

musique de Alan Menken

mise en scène:  Carline Brouwer   

****

Théâtre Mogador

Tel:  08 20 88 87 86

 

     ©  Theothea.com
     

Ainsi, le jeudi 20 septembre se déroulait au Théâtre Mogador la générale de « Sister Act » en soirée de Gala rassemblant le tout Paris, alors qu’une série d’avant-premières avait rodé cette nouvelle création francophone.

Parmi les premières impressions, la notion d’énergie s’impose d’emblée à l’esprit du spectateur ayant pu déjà apprécier les précédentes réalisations, avec orchestre live, de Stage Entertainment à Paris, à savoir « Cabaret », « Le Roi Lion », « Mamma Mia » et « Zorro ».

   

     

     ©  Theothea.com
                                           
En second, il s’avère que ce spectacle particulièrement vivant est, avant tout, une aventure conjuguée au féminin pluriel car ce sont bien elles, toutes ensembles, ces héroïnes d’une histoire où les hommes joueraient, dans le meilleur des cas, à être leur faire-valoir ou, au pire, ressembleraient, à s’y méprendre, à une sympathique bande de Pieds-nickelés.

Enfin, si le concept artistique de vie monacale a si bien réussi à « Des hommes et des dieux », pourquoi ne sourirait-il pas à ces religieuses, d’un troisième type tellement chargé d’adrénaline et fonctionnant au feeling ?

       

        

     ©  Theothea.com
                                                      
D’ailleurs, même si le ton irrévérencieux est omniprésent dans l’adaptation française truffée de calembours et de jeux de mots redoutables, celui-ci ne fait florès qu’accompagné de ce « bon esprit » dont la culture catholique traditionnelle ne pourrait que tirer profit.

Bref, tous les ingrédients semblent avoir été réunis pour susciter l’engouement déjà bien palpable sur les réseaux sociaux alors que, d’emblée, la présence légendaire de Whoopi Goldberg lors de cette Première festive venait symboliquement frapper les trois coups tellement significatifs dans l’univers du Théâtre.

Ce passage de relais entre Whoopi et Kania s’est effectué sous les meilleures auspices comme dans un jeu de miroirs où l’échange d’influx se transmet en héritage dans l’entrecroisement des regards.

C’est, donc, une Dolorès van Cartier pleine de fougue et de convictions qui s’empare désormais chaque soir du plateau de Mogador, assurant le leadership de la troupe en véritable meneuse de revue… mais corrigée néanmoins pour respecter les règles internes au couvent !

     

     

     ©  Theothea.com
         

Cependant, qu’on ne s’y méprenne point, une star pourrait en cacher une autre, voire deux et pourquoi pas davantage si affinités…

En effet, dans la distribution est également apparue au cours de l’été, Aurélie Konaté, loin d’être une inconnue pour la planète du musical, qui jouera en alternance ce même rôle de Dolorès.

   

   

     ©  Theothea.com
   

Et puis, discrète parce que telle est sa fonction dans le synopsis, voici une révélation en bonus mais non la moindre, se présentant en véritable novice de la congrégation, nous avons nommé Sarah Manesse qui compose une Sœur Marie-Robert tellement réservée que la surprise est totale lorsqu’éclate sur scène l’expression de ses multiples talents.

Ceci dit, c’est bien l’ensemble du chœur des femmes qui se trouve au top niveau du chant, de la danse et même de la pantomime spécifique à chaque portrait.

Chez les hommes, Christian Bujeau compose un savoureux Monseigneur pendant que l’ensemble de ses collègues se trouve en situation, il faut le dire, de jouer aux « mariolles » de circonstances; ce qui bien entendu nécessite beaucoup de maîtrise et de justesse pour se rendre crédible.

   

     

     ©  Theothea.com
   

Cette création scénique de « Sister Act » est issue directement du film d’Emile Ardolino, sorti vingt années auparavant, à ceci près qu’Alan Menken a recomposé, pour cette occasion, l’ensemble des chansons du musical alors que, de son côté, Glenn Slater s’attelait à l’écriture des paroles.

C’est donc un « Sister Act » flambant neuf, qui plus est en langue française, qui débute présentement sa carrière parisienne alors que se termine celle de Londres au bout de trois saisons et se poursuit, allégrement, celle de Broadway, après une année.

Comme le bon vin, Sister Act France va assurément bien progresser car, d’emblée, cette comédie musicale semble s’inscrire dans l’air du temps hexagonal où le désir collectif est d’apaiser les enjeux religieux bien compris au profit du respect d’une laïcité pragmatique.

C’est pourquoi, en entrant dans les ordres, le Théâtre Mogador se donne, donc, la mission de divertir le public en pratiquant l’humour décalé mais sans l’once d’une provocation.

Theothea le 24/09/12

   

VOLPONE

de Ben Jonson

mise en scène  Nicolas Briançon

****

Théâtre de la Madeleine

Tel:  01 42 65 07 09

 

           photo ©  Bernard Richebé  

                 

A la fois metteur en scène et comédien, Nicolas Briançon cumule les spectacles brillants dus autant à son sens du timing dans la direction d’acteurs qu’à son feeling, particulièrement intuitif.

Longtemps révélation, son statut a désormais évolué vers le fer de lance d’une génération désormais bien ancrée dans le spectacle vivant contemporain.

Pour ce Volpone, l’artiste à double casquette s’est aussi armé d’un compte Twitter dédié, avec l’affiche de la pièce en logo, où il a rendu compte, durant l’été, de la mise en place de sa mise en scène:

Après avoir précisé qu’il avait bien du mal à apprendre son texte malgré ou peut-être à cause du plaisir que lui procuraient « ces quinze jours déserts à Paris », le réalisateur commençait à égrener le compte à rebours qui le séparait de la première, tout en lançant un appel aux réservations.

« La Madeleine… Le seul théâtre décapotable de Paris » informait-il à la mi-août » preuve à l’appui d’une photo montrant une verrière ovale ouverte sur le ciel en chaleur…

Quelques clichés online des répétions et du décor plus tard, voici qu’arrivait ce fameux 12 septembre: « Bon ben là... On peut plus reculer: Première de Volpone ce soir!!! C'est parti! Venez!!! » 

Parmi les premiers commentaires, on pouvait lire: «  Le changement c' est d'aller enfin voir une bonne pièce de théâtre: Volpone » alors que lui-même dupliquait le titre d’un quotidien national : « Volpone, une pièce en or ».

Maintenant que les critiques élogieuses commençaient à se succéder, le metteur en scène relevait néanmoins, avec le sourire moqueur, « un déficit de subtilité » stigmatisée par l’une d’entre elles.

Passant directement à un « Il est chouette ce site: theatremadeleine.com », l’artiste reprenait alors plus que jamais sa double casquette en citant quasi quotidiennement chacun des liens renvoyant, au fur et à mesure, vers l’ensemble des critiques publiées en ligne :

Roland Bertin y est encensé, Anne Charrier louée, Yves Gasc et Philippe Laudenbach re-connus, tous célébrés à juste titre autour d’un acteur-metteur en scène hors pair.

Aussi, en ce 1er octobre, Nicolas Briançon poursuit toujours sa quête perspicace qui, a priori, pourrait s’apparenter à une simple revue de presse associée au dossier éponyme mais qui, au-delà, correspond davantage à une interactivité entre l’artiste et son public avec nécessairement des retombées permanentes sur le geste créatif.

Ainsi, que deviendra son « Volpone » à Noël 2012 ?

Bien entendu, toujours le même calé dans les rails posés cet été mais aussi, en raison de son « feeling intuitif » à l’écoute des gazouillis du monde, Nicolas Briançon saura renouveler ce qui en fait sa force intrinsèque proposée sur « La nouvelle seconde scène » de Jean-Claude Camus, à savoir :

Un cynisme à la fois poli et souriant à pleines dents jusqu’aux délices de la Tragi-Comédie.

Theothea le 01/10/12

LES MENTEURS

de  Anthony Nelson 

mise en scène: Jean-Luc Moreau

****

Théâtre de la Porte Saint-Martin

Tel:  01 42 08 00 32   

 

           photo ©  Bernard Richebé  

     

Pas si fourbes que çà, les deux compères mais plutôt bien empêtrés dans leur désir d’accomplir une mission délicate sans susciter le désarroi.

Blunt & Gobble, deux bobbies en charge d’annoncer une mauvaise nouvelle le soir de Noël vont se trouver embringuer, à l’insu de leur plein gré, dans une suite de quiproquos farcesques.

Hésitant à appuyer sur le bouton de sonnette du pavillon où un couple de parents âgés attendent l’arrivée de leur fille venant passer le réveillon avec eux, les deux policiers tardent l’entrée en matière tragi-comique jusqu’à ce que les évènements décident, à leur place, pour eux et les propulsent à l’intérieur du sweet home.

Commencera alors un jeu de poker menteur où l’objectif sera sans cesse de ménager l’apparente vérité des faits en esquissant des pas de côté.

A l’instar des frasques du vaudeville, l’humour anglais s’y développe en faisant conjuguer la causticité avec un ton surréaliste à saborder toute tentative d’approche cartésienne.

Tels deux poissons plongés dans leur bain originel, Chevallier et Laspalès s’amusent avec la transgression de l’invraisemblance comme les deux gamins des bandes dessinées d’antan, Quick et Flupcke, qui seraient devenus à leurs tour policiers par inadvertance.

Jean-Luc Moreau est constamment présent pour leur tendre la main de l’absurde comme le ferait un guide attentif à harmoniser ce duo Dupont-dupond avec les cinq partenaires qui les entourent au mieux des situations grand-guignolesques récurrentes, a volo.

L’intérêt, bien compris, du spectateur est alors de larguer les amarres et tout ce qui pourrait le rattacher à une logique ordonnée, car la loi du genre ne peut supporter de demi-mesure de sauvegarde au risque de rester le postérieur entre deux chaises mentales.

Nul besoin de s’esclaffer à toutes les facéties des protagonistes mais, néanmoins, si le sourire pouvait s’installer durablement, le pari serait en soi largement gagné car, dans cette adaptation de l’esprit anglais, il y a de toutes évidences beaucoup de verrous culturels à dynamiter de l’intérieur.

A ce titre, Philippe Chevallier et Régis Laspalès pourraient fort bien, vis-à-vis du public francophone, jouer un rôle de passerelle vers cet imaginaire burlesque, lui paraissant, a priori, quel que peu abscons.

Theothea le 27/09/12

DES FLEURS POUR ALGERNON

de Gérald Sibleyras

mise en scène:  Anne Kessler 

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Studio des Champs-Elysées

Tel: 01 53 23 99 19  

 

           photo ©  ARTCOMART  

               

Si la recherche expérimentale sur « l’intelligence » d’une souris, qui pourrait fort bien s’appeler Algernon, devait déboucher, in fine, par un bouquet destiné à fleurir sa mémoire, qu’en serait-il si des savants fous s’ingéniaient à singer cette procédure pseudo-scientifique en l’appliquant à l’homme ou plus exactement à Charlie, soigneusement sélectionné en fonction de son quotient intellectuel déficitaire mais surtout à son candide et intense désir d’apprendre et de bien faire ?

Parcourant les mêmes étapes traversées précédemment par Algernon, Charlie verrait alors, après une phase de latence quelque peu régressive, sa fonction cérébrale progresser, par la suite, de manière exponentielle, lorsqu’atteignant le paroxysme de sa compétence s’amorcerait, au final, une chute brutale vers l’enfer de la dégénérescence des cellules.

Mis en compétition de fait avec les réactions de la souris, le cobaye humain va acquérir rapidement la faculté d’anticiper lui-même, secrètement, chaque phase suivante du processus, grâce à l’observation de sa compagne animale en avance sur son propre parcours engendré par les apprentis sorciers.

Telle la nouvelle écrite en 1959 par Daniel Keynes, devenue roman dans un second temps ainsi que comédie musicale et film à succès international par la suite, cette fable va non seulement stigmatiser, par la science fiction, les expérimentations hasardeuses promises par et sur l’intelligence humaine mais va surtout devenir, en parallèle, une sorte de métaphore, grandeur nature, concernant l’évolution et la signification de la pensée et de l’esprit ayant en perspective son déclin et sa fin programmés.

Pour mettre en scène sur les planches, une tel récit fictionnel, il fallait une adaptation (Gérald Sibleyras), proche de la confession ou plutôt de l’auto-analyse, ayant l’innocence du regard humain qui, à son insu, découvre, avec étonnement, les transformations de sa perception du monde, à la fois intérieur et extérieur.

Il fallait surtout, un comédien à la sensibilité hors du commun et qui, de surcroît ne soit pas marqué par ses rôles précédents, de façon à maintenir vierge sa pertinence et sa crédibilité à l’égard du public.

« Heureux les simples d’esprit, le monde leur appartient » énonce ainsi la Sainte écriture; c’est bel et bien avec cette intention implicite que la metteuse en scène, Anne Kessler offre à Grégory Gadebois l’objectif, fort réussi, de prendre en charge symbolique la destinée de la raison métaphysique à incarner dans le formatage de la raison pratique.

Theothea le 04/10/12

LE SCOOP

de  Marc Fayet 

mise en scène  Marc Fayet 

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Théâtre  Tristan Bernard 

Tel:  01 45 22 08 40   

 

           photo ©  Claire Besse  

               

Le buzz court, à l’instar du furet de la chanson, au sein du Tout Paris, que « Le scoop » est la pièce de ce début de saison qu’il faudrait voir pour être « in » dans les conversations branchées.

En effet, comme à son habitude, l’écriture de Marc Fayet s’est emparé d’un sujet de société pour l’élever au niveau de la réflexion collective, sans pour autant en tirer une morale que chacun pourrait donc voir à sa porte ou simplement à sa mesure.

En pénétrant le milieu de la presse, quel que peu déstabilisé actuellement par l’afflux des nouvelles technologies mises à la portée de tous, l’auteur observe trois générations de professionnels dont le commun dénominateur serait, sinon de chercher à tirer la couverture à lui, tout au moins d’attirer le reconnaissance de ses confrères, le plus souvent en étant en avance sur eux, d’une info:

« Mieux vaut être le premier à se tromper, plutôt qu’être le deuxième à dire la vérité ».

Ainsi bardé d’une telle maxime en guise de déontologie, il est aisé d’imaginer toutes les dérives potentielles à chaque prise de décision.

Par ailleurs, chacun bâtissant sa propre légende, en fonction de l’époque traversée et des engagements opportuns, il est possible que le vernis des réputations puisse dissimuler de lourds secrets parfois peu avouables ou avec lesquels il serait toujours possible d’en reconstruire, a posteriori, une destinée forcément ambitieuse.

Il n’est pas loin, non plus, le conflit d’intérêt mêlant la sphère du privé avec des enjeux politiques, éventuellement internationaux, qui pourrait venir interférer dans la progression d’une carrière, toute dévolue à la recherche de la vérité engageant surtout autrui mais pas nécessairement soi-même.

Toutes ces variantes thématiques pourront être retrouvées au fur et à mesure de l’enquête que va mener Grégory, jeune reporter ayant déjà compris, à son niveau, que la manipulation des idées, des faits et des gens est en soi une arme pour progresser vers l’objectif éditorial fixé.

Ce n’est rien de dire que ses commanditaires plus âgés ont en commun de partager un échiquier stratégique où c’est toujours celui qui visionne le plus grand nombre de coups en avance qui accumule, au prorata, les atouts pour l’emporter sur ses confrères.

Au point que le plus ancien (Philippe Magnan) d’entre les trois pourra édicter comme conseil ultime au plus jeune (Guillaume Durieux) : « Si tu veux rester libre, ne crois pas ce que je te dis ».

Ce pourrait, en effet, être une bonne directive pour exercer son esprit critique mais, néanmoins au terme de l’intrigue, va se profiler un tel désenchantement à l’égard de la chose journalistique qu’il devrait être pertinent pour le spectateur de relativiser, à l’avenir, la portée pragmatique de tous les donneurs de leçons médiatiques.

Excellente quête dialectique où, de surcroît, l’interprétation classieuse de Frédérique Tirmont forcera à la transgression du statu quo.

Theothea le 01/10/12

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