Les
Chroniques
de
 |
 |

18ème
Saison
Chroniques 18.066
à
18.070 Page
339
photo © Theothea.com
photo © Theothea.com
66ème
Festival de
Cannes
2013
La Croisette 2013
Les Molières
2014
en perspective
R E V I V A L
Wight ! + 40 années
après
Toutes
nos
critiques
2013 -
2014
Les
Chroniques
de
Theothea.com
sur
THEA
BLOGS
Recherche
par mots-clé
THEA
BLOGS
|
PLATONOV
de Anton Tchekhov
mise en
scène Benjamin Porée
|
****
Théâtre
Odéon Berthier
Tel
01 44 85 40 40
|
Entre promesse de talent et talent déjà reconnu par les
uns, peut se glisser subrepticement le catalogue des erreurs de jeunesse
relevées par dautres, tous aussi bien intentionnés à
légard de Benjamin Porée dont la compétence artistique
serait devenue, en quelques jours, lenjeu emblématique de vux
théâtraux formulés en ce début dannée
2014.
Aussi, cest vrai que sur la scène des Ateliers Berthier,
lOdéon a investi sur une reprise de taille XXL, façon
« révélation » repérée lors
de sa création plus intimiste à Vanves en 2012.
En effet, ce Platonov est un véritable défi lancé
à lintuition du public, en charge de lever le pouce si
affinités, mais pas nécessairement à légard
de toutes les modalités ou autres trouvailles de son jeune metteur
en scène de 28 ans ! A commencer par un long monologue du
rôle éponyme en ouverture du spectacle
dos tourné
au public !
Voici Joseph Fourez, dont la palette de jeu va vibrer de toutes ses cordes
après lentracte lorsque le metteur en scène laissera
une place prééminente au directeur dacteurs, voici donc
Joseph contraint détablir le contact avec les spectateurs, en
faisant mine de faire partie dune machinerie si perverse que sa voix
ne pourra leur revenir quen écho du mur de scène.
Fausse bonne idée scénique dune présence-absence
déjà programmée au vide abyssal, esquissé par
Tchekhov dès son entrée en matière spéculative,
diront les uns; artifice maladroit, selon dautres, car demblée
irrespectueux du malaise et de lécoute dégradée,
ainsi délibérément suscités.
Ceci nétant quun exemple introductif des reproches
potentiellement adressés, il faut demblée signaler la
forte odeur de soufre sélevant en fin de première partie,
devenant franchement piquante voire irrespirable, à la limite de la
quinte de toux, que des fumigènes et autres nuages de poussières
planantes vont consciencieusement entretenir, sans doute pour illustrer la
force symbolique de lautodestruction en uvre irréversible
autant quinexorable, mais qui, au demeurant, dérangent davantage
plutôt quils ne convainquent de leur bien- fondé.
Cela étant dit, il suffit dinverser le négatif noir
et blanc de ces quelques modalités perturbatrices pour découvrir,
au centuple, ce que toute la vision conceptuelle de Benjamin Porée
contient, en 3D live et au bénéfice de de la première
pièce du jeune Tchekhov, comme mise en miroir du vide absolu
sétant emparé de la société russe de
lépoque.
Cette mise en perspective est une pure merveille, à la fois digne
du 7ème art mais surtout visionnaire dun spectacle global, festif,
musical et néanmoins tellement tellurique que la dépression
généralisée y prend des reliefs de chef duvre
dinterprétation chorale :
15 jeunes comédiens y dansent, en effet, un ballet transversal
découpant, en matchs dimprovisation, les répliques de
tremblements colossaux mais tant souterrains que la logorrhée est
en soi le signe avant-coureur du chaos à venir.
Alors, comme dans un sas de décompression avant limplosion
fatale, un bataillon de balançoires va être appelé à
la rescousse dun hypothétique retour à lordre ancien
via la nostalgie mais rien ny fera, la dramaturgie dAnton Tchekhov
est désormais sur rail et Platonov devra effectuer son chemin de croix,
grandeur nature, jusquà lépuisement des arguments
contradictoires plaidant pour la pérennité dune
séduction quil ne pourrait plus assumer.
Autour de lui, les pulsions de vie vacillent sur leurs socles de certitude
patrimoniale alors que toutes les facettes de la féminité
conquérante semploient, elles, à se disputer sinon le
trophée résiduel tout au moins la mémoire de son aura
triomphante.
Sacha (Macha Dussart), Sofia (Sophie Dumont) en dauphines de la
« Reine » Anna Petrovna (Elsa Granat) feront la part
belle au désuvrement chronique de la gente masculine en plein
désarroi, alors que Don juan & Hamlet seront, eux, convoqués,
en tant quinvités de référence, au banquet de
ces agapes fin dépoque signant, en définitive, le retour
de la poussière à sa substance originelle !
Lavènement dun metteur en scène plein
dambition générationnelle est annoncé mais quil
prenne garde, à lavenir, à ne pas prendre lasphyxie
du spectateur pour gage dune scénographie, si brillante soit-elle
!
Theothea le 13/01/14
|
LOVE LETTERS
de A. R. Gurney
mise en scène Benoit
Lavigne
|
****
Théâtre
Antoine
Tel
01.42.08.77.71
|
Après Bruno Cremer, Jean-Louis Trintignant, Philippe Noiret, Jacques
Weber et Alain Delon dans le rôle dAndy, Melissa, alias Anouk
Aimée, aura trouvé un sixième partenaire à sa
taille, Gérard Depardieu pour 14 représentations au
Théâtre Antoine.
Dans une salle archi-comble à 19h00, lavant-dernière
est sur le point de débuter avec quelques minutes accordées
aux retardataires.
Depuis lextrémité des corbeilles côté
cour, la perspective, surplombant la scène avec sa table en bois massif
posée sur tapis persan et prête à accueillir ces
correspondants prestigieux, soffre demblée en promontoire
dobservation incomparable !
Les voici donc, Anouk & Gérard sinstallant face au public,
à distance lun de lautre
infinie car jusquà
lultime fin de la lecture, jamais leurs regards ne se rencontreront
: Gérard pourra même, à plusieurs reprises, pousser cette
distanciation jusquà tourner le dos à sa partenaire en
portant son regard à jardin, côté coulisses.
Cest parti; les feuillets, de part et dautre de la table,
commencent à sempiler sur leurs tas respectifs, non sans servir
durant le temps imparti, au récit épistolaire étendu,
par voie orale, aux multiples séquences de la vie humaine en empathie
réciproque.
On le sait; depuis leur adolescence déjà adossée
à lamitié denfance, Melissa et Andy ont correspondu
tout au long de leur existence, sans jamais pouvoir nulle part se retrouver
physiquement synchrones.
Les bosses de la vie, les réussites, les impasses se racontent
au gré dévènements fortuits mais surtout au rythme
des saisons et, quasiment sans oubli, au rendez-vous de chaque nouvelle
année plongée au sein du cortège des fêtes
familiales.
A lexpérience de ses partenaires successifs, Anouk avance
« classieuse » dans une concentration très
ordonnée à limage des feuillets bien rangés passant
dun tas à lautre devant son verre et sa carafe
deau.
A la différence de Gérard qui semble les étaler devant
lui, tel un jeu de cartes de la vie dans lequel il lui faudrait davantage
piocher que de les suivre chronologiquement.
Cependant cette organisation fantasque nest quun
trompe-lil permettant à lartiste de vivre au plus
fort lémotion contenue au diapason vibratoire des mots se
télescopant, se succédant, sinterrompant, faisant des
pauses inattendues et des silences à couper à cur !
Oui, au Théâtre Antoine, jauge emplie de lorchestre
au Paradis, le temps est comme suspendu
aux lèvres de ces deux
diamants en résonance harmonique que déjà le cycle de
la vie est consumé jusquau dernier carat !
Anouk et Gérard se regardent enfin, yeux dans les yeux, encore
totalement émoustillés par ce voyage en parallèles..
tout en sachant que demain ils auront la chance de pouvoir recommencer ce
jeu denfants
puisque ce sera la dernière !
Theothea le 15/01/13
|
LE CANARD SAUVAGE
de Henrik Ibsen
mise en
scène Stéphane Braunschweig
|
****
Théâtre
de la Colline
Tel
01 44 62 52 52
|
|
photo © Elizabeth Carecchio
|
Après avoir mis en scène Peer Gynt, Les Revenants,
Brand, Maison de poupée et Rosmersholm, Stéphane
Braunschweig poursuit, à la Colline, son exploration dans lunivers
dHenrik Ibsen (1828-1906).Cette fois, il porte sur la scène le
Canard Sauvage, pièce créée en 1885 à Bergen.
« Le Canard Sauvage » met en opposition deux amis
qui se retrouvent après une séparation de 15 ans : Hjalmar
Ekdal, le fils photographe du vieil Ekdal, ne veut pas voir la
réalité telle quelle est alors que Gregers Werle, le
fils du notable, veut, au nom dun idéal de vérité,
faire des révélations fondamentales, quitte à détruire
lharmonie dun couple.
Seraient-ils les deux faces dIbsen qui a mis beaucoup de ses souvenirs
dans cette pièce ? Ainsi, la petite fille du couple se
prénomme Hedvig, comme la propre sur de lauteur. Le vieil
Ekdal chasse comme le faisait son propre père et surtout ces deux
êtres se réfugient dans un grenier, tel que lui-même aimait
sy replier dans celui de son enfance.
La violence du passé va donc faire irruption dans une petite famille
tranquille qui était parvenue à un statu quo, en ignorant les
secrets peu avouables des uns et des autres. Effectivement le vieil Ekdal
aurait été condamné pour malversation et escroquerie
et désormais élève poules et lapins dans le grenier
refuge, symbolisé ici par une forêt de sapins. Pendant que la
mère maintient léquilibre de la maison,
matérialisée par un parallélépipède en
bois clair, la petite fille fantasque déborde damour pour son
père et aime aller au grenier avec son grand-père
déshonoré; quant au fils photographe, lui se voudrait inventeur
dun monde imagé !
Gregers Werle est rongé par la faute de son Père (Jean-Marie
Winling), négociant aisé et fortuné. Il se sent tout
petit devant ce père magistralement surdimensionné,
impérieux, suffisant et manipulateur dont le visage imposant,
projeté sur écran, écrase aussi le spectateur. Ainsi
rapetissé par cette perspective, le fils veut soulager sa conscience,
en rétablissant vérité et transparence dans la famille
Ekdal.
Pour lui, affronter la réalité, ce sera mettre en lumière
les mensonges et débusquer la façade illusoire
échafaudée par cette famille. Il va falloir ouvrir les yeux
de tout ce petit monde, alors que, paradoxalement, la vue de la petite Hedvig
décline. Gina, lépouse tranquille, a été
la maîtresse du négociant Werle et son mariage avec Hjalmar
na été quune façon de camoufler cette liaison.
Cette révélation entraînera leffondrement des
rêves et le rejet de la fillette adulée. Hedvig sera livrée
en sacrifice par Gregers : En lui demandant de tuer le canard sauvage, telle
une offrande à la rédemption, linnocente clairvoyante
se tuera pour racheter la faute des adultes. Cette chute sera symbolisée
par le plancher de la maison qui sincline au dernier acte, entraînant
une glissade de tous les repères établis.
Lengrenage fatal, lambiguïté et la perversité
des personnages sont bien menés par une troupe de comédiens
de nouveau dirigés par Stéphane Braunsweig.
Ainsi, tel un pasteur intégriste, Claude Duparfait, le redresseur
de torts, manie le langage avec une contrition peut-être un peu trop
affectée. Rodolphe Congé interprète avec une exaltation
sincère un Hjalmar faible et influençable. Chloé
Réjon, la Nora, femme-enfant de la Maison de Poupée, est très
juste dans un rôle de mère qui veut faire table rase de son
passé pour avancer. Quant à Suzanne Aubert, elle exprime bien
la fragilité tourmentée dune Hedvig qui, tel le canard
sauvage, esquisse de la Mouette de Tchekhov, ne pourra plus voler de ses
propres ailes
totalement laminée en pleine jeunesse !
Cat.S / Theothea.com, le 25/01/14
|
ANTIGONE
de Jean Anouilh
mise en
scène Marc Paquien
|
****
Comédie
Française
Tel 08 25 10 16
80 (0,15e/mn)
|
|
photo © Cosimo Mirco Magliocca
|
Découvrir une mise en scène créée au
Vieux-Colombier en 2012, lors de sa reprise en salle Richelieu la saison
suivante, cest comme déboucher un vin fameux, en sachant que
sa maturité naura pu que lui être favorable !
Mais cette « Antigone » dAnouilh mise en scène
par Marc Paquien est davantage quune excellente cuvée ayant
bien vieillie, cest avant tout laffrontement à mort de
deux personnalités enchaînées aux tribulations dune
saga familiale hors normes dont dipe aura donné le
célébrissime coup denvoi !
Certes, lui, Créon en charge de la raison dEtat est habité
par la mission régalienne de faire respecter lintérêt
supérieur de la Nation, en gardien suprême. Pour Antigone,
la seule règle de conduite est de veiller à sauvegarder la
dignité de la fratrie menacée de lintérieur autant
que de lextérieur.
Leur lutte sera frontale mais néanmoins liée, de part et
dautre, par le souci constant dêtre en accord avec
soi-même et les principes éthiques antagonistes, respectivement
défendus :
Lobjectif de Créon est de tenter de sauver Antigone contre
elle-même, cest-à-dire contre les forces obscures de
lautodestruction. Lambition dAntigone est de
nécouter que sa voix intérieure, bien décidée
à faire respecter lhonneur dun frère jeté
en pâture aux Gémonies !
Ce pourrait être le rôle de sa vie, pour Françoise
Gillard, tant la rébellion y semble lui coller à
landrogynéité quelle affiche avec une classe superbe
!
De même que la détermination et lénergie lui
dictent une attitude sans compromission, pareillement, sa peur latente, sa
vulnérabilité, sa sincérité à fleur de
peau en élaborent une figure emblématique du combat au
féminin ayant transgressé le point de non retour !
Face à elle, la stature de Bruno Raffaelli est comme une invite
urgente au renoncement à toute subjectivité idéologique,
cherchant à faire uvre morale tout à la fois dissuasive
et pédagogique, quavant dappuyer, par exacerbation
dépitée, sur le bouton nucléaire cataclysmique.
Ce rapport de forces évolutives conduit la dialectique affective
entre ces deux êtres, que tout par ailleurs pourrait rapprocher, dans
une sorte dimpasse métaphysique proche du sublime tout autant
que de lanéantissement absolu !
Vigie du simple bon sens en représentativité chorale, Clotilde
de Bayser exerce la fonction de narratrice expliquant demblée
au public qui est qui, qui fera quoi et quel sera lenjeu fondamental
de linéluctable destinée collective écrite
davance !
Présentant ainsi tous les protagonistes comme enchaînés
à un véritable jeu de rôles, celle-ci aura
précisément beau jeu dexpliciter au fur et mesure du
compte à rebours, les phases successives de la catastrophe post-oedipienne
annoncée !
Cette interprétation, non dénuée dhumour par
euphémisme, est en soi un véritable régal à
contempler, des premiers rangs de lorchestre, tant la comédienne
balaie la scène avec la désinvolture relative qui sied à
celle qui serait revenue, saine et sauve desprit, de toutes les tyrannies
de la mythologie antique !
Dailleurs, c'est lensemble de la direction dacteurs
de Marc Paquien qui repose sur ce maelstrom de nuances subtiles intriquées
dans une thématique dabus de pouvoir érigés en
système avec distribution judicieuse et réalisation
intégralement maîtrisée !
Theothea le 17/01/14
|
LA MALADIE DE LA
MORT
de Marguerite Duras
mise en
scène Muriel Mayette-Holtz
|
****
Théâtre
du Vieux-Colombier
Tel 01 44 39 87
00 / 01
|
Cette « maladie » nest quune mise en jambes
pour Muriel Mayette puisque, successivement, elle signera prochainement,
en salle Richelieu, les mises en scène du « Songe dune
nuit dété » et
d « Andromaque ».
Présentement, en association artistique avec Matthias Langhoff,
lactuelle administratrice de la Comédie-Française dirige,
sur la scène du Vieux-Colombier, un couple de comédiens, Alexandre
Pavloff et Suliane Brahim dans ce long poème en prose de Marguerite
Duras qui, en apnée dans les contradictions de lâme,
spécule sur labsence de désir au sein de lAmour
quil soit charnel ou non !
Ecrit alors que lauteure était au plus mal dans son esprit
et dans son corps, ce texte aura néanmoins contribué à
lémergence dune nouvelle phase créative. Ainsi,
en combattant le mal pathologique par le mal sublimé, y transparaissent
les ressorts relationnels indicibles entre les sexes opposés.
Alexandre Pavloff, mains dans les poches, déclame ces atermoiements
successifs entre passion et frustration, entre optimisme et neurasthénie,
entre certitudes dépressives et doutes infondés
alors
que, derrière le narrateur, la jeune femme (Suliane Brahim)
sétant préalablement préparée à
rejoindre son lit, sadonne désormais au sommeil le plus profond
avant que de disparaître comme par (dés)enchantement !
Sur le mur, au-dessus de sa couche, ont défilé des scènes
de mer froide et hostile dans lAntarctique alors quen surimpression
des citations pêle-mêle de Duras finissaient dillustrer
la confusion des esprits en ébullition !
Cependant, une chose est sûre, la jeune femme sétait
convenablement séché les cheveux et avait consciencieusement
brossé ses dents avant que de se coucher !
En effet, tant quà considérer plusieurs plans concomitants
dinterprétation de ce spectacle de 55 minutes, autant que les
modalités prosaïques en fussent explicites, de façon à
ce que chacun puisse y projeter sa propre compréhension !
Theothea le 18/01/13
|
Recherche
par
mots-clé
 |

|
|