Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques   de

  

18ème  Saison     Chroniques   18.066   à   18.070    Page  339

 

  • PLATONOV                                        
  • LOVE LETTERS                                
  • LE CANARD SAUVAGE                  
  • ANTIGONE                                        
  • LA MALADIE DE LA MORT                 1789ème  chronique   (depuis 1996)

         

 

             

                photo © Theothea.com

       

                      

   

             

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PLATONOV

de Anton Tchekhov

mise en scène Benjamin Porée

****

Théâtre Odéon Berthier

Tel   01 44 85 40 40

                    

           photo ©   Benoit Jeannot

     

Entre promesse de talent et talent déjà reconnu par les uns, peut se glisser subrepticement le catalogue des erreurs de jeunesse relevées par d’autres, tous aussi bien intentionnés à l’égard de Benjamin Porée dont la compétence artistique serait devenue, en quelques jours, l’enjeu emblématique de vœux théâtraux formulés en ce début d’année 2014.

Aussi, c’est vrai que sur la scène des Ateliers Berthier, l’Odéon a investi sur une reprise de taille XXL, façon « révélation » repérée lors de sa création plus intimiste à Vanves en 2012.

En effet, ce Platonov est un véritable défi lancé à l’intuition du public, en charge de lever le pouce si affinités, mais pas nécessairement à l’égard de toutes les modalités ou autres trouvailles de son jeune metteur en scène de 28 ans ! A commencer par un long monologue du rôle éponyme en ouverture du spectacle… dos tourné au public !

Voici Joseph Fourez, dont la palette de jeu va vibrer de toutes ses cordes après l’entracte lorsque le metteur en scène laissera une place prééminente au directeur d’acteurs, voici donc Joseph contraint d’établir le contact avec les spectateurs, en faisant mine de faire partie d’une machinerie si perverse que sa voix ne pourra leur revenir qu’en écho du mur de scène.

Fausse bonne idée scénique d’une présence-absence déjà programmée au vide abyssal, esquissé par Tchekhov dès son entrée en matière spéculative, diront les uns; artifice maladroit, selon d’autres, car d’emblée irrespectueux du malaise et de l’écoute dégradée, ainsi délibérément suscités.

Ceci n’étant qu’un exemple introductif des reproches potentiellement adressés, il faut d’emblée signaler la forte odeur de soufre s’élevant en fin de première partie, devenant franchement piquante voire irrespirable, à la limite de la quinte de toux, que des fumigènes et autres nuages de poussières planantes vont consciencieusement entretenir, sans doute pour illustrer la force symbolique de l’autodestruction en œuvre irréversible autant qu’inexorable, mais qui, au demeurant, dérangent davantage plutôt qu’ils ne convainquent de leur bien- fondé.

Cela étant dit, il suffit d’inverser le négatif noir et blanc de ces quelques modalités perturbatrices pour découvrir, au centuple, ce que toute la vision conceptuelle de Benjamin Porée contient, en 3D live et au bénéfice de de la première pièce du jeune Tchekhov, comme mise en miroir du vide absolu s’étant emparé de la société russe de l’époque.

Cette mise en perspective est une pure merveille, à la fois digne du 7ème art mais surtout visionnaire d’un spectacle global, festif, musical et néanmoins tellement tellurique que la dépression généralisée y prend des reliefs de chef d’œuvre d’interprétation chorale :

15 jeunes comédiens y dansent, en effet, un ballet transversal découpant, en matchs d’improvisation, les répliques de tremblements colossaux mais tant souterrains que la logorrhée est en soi le signe avant-coureur du chaos à venir.

Alors, comme dans un sas de décompression avant l’implosion fatale, un bataillon de balançoires va être appelé à la rescousse d’un hypothétique retour à l’ordre ancien via la nostalgie mais rien n’y fera, la dramaturgie d’Anton Tchekhov est désormais sur rail et Platonov devra effectuer son chemin de croix, grandeur nature, jusqu’à l’épuisement des arguments contradictoires plaidant pour la pérennité d’une séduction qu’il ne pourrait plus assumer.

Autour de lui, les pulsions de vie vacillent sur leurs socles de certitude patrimoniale alors que toutes les facettes de la féminité conquérante s’emploient, elles, à se disputer sinon le trophée résiduel tout au moins la mémoire de son aura triomphante.

Sacha (Macha Dussart), Sofia (Sophie Dumont) en dauphines de la « Reine » Anna Petrovna (Elsa Granat) feront la part belle au désœuvrement chronique de la gente masculine en plein désarroi, alors que Don juan & Hamlet seront, eux, convoqués, en tant qu’invités de référence, au banquet de ces agapes fin d’époque signant, en définitive, le retour de la poussière à sa substance originelle !

L’avènement d’un metteur en scène plein d’ambition générationnelle est annoncé mais qu’il prenne garde, à l’avenir, à ne pas prendre l’asphyxie du spectateur pour gage d’une scénographie, si brillante soit-elle !

Theothea le 13/01/14

     

                

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LOVE LETTERS

de A. R. Gurney

mise en scène  Benoit Lavigne

****

Théâtre Antoine

Tel   01.42.08.77.71

                    

           photo © Theothea.com

   

Après Bruno Cremer, Jean-Louis Trintignant, Philippe Noiret, Jacques Weber et Alain Delon dans le rôle d’Andy, Melissa, alias Anouk Aimée, aura trouvé un sixième partenaire à sa taille, Gérard Depardieu pour 14 représentations au Théâtre Antoine.

Dans une salle archi-comble à 19h00, l’avant-dernière est sur le point de débuter avec quelques minutes accordées aux retardataires.

Depuis l’extrémité des corbeilles côté cour, la perspective, surplombant la scène avec sa table en bois massif posée sur tapis persan et prête à accueillir ces correspondants prestigieux, s’offre d’emblée en promontoire d’observation incomparable !

Les voici donc, Anouk & Gérard s’installant face au public, à distance l’un de l’autre… infinie car jusqu’à l’ultime fin de la lecture, jamais leurs regards ne se rencontreront : Gérard pourra même, à plusieurs reprises, pousser cette distanciation jusqu’à tourner le dos à sa partenaire en portant son regard à jardin, côté coulisses.

C’est parti; les feuillets, de part et d’autre de la table, commencent à s’empiler sur leurs tas respectifs, non sans servir durant le temps imparti, au récit épistolaire étendu, par voie orale, aux multiples séquences de la vie humaine en empathie réciproque.

On le sait; depuis leur adolescence déjà adossée à l’amitié d’enfance, Melissa et Andy ont correspondu tout au long de leur existence, sans jamais pouvoir nulle part se retrouver physiquement synchrones.

Les bosses de la vie, les réussites, les impasses se racontent au gré d’évènements fortuits mais surtout au rythme des saisons et, quasiment sans oubli, au rendez-vous de chaque nouvelle année plongée au sein du cortège des fêtes familiales.

A l’expérience de ses partenaires successifs, Anouk avance « classieuse » dans une concentration très ordonnée à l’image des feuillets bien rangés passant d’un tas à l’autre devant son verre et sa carafe d’eau.

A la différence de Gérard qui semble les étaler devant lui, tel un jeu de cartes de la vie dans lequel il lui faudrait davantage piocher que de les suivre chronologiquement.

Cependant cette organisation fantasque n’est qu’un trompe-l’œil permettant à l’artiste de vivre au plus fort l’émotion contenue au diapason vibratoire des mots se télescopant, se succédant, s’interrompant, faisant des pauses inattendues et des silences à couper à cœur !

Oui, au Théâtre Antoine, jauge emplie de l’orchestre au Paradis, le temps est comme suspendu… aux lèvres de ces deux diamants en résonance harmonique que déjà le cycle de la vie est consumé jusqu’au dernier carat !

Anouk et Gérard se regardent enfin, yeux dans les yeux, encore totalement émoustillés par ce voyage en parallèles.. tout en sachant que demain ils auront la chance de pouvoir recommencer ce jeu d’enfants… puisque ce sera la dernière !

Theothea le 15/01/13

   

              

           photo © Theothea.com

         

LE CANARD SAUVAGE

de Henrik Ibsen

mise en scène Stéphane Braunschweig

****

Théâtre de la Colline

Tel   01 44 62 52 52

                    

           photo © Elizabeth Carecchio

     

Après avoir mis en scène Peer Gynt, Les Revenants, Brand, Maison de poupée et Rosmersholm, Stéphane Braunschweig poursuit, à la Colline, son exploration dans l’univers d’Henrik Ibsen (1828-1906).Cette fois, il porte sur la scène le Canard Sauvage, pièce créée en 1885 à Bergen.

« Le Canard Sauvage » met en opposition deux amis qui se retrouvent après une séparation de 15 ans : Hjalmar Ekdal, le fils photographe du vieil Ekdal, ne veut pas voir la réalité telle qu’elle est alors que Gregers Werle, le fils du notable, veut, au nom d’un idéal de vérité, faire des révélations fondamentales, quitte à détruire l’harmonie d’un couple.

Seraient-ils les deux faces d’Ibsen qui a mis beaucoup de ses souvenirs dans cette pièce ? Ainsi, la petite fille du couple se prénomme Hedvig, comme la propre sœur de l’auteur. Le vieil Ekdal chasse comme le faisait son propre père et surtout ces deux êtres se réfugient dans un grenier, tel que lui-même aimait s’y replier dans celui de son enfance.

La violence du passé va donc faire irruption dans une petite famille tranquille qui était parvenue à un statu quo, en ignorant les secrets peu avouables des uns et des autres. Effectivement le vieil Ekdal aurait été condamné pour malversation et escroquerie et désormais élève poules et lapins dans le grenier refuge, symbolisé ici par une forêt de sapins. Pendant que la mère maintient l’équilibre de la maison, matérialisée par un parallélépipède en bois clair, la petite fille fantasque déborde d’amour pour son père et aime aller au grenier avec son grand-père déshonoré; quant au fils photographe, lui se voudrait inventeur d’un monde imagé !

Gregers Werle est rongé par la faute de son Père (Jean-Marie Winling), négociant aisé et fortuné. Il se sent tout petit devant ce père magistralement surdimensionné, impérieux, suffisant et manipulateur dont le visage imposant, projeté sur écran, écrase aussi le spectateur. Ainsi rapetissé par cette perspective, le fils veut soulager sa conscience, en rétablissant vérité et transparence dans la famille Ekdal.

Pour lui, affronter la réalité, ce sera mettre en lumière les mensonges et débusquer la façade illusoire échafaudée par cette famille. Il va falloir ouvrir les yeux de tout ce petit monde, alors que, paradoxalement, la vue de la petite Hedvig décline. Gina, l’épouse tranquille, a été la maîtresse du négociant Werle et son mariage avec Hjalmar n’a été qu’une façon de camoufler cette liaison.

Cette révélation entraînera l’effondrement des rêves et le rejet de la fillette adulée. Hedvig sera livrée en sacrifice par Gregers : En lui demandant de tuer le canard sauvage, telle une offrande à la rédemption, l’innocente clairvoyante se tuera pour racheter la faute des adultes. Cette chute sera symbolisée par le plancher de la maison qui s’incline au dernier acte, entraînant une glissade de tous les repères établis.

L’engrenage fatal, l’ambiguïté et la perversité des personnages sont bien menés par une troupe de comédiens de nouveau dirigés par Stéphane Braunsweig.

Ainsi, tel un pasteur intégriste, Claude Duparfait, le redresseur de torts, manie le langage avec une contrition peut-être un peu trop affectée. Rodolphe Congé interprète avec une exaltation sincère un Hjalmar faible et influençable. Chloé Réjon, la Nora, femme-enfant de la Maison de Poupée, est très juste dans un rôle de mère qui veut faire table rase de son passé pour avancer. Quant à Suzanne Aubert, elle exprime bien la fragilité tourmentée d’une Hedvig qui, tel le canard sauvage, esquisse de la Mouette de Tchekhov, ne pourra plus voler de ses propres ailes… totalement laminée en pleine jeunesse !

Cat.S / Theothea.com, le 25/01/14 

   

                

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ANTIGONE

de Jean Anouilh

mise en scène Marc Paquien

****

Comédie Française

Tel   08 25 10 16 80 (0,15e/mn)    

                    

           photo ©  Cosimo Mirco Magliocca

   

Découvrir une mise en scène créée au Vieux-Colombier en 2012, lors de sa reprise en salle Richelieu la saison suivante, c’est comme déboucher un vin fameux, en sachant que sa maturité n’aura pu que lui être favorable !

Mais cette « Antigone » d’Anouilh mise en scène par Marc Paquien est davantage qu’une excellente cuvée ayant bien vieillie, c’est avant tout l’affrontement à mort de deux personnalités enchaînées aux tribulations d’une saga familiale hors normes dont Œdipe aura donné le célébrissime coup d’envoi !

Certes, lui, Créon en charge de la raison d’Etat est habité par la mission régalienne de faire respecter l’intérêt supérieur de la Nation, en gardien suprême. Pour Antigone, la seule règle de conduite est de veiller à sauvegarder la dignité de la fratrie menacée de l’intérieur autant que de l’extérieur.

Leur lutte sera frontale mais néanmoins liée, de part et d’autre, par le souci constant d’être en accord avec soi-même et les principes éthiques antagonistes, respectivement défendus :

L’objectif de Créon est de tenter de sauver Antigone contre elle-même, c’est-à-dire contre les forces obscures de l’autodestruction. L’ambition d’Antigone est de n’écouter que sa voix intérieure, bien décidée à faire respecter l’honneur d’un frère jeté en pâture aux Gémonies !

Ce pourrait être le rôle de sa vie, pour Françoise Gillard, tant la rébellion y semble lui coller à l’androgynéité qu’elle affiche avec une classe superbe !

De même que la détermination et l’énergie lui dictent une attitude sans compromission, pareillement, sa peur latente, sa vulnérabilité, sa sincérité à fleur de peau en élaborent une figure emblématique du combat au féminin ayant transgressé le point de non retour !

Face à elle, la stature de Bruno Raffaelli est comme une invite urgente au renoncement à toute subjectivité idéologique, cherchant à faire œuvre morale tout à la fois dissuasive et pédagogique, qu’avant d’appuyer, par exacerbation dépitée, sur le bouton nucléaire cataclysmique.

Ce rapport de forces évolutives conduit la dialectique affective entre ces deux êtres, que tout par ailleurs pourrait rapprocher, dans une sorte d’impasse métaphysique proche du sublime tout autant que de l’anéantissement absolu !

Vigie du simple bon sens en représentativité chorale, Clotilde de Bayser exerce la fonction de narratrice expliquant d’emblée au public qui est qui, qui fera quoi et quel sera l’enjeu fondamental de l’inéluctable destinée collective écrite d’avance !

Présentant ainsi tous les protagonistes comme enchaînés à un véritable jeu de rôles, celle-ci aura précisément beau jeu d’expliciter au fur et mesure du compte à rebours, les phases successives de la catastrophe post-oedipienne annoncée !

Cette interprétation, non dénuée d’humour par euphémisme, est en soi un véritable régal à contempler, des premiers rangs de l’orchestre, tant la comédienne balaie la scène avec la désinvolture relative qui sied à celle qui serait revenue, saine et sauve d’esprit, de toutes les tyrannies de la mythologie antique !

D’ailleurs, c'est l’ensemble de la direction d’acteurs de Marc Paquien qui repose sur ce maelstrom de nuances subtiles intriquées dans une thématique d’abus de pouvoir érigés en système avec distribution judicieuse et réalisation intégralement maîtrisée !

Theothea le 17/01/14

LA MALADIE DE LA MORT

de Marguerite Duras

mise en scène   Muriel Mayette-Holtz

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Théâtre du Vieux-Colombier

Tel   01 44 39 87 00 / 01

                    

           photo © Theothea.com

     

Cette « maladie » n’est qu’une mise en jambes pour Muriel Mayette puisque, successivement, elle signera prochainement, en salle Richelieu, les mises en scène du « Songe d’une nuit d’été » et d’ « Andromaque ».

Présentement, en association artistique avec Matthias Langhoff, l’actuelle administratrice de la Comédie-Française dirige, sur la scène du Vieux-Colombier, un couple de comédiens, Alexandre Pavloff et Suliane Brahim dans ce long poème en prose de Marguerite Duras qui, en apnée dans les contradictions de l’âme, spécule sur l’absence de désir au sein de l’Amour qu’il soit charnel ou non !

Ecrit alors que l’auteure était au plus mal dans son esprit et dans son corps, ce texte aura néanmoins contribué à l’émergence d’une nouvelle phase créative. Ainsi, en combattant le mal pathologique par le mal sublimé, y transparaissent les ressorts relationnels indicibles entre les sexes opposés.

Alexandre Pavloff, mains dans les poches, déclame ces atermoiements successifs entre passion et frustration, entre optimisme et neurasthénie, entre certitudes dépressives et doutes infondés… alors que, derrière le narrateur, la jeune femme (Suliane Brahim) s’étant préalablement préparée à rejoindre son lit, s’adonne désormais au sommeil le plus profond avant que de disparaître comme par (dés)enchantement !

Sur le mur, au-dessus de sa couche, ont défilé des scènes de mer froide et hostile dans l’Antarctique alors qu’en surimpression des citations pêle-mêle de Duras finissaient d’illustrer la confusion des esprits en ébullition !…

Cependant, une chose est sûre, la jeune femme s’était convenablement séché les cheveux et avait consciencieusement brossé ses dents avant que de se coucher !

En effet, tant qu’à considérer plusieurs plans concomitants d’interprétation de ce spectacle de 55 minutes, autant que les modalités prosaïques en fussent explicites, de façon à ce que chacun puisse y projeter sa propre compréhension !

Theothea le 18/01/13

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