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18ème
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Chroniques 18.121
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CENDRILLON
Chorégraphie Thierry Malandain
|
****
Théâtre
Chaillot
Tel
01 53 65 30 00
|
|
photo © Olivier Houeix
La danse de Thierry Malandain mêle harmonieusement le classique
et le moderne dans un état d'apesanteur, où les corps deviennent
aériens, légèreté et fluidité
caractérisent essentiellement ses ballets.
Dans un décor simple (Jorge Gallardo) à la Magritte, où
la pantoufle de vair, objet du désir et du délit, devient ici
un bel escarpin vernis violine, à talon aiguille, qui dégringole
du plafond au plancher et, dans un alignement géométrique,
remplit obsessionnellement trois panneaux, le chorégraphe nous propose
une adaptation très personnelle du conte où la danse emprunte
de théâtralité devient magie.
La sobriété des costumes (idem Jorge Gallardo) est de rigueur
dans une harmonie élégante de gris perle, blanc, beige,
excepté pour la marâtre (Baptiste Frisson) et les deux demi-soeurs
de Cendrillon (Javotte : Frédéric Deberdt et Anastasie : Jacob
Hernandez Martin) jouées toutes trois par des hommes hyper maquillés
au crâne rasé.
Tel un échassier noir dressé sur des béquilles, la
mère, prédatrice, puissante et tentaculaire, toujours
flanquée de ses deux filles contrebalancent les envolées oniriques
par leur pantomime burlesque, révélant ainsi leur jalousie
et leur méchanceté, mais le clin d'oeil emprunt d'agressivité
et de sadisme est ici très humoristique.
Le ballet s'ouvre sur une composition florale. Le choeur des elfes
s'épanouit comme une fleur devant nos yeux ébahis et les bras
s'élèvent tels des oiseaux s'échappant du coeur de la
fleur.
Puis place à la danse, mouvements amples, portées virevoltantes,
sauts aériens et élastiques, d' une complexité subtile
et d'une maîtrise absolue, sont figurés par vingt danseurs,
plein de conviction, du Malandain Ballet Biarritz.
La Cendrillon de T. Malandain est épurée. La citrouille
se transforme ici en un immense cerceau lumineux dans lequel apparaît
l'héroïne. Quant à la scène du bal, quelle merveille
d'inventivité. Les douze courtisans du prince dansent la valse avec
douze mannequins sur roulettes, vêtus de robes vernies noires et, aux
douze coups de minuit, en battant le rythme d'une horloge, ils s'échappent
un par un de la ronde du bal. C'est d'une beauté magistrale.
Le ballet se terminera d'une façon similaire au prologue, la fleur
se referme. Elle sera délicatement arrosée par la marâtre
et les deux soeurs toutes de vert vêtu, devenues douces,
métamorphosées par la victoire de l'amour, sur un joli pas
de deux, de Cendrillon (Miyuki Kanei) et du Prince (Daniel Vizcayo).
Un final plein d'espoir et de lumière, même la
méchanceté est vaincue.
Une ode à la nature humaine, intense et poétique sur une
musique composée en 1945 par Sergeï Prokofiev, somptueuse partition
qui a inspiré d'autres Cendrillon, dont celle de Rudolf Noureev et
celle, plus contemporaine de Maguy Marin.
Dommage qu'au Théâtre National de Chaillot, il n'y ait pas
dans la fosse un orchestre symphonique live, tel l'orchestre symphonique
d'Euskadi de San Sebastian présent à l'Opéra royal de
Versailles où est passé précédemment le ballet.
L'élévation corporelle en apesanteur de toute une troupe
dirigée avec une extrême rigueur par Thierry Malandain, Directeur
du centre chorégraphique de Biarritz, communique une
légèreté à l'âme du spectateur
littéralement séduit et subjugué. Une Cendrillon
féerique qui a du souffle.
Cat.S / Theothea.com, le 25/04/14
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LE MISANTHROPE
de
Molière
mise en
scène Clément Hervieu-Léger
|
****
Comédie Française
Tel
01 44 58 15 15
|
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photo © Brigitte Enguerand
|
Clément Hervieu-Léger ayant joué le rôle
dAcaste au Français sept années auparavant sous la direction
de Lukas Hemleb, cest donc sous proposition de Muriel Mayette quil
a choisi de monter, lui-même, aujourdhui
« son » Misanthrope à la suite de
« sa » Critique de lécole des femmes.
Disons-le demblée, lample reconnaissance éditoriale,
suscitée par sa mise en scène actuelle à Richelieu,
vient contrecarrer les détracteurs de lAdministratrice de La
Comédie-Française en fin de mandat à qui, il est entre
autres, reproché un « déficit artistique »
par suite de nombreuses réalisations confiées à des
comédiens Maison.
Voilà donc pour la problématique diplomatique contradictoire
alors que, par ailleurs, est toujours florissant à laffiche
« Le songe dune nuit dété »,
mis en scène par Mayette-Holtz elle-même, que ces pourfendeurs
ont du mal à apprécier, essentiellement pour des raisons formelles
et symboliques mal acceptées
Bref, Le Misanthrope, lui, est globalement bien reçu, voire
encensé et pourtant certaines voix indépendantes, dont la
nôtre, y décèlent une audibilité contre-performante
et une agitation en trompe lil, plutôt vaine.
Tout le monde, bien entendu, saccorde sur la qualité de la
distribution et de linterprétation quil nest pas
nécessaire danalyser, ici, en détail mais dont il nous
plaît de relever le nom de Georgia Scalliet qui, en incarnant
Célimène de manière si malicieuse, si pétillante,
si enjouée, pourrait faire débaptiser la pièce de
Molière par ce titre substitutif : « La
séductrice ».
Ainsi, en contrepoint de la mélancolie galopante dans les trois
escaliers scéniques, peut-être à la recherche dun
improbable esprit éponyme en colimaçon, la dépression
souffretante et aigrie semble avoir contaminé lensemble des
visiteurs opportuns, au point de les virtualiser, bien qu'ils fussent rendus
drôles, par ricochet, face à la douleur affichée
ostensiblement par Alceste.
Loïc Corbery est donc en charge de détester lHumanité
et lensemble de ses codes sociaux, sous prétexte que Molière
aurait été trahi par Racine et que présentement
Célimène échappe à l'Atrabilaire amoureux au
profit dune ribambelle de fats prétendants faisant la cour à
la belle
Certes, cest très bien joué mais le problème,
cest aussi dêtre mal entendu, même au cur de
lorchestre, ce qui est un comble après les importants travaux
dacoustique réalisés récemment.
En conséquence, la perception de la pièce pourrait
aisément tourner à limpression dune course poursuite
ponctuée de longs bavardages à décoder par chacun, à
distance, selon sa propre connaissance plus ou moins approfondie du texte
en vers.
Ceci dit, la critique laudative insiste sur la qualité de jeu de
tous les comédiens ainsi que sur loriginalité du point
de vue dHervieu-Léger rendant lenjeu misanthropique intemporel
et par conséquent fort proche de nous-mêmes.
Ainsi, à linstar dun film muet en noir et blanc, les
personnages paraîtraient sagiter dans un « cercle
dillusions » à remettre en perspective; ce qui, par
les temps qui courent, pourrait être un gage de succès à
la mode !
Theothea le 21/04/14
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GOLGOTA
de
Bartabas
mise en
scène Andrés Marin
|
****
Théâtre
du Rond-Point
Tel
01 44 95 98 21
|
Ce spectacle de Bartabas se présente en salle Renaud-Barrault comme
dans lespace temps dune retraite au cur de lintime.
Ainsi, en venant déposer, de manière récurrente,
un cierge et son obole dans la tirelire dédiée à la
dévotion en milieu de bord de scène, un Monsieur Loyal, quelque
peu sacristain, se fait porteur despoir des spectateurs du Rond-Point
alors que ceux-ci sont encore en état de déambulation bruissante
précédant les trois coups de la représentation
théâtrale.
Alors, pour atteindre à létat de grâce, cest
la prière psalmodiée en chants grégoriens par Christophe
Baska le contre-ténor qui, dès louverture du rideau,
prendra le relais, au diapason dun luth (Marc Wolff) et du cornet (Adrien
Mabire).
Horizonte, Le Tintoret, Soutine & Zurbaran viendront par la suite
esquisser en mimétisme duel, les pas de lhomme
chorégraphiés au rythme de lanimal.
Leffet miroir jouera ainsi à pleine effervescence, entre
Pèlerinage rédempteur & Flamenco équestre que
lâne Lautrec et le bon sacristain orchestreront en une sorte
de ballet tourneur, façon derviches surfant sur le sable lunaire
dun gris soyeux autant que profondément mystérieux.
Cest aussi lencens ou son ersatz prégnant la concentration
vigilante du duo Bartabas - Andrés Marin qui finira de superposer
les strates de mémoire composant les tableaux fascinants successifs
en un chapelet pascal du plus bel effet du jour
en loccurrence
vendredi saint.
En effet, cest bien le Golgota sans « H » à
lespagnol qui est dans le collimateur de Bartabas et cest donc
La Passion dans tous ses états poignants et douloureux que visent
les soubresauts et autres derniers soupirs en un rituel homme-cheval
épuisant toutes les forces vives jusquà la fin du monde
fusionnel.
Il ne restera plus au sacristain quà tirer le rideau des
métaphores rédemptrices pour que le public sorte du songe
éveillé en un nouveau spectacle du réel
comme
à laube dun jour sans tâche originelle.
Theothea le 23/04/14
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LE LEGS
de
Marivaux
mise en
scène Marion Bierry
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****
Théâtre
Poche Montparnasse
Tel
01 45 48 92 97
|
prochainement
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VOLTAIRE ROUSSEAU
de
Jean-François
Prévand
mise en
scène Jean-Luc Moreau
|
****
Théâtre
Poche Montparnasse
Tel
01 45 48 92 97
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photo © Brigitte Enguerand
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Si sa mise en scène joue « le duo », cest
la faute à Jean-Luc Moreau !
Si son partenariat est « au taquet », cest la
faute à Jean-Paul Farré !
Mais si tous les deux honorent Voltaire et Rousseau, cest bien
grâce à la fluidité littéraire de Jean-François
Ferrand.
Bref, vingt-trois années plus tard, Philippe Tesson, le directeur
du Poche-Montparnasse reprend les mêmes et ceux-là recommencent
à flirter avec lexcellence des tréteaux ayant porté
le duel depuis 1991 au La Bruyère, à la
Gaîté-Montparnasse, à la Comédie de Paris et à
lOeuvre.
En sattachant cette fois-ci davantage aux implications humaines
que sous-tendaient la dialectique idéologique entre les deux
écrivains emblématiques des Lumières, les comédiens
livrent symboliquement leur combat fratricide, à mains nues et sans
langue de bois.
Difficile néanmoins de ne pas prendre parti pour Voltaire durant
la plus grande partie de leur confrontation, tellement celui-ci revient sans
cesse à la charge et tellement Rousseau, lui, se contente
desquisser les coups en ne cherchant quà justifier les
torts qui lui sont reprochés.
Car, à vrai dire, si Rousseau était venu jusquà
Ferney dans la propriété de Voltaire, ce nétait
pas tant pour croiser le fer sur leurs différents intellectuels que
pour tenter de savoir si son adversaire philosophique était
véritablement lauteur du Pamphlet qui lui valait un bannissement
général.
Ayant donc quasiment acculé Rousseau dans les cordes, Ferrand permettra
à lauteur de lEmile de se reprendre et de se jeter dans
un baroud dhonneur final, tout à fait à la hauteur des
idéaux prônés, jusquà déstabiliser
ainsi la superbe de Voltaire.
Sans toutefois pouvoir parvenir au match nul, cest à
linstar du taureau blessé à mort que Rousseau se
défendra alors vaillamment des convictions de son détracteur,
permettant ainsi à Jean-Luc Moreau deffectuer un formidable
numéro de bravoure.
Mais il faut dire que Jean-Paul Farré naura vraiment pas
été de reste durant toute la représentation, en
démontrant une énergie du diable le portant au plus haut de
son art dacteur.
A voir et à revoir à satiété !
Theothea le 30/04/14
|
photo © Brigitte Enguerand
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