Pour fêter concomitamment les 100 ans du Théâtre du
Petit Monde créé par Pierre Humble en 1919 et les 200 ans de
Jacques Offenbach, né le 20 juin 1819 à Cologne, le metteur
en scène Nicolas Rigas - actuel directeur dudit théâtre
- a eu la truculente idée de monter une oeuvre lyrique terriblement
exubérante et offrir ainsi aux spectateurs un Opéra-Bouffe
dynamique à la fois chanté et théâtralisé.
Il a ainsi opté pour « La Vie Parisienne » du compositeur
sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, laquelle a
été montée en cinq actes au théâtre du
Palais-Royal le 31 octobre 1866, puis en quatre actes le 25 septembre 1873
au théâtre des Variétés.
Le spectacle, joué le 20 juin 2019 en avant-première au
Théâtre Olympe de Gouges (Paris 11ème) dans sa curieuse
salle en sous-sol pleine à craquer, est parti en tournée dès
lété 2019, notamment au Festival Off dAvignon avec
un superbe plateau artistique composé de musiciens, comédiens
et chanteurs dOpéra de premier plan.
Cette « Vie Parisienne » apparaît demblée
comme la quintessence de lunivers offenbachien, entraînant tous
ses protagonistes dans un enivrement de fêtes et de plaisirs, de joie
de vivre et de paillettes.
L'ouverture de la Vie Parisienne se déroule dans le hall d'une
gare surplombée d'une grosse horloge où Bobinet et Raoul de
Gardefeu, jeunes dandys désuvrés, se retrouvent et se
désolent de l'infidélité de Métella, une
demi-mondaine, leur maîtresse commune.
Pour se venger de la traîtrise de celle-ci, Gardefeu utilise un
stratagème en se faisant passer pour un guide du Grand-Hôtel
et prendre ainsi en main un couple daristocrates, le baron et la baronne
de Gondremarck en goguette à Paris, afin de courtiser la dame en question.
Un riche Brésilien, attiré par les nombreuses distractions
de la capitale atterrit également dans cet hôtel improvisé.
Un simulacre de réception organisé pour ces touristes
crédules mêlera aristocrates bernés et domestiques travestis.
Quand les masques tomberont dissipant illusions et malentendus, tout le monde
s'entendra pour exalter la ville lumière dans une valse de feu d'artifice
de confettis.
Dix comédiens sur scène pour une vingtaine de rôles,
des costumes chatoyants et acidulés tendance Années folles
(Nicolas Aubagnac), des décors et un orchestre de trois musiciens
réunissant violon, violoncelle et accordéon, nous transportent
deux heures durant dans un tourbillon virevoltant de quiproquos, de cocasseries
hilarantes, de subterfuges ubuesques.
Tous sont d'excellents chanteurs. Gardefeu interprété par
Nicolas Rigas lui-même, baryton, tel un coq fringant, essaie de duper
les étrangers avec la complicité de Bobinet, malicieux, suave
et efficace Martin Loizillon dont l'ardeur fera craquer sa redingote '' Votre
habit a craqué dans le dos! '' est entonné en choeur dans l'acte
3.
Philippe Ermelier, à la voix chaude et veloutée, surprenant
dans son costume oriental, tel un Sultan d'un conte des Mille et une Nuits,
donnant un côté pittoresque et exotique inattendu au spectacle,
joue un baron fougueux, à l'oeil canaille quand il chante un ''J'veux
m'en fourrer jusque-là ! ''. Le Brésilien, quant à lui,
est tenu par un ténor de grand talent, Olivier Hernandez, d'une
drôlerie irrésistible ''Je suis brésilien, j'ai de l'or...
Et j'arrive de Rio de Janeiro..... A moi, les nuits de Paris ! ''.
Côté féminin, les caractères sont bien
trempés. Antonine Bacquet, formée au chant lyrique, incarne
la baronne telle une princesse enturbanée fine et élégante,
Florence Alayrac, mezzo, est une vibrante Métella séductrice
et provocatrice et Amélie Tatti, soprano, une coquine et éclatante
Gabrielle.
Tous sont si bien dans leur personnage que l'on est emporté par
la folle griserie qui s'empare de la scène avec des danses enlevées
jusqu'à des acrobaties burlesques exécutées par Romain
Cannone dans le rôle d'Alphonse et qui culmine avec la frénésie
du cancan.
Pour célébrer ce double Anniversaire, la mise en scène
réinventée de Nicolas Rigas brille pour son rythme et son
étonnante vitalité. Elle réussit à mettre en
valeur tous les ressorts comiques de cette Vie Parisienne. On savoure la
musique d'Offenbach et ses couplets croustillants rendus totalement jubilatoires
par la troupe du théâtre du Petit Monde.
CatS / Theothea.com le 04/10/19