Les
Chroniques
de
 |
 |

24ème
Saison
Chroniques 24.11
à
24.15 Page
452
© Theothea.com
© Theothea.com
© Theothea.com
© Theothea.com
72ème
Festival de
Cannes
2019
La Croisette 2019
Les Molières
2019
Les Nominés
2019
Les
Molières 2019
R E V I V A L
Stones No
Filter
Wight ! + 49 années
après
Toutes
nos
critiques
2019 -
2020
Les
Chroniques
de
Theothea.com
sur
THEA
BLOGS
Recherche
par mots-clé
THEA
BLOGS
|
FUNNY GIRL The Broadway
Musical
« Funny Girl » La prodigieuse Fête
du Théâtre Marigny
livret Isobel Lennart /
direction musicale James
McKeon
mise en scène Stephen Mear
avec
Christina
Bianco, Ashley Day, Rachel Stanley, Matthew Jeans, Mark Inscoe, Ashley Knight,
Shirley Jameson, Jessica Buckby, Isabel Canning, Joanna Goodwin, Jinny Gould,
Jennifer Louise Jones, Jessica Keable, Billie Kay, Gabby Antrobus, Emily
Ormiston, Matthew John Gregory, Ben Oliver, Oliver Tester, Emma Johnson &
Josh Andrews |
****
Théâtre
Marigny
|
Cette « drôle de fille » se présente
55 années après sa création au Winter Garden de New
York telle une sorte de quintessence de La Comédie musicale façon
Broadway ayant comme thématique la vie romancée de Fanny Brice,
une des artistes fleurons des « Ziegfeld Follies », revues
où celle-ci parada de 1920 à 1935 sous la baguette de
limprésario éponyme ayant pignon sur le show-business
de lépoque.
Mais de plus cette fabuleuse performeuse, elle-même belle-mère
du producteur Ray Stark, aura su, de par sa vie intrépide, sa faconde
et son charisme, inspirer à celui-ci la magie créatrice dune
destinée dartiste générée entre ambition
démesurée, vie amoureuse non négociable et imaginaire
fantasque ainsi que motiver son gendre à réunir tous les
savoir-faire de pointe rivalisant, se contrariant et se neutralisant (tels
Isobel Lennart, Jérôme Robbins, Jule Styne, Stephen Sondheim
) pour finir par faire éclore un diamant maintes fois retaillé
à laune et à laura de Barbra Streisand.
Et voici donc quun demi-siècle plus tard, débarque
au Théâtre Marigny, en provenance directe du cur
nucléaire de Manhattan, la perle attendue impatiemment, cette fois-ci,
par le Vieux-monde pourvu quelle soit effectivement à hauteur
de Légende
celle dont désormais tout Paris va se vanter
de la reconnaître Star : « Christina Bianco ».
Dabord la voix, déjà rien que la tessiture est à
se pâmer, ensuite lénergie en rouerie est à se
confondre en diablesse sous les multiples ressorts du Musical et surtout
le volontarisme effréné se mue à vue en don de faire
coïncider et superposer le vécu davec le ressenti.
Enfin sa taille moyenne est comme un « drôle »
de pied de nez métaphorique à tous les
« grandes » qui lentourent sur scène au
prorata de leur admiration chorale.
Voici donc au Marigny que sincarne en live La "Classe" à
envergure de bonne humeur, de burlesque et de savoir dinstinct où
les ondes positives doivent la diriger.
Si dans le film qui couronna quatre ans plus tard lavènement
du Musical alors que Barbra Streisand y obtenait son premier Oscar en faisant
couple fort prisé avec Omar Sharif, cest aujourdhui un
euphémisme que dannoncer Ashley Day en formidable faire-valoir
de sa prestigieuse partenaire mais surtout en Nick Arnstein, magnifique
gentleman escroc poursuivant jusquà la prison, ses chimères
de réussite sociale et financière, tout en assurant à
lamour passion le rôle que chacun est enclin à lui
envier.
Une vingtaine de comédiens, danseurs, chanteurs les accompagnent
dans ces tribulations où lambition se dispute autant le show
que le business alors que sous lauspice de lorchestre du
Théâtre Marigny superbement dirigé par James McKeon,
les chorégraphies du metteur en scène Stephen Mear associé
à Joanna Godwin & Stuart Winter enchaînent les tableaux
séquencés dans un tourbillon tonique de couleurs et de sourires
communicatifs au rythme des « tubes » de Jule Styne,
tels que « People », « Im the greatest
Star » ou encore le fameux « Dont Rain on my
Parade » se dupliquant en reprise.
Lyrics comme livret se conjuguent alors selon une interprétation
sous version originale sur-titrée en français dont il est
préférable de prendre connaissance globale avant la
représentation de façon à ne pas être contraint
de varier son champ visuel en une alternance focale fastidieuse.
Après « Peau dÂne » ayant
inauguré cette nouvelle ère haut de gamme du Théâtre
Marigny sous la direction éclairée de Jean-Luc Choplin,
« Guys and Dolls » ayant ensuite affiché son diapason
en quête de Musical exigeant, « Funny Girl » agit
désormais comme un lâcher-prise magique, frénétique
et ô combien festif.
Theothea le 11/11/19
|
ROUGE
« ROUGE » en Quintessence pigmentée
par Niels Arestrup au Montparnasse
de John
Logan / Jean-Marie Besset
mise en scène Jérémie Lippmann
avec
Niels Arestrup & Alexis Moncorgé
|
****
Théâtre Montparnasse
|
|
Affiche Photos © Martin Colombet
/ Astrid Jamois
|
ROUGE tel est le titre de la pièce proposée au
Théâtre Montparnasse ; Rouge telle est la couleur de son affiche
qui n'est ni celle d'un manifeste révolutionnaire, ni la flamme d'un
drapeau, emblème de la révolte ouvrière. Ici, on ne
verse pas le sang, on ne brandit pas le poing en signe de protestation
sociétale.
Non, ici, l'arme levée dans l'échancrure d'une déchirure
est celle du pinceau d'un peintre qui a combattu toute son existence pour
imposer une conception absolue de l'Art où la couleur devient la substance
même du tableau.
D'entrée de jeu, l'éclat éblouissant du Rouge va
envahir la scène. Dans l'immense atelier new-yorkais de Mark Rothko
où s'amoncellent les pots de peinture et les toiles entreposées
(saisissant décor signé Jacques Gabel), un panneau de grand
format dégringole du plafond par le truchement de poulies.
Le peintre, élégamment vêtu de noir, se met à
arpenter l'espace, s'arrêtant, reculant devant le tableau qu'il ausculte,
observe, tout en tirant rageusement sur une cigarette.
Soudain, il se tourne vers le public et le harangue en le fixant droit
dans les yeux. Le spectateur, pris à témoin, devra savoir,
comme lui, prendre son temps : « On va prendre son temps pendant une
heure et demie ».
Daccord ! Car un tableau, c'est effectivement une matière
vivante; plus on s'immerge dans sa contemplation quasi mystique et plus le
ressenti émotionnel est fort.
C'est le regard qui transcende le tableau lequel, auréolé
de lumières, se met à vibrer. D'un champ variant du vermillon
vers l'orangé, du carmin vers le pourpre, les rectangles aux contours
flous s'animent, brûlent par leur intensité et atteignent une
dimension spirituelle. La couleur devient unique objet de vision.
« Peindre, cest penser », « Peindre, cest attendre
pendant 90 % du temps et travailler pendant 10 % » affirme Marc Rothko
devant Ken, son nouvel assistant, étudiant des Beaux-arts qui, après
plus de dix minutes de soliloque du misanthrope solitaire, fait son apparition
sur les planches pour prêter main forte à la réalisation
d'une commande de vastes fresques murales devant orner la salle à
manger d'un restaurant de luxe et aider à mélanger les coloris
pour chercher le rouge idoine, monter les châssis, étudier
l'éclairage et l'accrochage etc...
À partir de cet instant, s'instaure une relation d'abord de
Maître à élève impressionné et intimidé
qui reçoit, au cours des séances, de vraies leçons de
philosophie, car pour Rothko tout artiste se doit d'être cultivé,
avoir lu Nietzsche, Shopenhauer, Kierkegaard, Spinoza, Platon... «
être cultivé, c'est savoir où tu te situes dans
l'évolution continue de ton art et du monde ».
Puis, l'apprenti fera entendre sa voix. A la question formulée
« quel est ton peintre préféré », la réponse
« Jackson Pollock », figure de proue de '' l'Action Painting
'', fera rugir Rothko dont l'ego surdimensionné prend un coup, lui
qui abhorre la compétition et la comparaison avec les artistes de
ces années 50.
Prenant davantage d'assurance, Ken, interprété de manière
décontractée et subtile par Alexis Moncorgé, titille
de plus en plus Rothko, incarné par un impérial Niels Arestrup,
écorché, provocateur et cependant, désormais,
ébranlé dans ses certitudes.
La vastité de l'atelier devient paradoxalement un huis clos
étouffant où, tel un combat de coqs, les deux protagonistes
se mesurent, s'engueulent, se balancent des vérités très
dures et tenteront, malgré tout, de s'accepter pour magnifier ensemble
la création picturale.
On assistera ainsi à une superbe scène où les deux
peintres enduisent de rouge écarlate une immense toile après
avoir trouvé la pigmentation appropriée.
Nous sommes en 1958; Rothko qui a entamé un cycle où le
Rouge, couleur lumineuse de la Vie, couleur du sang qui coule dans les veines,
en inonde ses grand formats.
Ken, excédé par les théories esthétiques du
mentor, va le pousser dans ses retranchements et le mettre en face de ses
contradictions sur la valeur mercantile de ses oeuvres : « Le Grand
Prêtre de lArt Moderne peint les murs du Temple de la Consommation
! »
La peinture est un combat contre soi-même, contre les
éléments, contre le mauvais goût comme la décoration
de ce restaurant qu'il refusera finalement d'honorer se rendant compte que
son art ne peut cohabiter avec ce lieu et, enfin, contre le Noir qui engloutira
peu à peu la brillance du Rouge.
Cest donc avec pertinence que la pièce sachève
sur l'envoûtant ''Paint it black'' des Rolling Stones ainsi entonné
: '' I see a red door and I want it painted black ''.
En effet, cette musique annonce symboliquement les monochromes noirs que
Rothko produira par la suite avant de sombrer dans le trou noir du suicide
en 1970 avec léternel regret de ne pas avoir atteint le sublime
en peignant, par exemple, des chapelles dans lesquelles on méditerait
longuement sur un tableau unique mais aussi et surtout en constatant que
ses toiles nétaient considérées que comme de vulgaires
biens marchands.
Après son immense succès à Broadway, cette pièce
écrite par l'Américain John Logan traduite par Jean-Marie Besset,
adaptée habilement par Jérémie Lippman, offre un spectacle
volcanique tenu par deux comédiens de haute volée, se mettant
en valeur mutuellement dans une joute verbale sans concession, l'un, jeune,
souvent rudoyé qui plie mais ne rompt pas, l'autre, vieillissant,
âpre, autoritaire, massif, tel un taureau dans l'arène, qui
lance des piques acerbes mais parvient à maîtriser ses attaques
dans un rapport humain orageux devenu, avec le temps, presque filial.
CatS / Theothea.com le 12/12/19
|
MADAME ZOLA
« Madame Zola » Catherine Arditi en
découverte de soi au Petit Montparnasse
de
Annick Legoff
mise en scène Anouche Setbon
avec
Catherine Arditi & Pierre Forest
|
****
Théâtre du Petit
Montparnasse
|
En réunissant Catherine Arditi et Pierre Forest sur les planches
du Petit Montparnasse, un climat de confidence intime et subtil sinstalle
demblée sur le plateau où lune et lautre
seront enclins à faire la part belle au lâcher prise.
Cest en effet par lempathie et la bienveillance que les
résistances, les non-dits, les ressentiments vont se résorber
et se résoudre au fur et à mesure que la parole circulera
delle à lui dans un apaisement communicatif.
Si lautrice Annick Le Goff et la metteuse en scène Anouche
Setbon ont eu lidée dassocier ces deux artistes
« moliérisés », cest pour figurer
une cause restée souvent dans lombre, celle des grands hommes
dont laura dissimule, de leur vivant ainsi que post mortem, la cheville
ouvrière de leur réussite personnifiée en coulisse par
une épouse dévouée et pleinement impliquée dans
lambition de leur mari.
En loccurrence, qui aurait pu, jusquà aujourdhui,
se targuer de bien connaître la formidable détermination
dAlexandrine Zola, veuve dEmile particulièrement connu
historiquement par son « Jaccuse
» titré
dans LAurore du 13 janvier 1898 ?
Cependant, cette femme ayant consacré toute son existence au soutien
sans faille et ensuite à la mémoire pleinement défendue
de son conjoint, aura dû passer outre à beaucoup de
désagréments personnels et domestiques.
Voici donc que surgit, opportunément, cette phase de prise de
conscience extravertie dont il sagit ici de mettre en exergue les tenants
et aboutissants.
En effet, à loccasion de la cérémonie honorifique
du transport dEmile Zola au Panthéon, labnégation
dAlexandrine lui fait constater intérieurement quelle
perd ainsi une deuxième fois celui dont elle a entièrement
partagé la vie pour le meilleur et pour le pire.
Ce trop plein de frustrations accumulées implose alors en un monologue
quelle adresse à Emile à haute voix, ne
sépargant point de lui exprimer les reproches enfouis concernant
notamment sa vie parallèle avec la lingère quelle avait
elle-même embauchée, tout en ayant ensuite uvré
à ce que les deux enfants illégitimes puissent porter le nom
de « Zola ».
Déclenchant à cette occasion des symptômes
psychosomatiques dasthme, lapothicaire Fleury sera convoqué
au domicile de madame Zola afin dy apporter remèdes plus ou
moins expérimentaux.
De fil en aiguille, cest peu à peu une véritable cure
de psychanalyse « sauvage » qui se mettra en place entre
la veuve et le bon samaritain de circonstance ayant lintuition et
lart de savoir écouter ainsi que de dire les mots justes mettant
du baume sur les plaies toujours à vif.
De ces entretiens réitérés naîtra une amitié
profonde où, par interaction agissante, les deux protagonistes
sapporteront mutuellement éclairage et appui sur ces profondes
douleurs indicibles qui encombrent la perception que lon a de
soi-même dans sa relation au monde.
En osant se confier à Fleury, cest-à-dire en
renonçant à tout système défensif et en permettant
ainsi le transfert des affects négatifs, Alexandrine fait mieux que
de solder les comptes avec son « Grand Homme », elle
se réconcilie surtout avec elle-même et donne ainsi à
voir le visage apaisé que la reconnaissance réciproque engendre
nécessairement lorsque le surmoi laisse enfin passage au
« çà » freudien.
De par ce récit théâtral métaphorique le duo
Le Goff / Setbon illustre la vertu du verbe associatif permettant à
la psychanalyse naissante, en cette fin du XIXème siècle,
douvrir les perspectives prometteuses
de la résilience
à venir.
Theothea le 21/11/19
|
L'UN DE NOUS DEUX
« Lun de nous deux »
Tête-à-tête Blum & Mandel au Petit Montparnasse
de
Jean-Noël Jeanneney
mise en scène Jean-Claude Idée
avec
Christophe Barbier, Emmanuel Dechartre & Simon Willame
|
****
Théâtre du Petit
Montparnasse
|
Georges Mandel & Léon Blum sont réunis dans une petite
maison près du camp de Buchenwald en 1944 alors que le débarquement
des alliés en Normandie vient de seffectuer.
Livrés par le maréchal Pétain aux Allemands comme
otages, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus
de la tête de ces deux hommes politiques de la IIIème
République.
Respectant quasiment la règle des trois unités, la pièce
de Jean-Noël Jeanneney organise de fait, à travers eux, une
confrontation verbale fictive entre droite et gauche traditionnelles
rassemblées sous les bannières tutélaires respectives
de Clemenceau et Jaurès .
Il va sans dire quen la circonstance, un combat commun les rend
réfractaires à toute idéologie collaborationniste avec
lennemi.
Sous la surveillance ambivalente dun soldat nazi (Simon Willame),
ils apprendront par celui-ci, en cours de captivité, lassassinat
de Philippe Henriot, secrétaire dEtat à linformation
et à la Propagande du gouvernement Laval et ainsi, en conséquence,
que lun dentre deux devrait être prochainement
exécuté par représailles.
Léditorialiste Christophe Barbier et le metteur en scène
Emmanuel Dechartre incarnent ces figures emblématiques de lHistoire
contemporaine dans une valse à plusieurs temps où les arguments
rhétoriques se confrontent à un humour latent que les deux
hommes prennent un malin plaisir à cultiver pour mieux éloigner
le spectre du désarroi face à lissue tragique imminente
de lun ou lautre et ce, donc, malgré la victoire des forces
alliées annoncée ou pressentie.
A la suite des guerres mondiales du XXème siècle, leur bras
de fer, croisé avec dautant plus de conviction quil pourrait
servir de doctrine diplomatique et stratégique dans lart de
gouverner et de maîtriser les rapports de forces politiques, leur
apparaît davantage comme un passionnant jeu de société
pour lequel ils simpliquent de manière duelle que comme un
passe-temps destiné à combler une situation vainement subie.
A lun ancien président du conseil, le relativisme et le compromis
comme outil de manuvre, à lautre ex-ministre de
lintérieur, la table rase pour reconstruire avec efficacité,
les deux méthodes ayant fait leurs preuves tout en ayant chacune
démontré également les limites de leur potentiel.
Cest donc bel et bien contraints par linsolite autoritarisme
de leur geôlier que Blum et Mandel se quitteront
mais en pleine
fraternité desprit et de motivation patriotique.
Ainsi se refermera cette salle de séjour confortable, où
trônaient notamment une table de billard, deux postes de TSF de
générations différentes accompagnés de quelques
meubles et autres sièges parmi lesquels les trois comédiens
auront évolué en premier plan dun dispositif mural de
visuels contextuels.
Si aujourdhui Emmanuel Dechartre vient daccéder à
la retraite de ses responsabilités institutionnelles, pour Christophe
Barbier, cest désormais laccès à la cour
des grands ou plus exactement celle des comédiens professionnels qui
souvre à lui puisque celui-ci pratique assidûment le
théâtre amateur depuis sa jeunesse.
Cette rencontre au sommet sur les planches du Petit Montparnasse sonne
comme une étape symbolique dans ces deux carrières
théâtrales sentrecroisant sur un piédestal commun
façonné sur mesures par la mise en scène
fédératrice et ludique de Jean-Claude Idée.
Theothea le 23/11/19
|
NOUS POUR UN MOMENT
« Nous pour un moment » Le cycle Arne
Lygre / Braunschweig se perpétue à
lOdéon
de
Arne Lygre
mise en scène Stéphane
Braunschweig
avec
Anne
Cantineau, Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Glenn Marausse,
Pierric Plathier, Chloé Réjon, Jean-Philippe
Vidal |
****
Théâtre
Odéon Berthier
|
A Berthier, la perspective relationnelle est présente sur scène
dès lentrée des spectateurs plongeant leurs regards depuis
les gradins sur une sorte de livre blanc disposé ouvert sur sa tranche
délimitant ainsi lespace où trônent cinq chaises
se reflétant les pieds dans leau.
Lorsque ce panneau livresque angulaire montera à plusieurs reprises
vers les cintres, le champ visuel embrassera un ersatz de piscine dont le
fond nautoriserait quune hauteur deau limitée à
faire trempette cependant que lon devinera la présence cachée
en profondeur dun disque de dimension scénique pouvant tourner
sur lui-même et ainsi faire circuler les chaises, un lit, une table
tous de même blancheur
ainsi que les personnages
eux-mêmes.
Au nombre dune vingtaine, cinq rôles leur sont dévolus
comme étant « une personne », « un(e) ami(e) »,
une « connaissance », « un(e) inconnu(e) », « un(e)
ennemi(e) » se succèdant ou se substituant dans des dialogues
débutant dans lintimité jusquà parvenir
à lautre extrémité du spectre dans lanonymat
et lindifférenciation.
Exercice stylistique signant la marque de fabrique chère à
Arne Lygre privilégiant labstraction relationnelle pour mieux
en stigmatiser la vacuité existentielle ou plus précisément
en cibler les doses de haine et de passion paradoxales la
caractérisant.
Dune certaine façon, parvenu à lépilogue,
le processus pourrait remonter à son prélude et recommencer
ainsi en boucle dans une métaphysique se situant à fleur de
peau du vécu des êtres ne se rencontrant que pour une période
relativement brève dans la quête de lautre ressenti tout
à la fois complémentaire et antagoniste, protecteur et
prédateur.
Cette angoisse diffuse sexprime au travers de gestes prosaïques
affectifs ou agressifs selon les besoins dune cause semblant dictés
par le hasard et la nécessité.
Chacun des protagonistes sentend parler à distance de
lui-même et des autres selon des répliques narrant ce quil
a cogité ou énoncé précédemment :
« pensais-je, disais-je
».
Lesthétique de la scénographie rejoint ainsi celle
du texte avec la volonté évidente de faire uvre artistique
tout en faisant sens sur lintuition sensitive dêtres
manipulés par la destinée.
Le titre norvégien difficilement traduisible pourrait signifier
approximativement « Te laisser exister ». Cette invite
est à limage dun désarroi latent que la version
française davantage rationnelle a préféré,
sappuyant sur la structure de la pièce sélevant
au niveau du relationnel et de la communication, désigner selon des
termes spatio-temporels : « Nous pour un moment ».
Cette pièce ouvre donc des abymes de réflexion indicible
que chacun pourra projeter à linfini sans jamais pouvoir être
assuré den cerner toutes les implications conceptuelles.
Cest la quatrième pièce dArne Lygre que
Stéphane Braunschweig a monté dabord, pour les
précédentes, au Théâtre de La Colline et donc,
maintenant, à lOdéon.
Selon toutes probabilités, le directeur du Théâtre
de lEurope prolongera cette collaboration selon des étapes qui
contribueront toujours davantage à un éclairage rétroactif
sur ce cycle thématique focalisant la précarité et
lincertitude de lexistence identitaire : Je disparais (2011),
Jours souterrains (2012), Rien de moi (2013).
Theothea le 17/11/19
|
Recherche
par
mots-clé
 |
|
|