Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques   de

  

26ème  Saison     Chroniques   26.16   à   26.20    Page  465

     

     

       

                   

                 

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ADIEU... PEUT-ËTRE. MERCI...C'EST SÛR. 

« Adieu peut-être ! Merci c’est sûr ! » Les bonnes Raisons de Patrick Timsit au Rond-Point

      

de  Jean-François Halin & Patrick Timsit  

mise en scène  Etienne de Balasy

avec  Patrick Timsit   

****

     

Théâtre du Rond-Point

      

© Theothea.com

                 

Après quelques dates de rodage pour son « ultime » seul-en-scène et à la veille d’une grande tournée hexagonale projetant de se clôturer les 29 et 30 décembre 22 à L’Olympia, Patrick Timsit est maintenant sur les planches du Théâtre du Rond-Point jusqu’en cette fin décembre 21.

A 62 ans, l’Artiste y fait ses adieux définitifs au Public en tant qu’humoriste.

Au début du projet, l’idée était de composer un best-of mais cette perspective prit une tournure fastidieuse et pas suffisamment motivante.

Aussi quand émergea le concept de se recentrer pleinement sur la notion d’ « Adieux », tout devint lumineux.

Il suffirait de démontrer point par point durant le show, les dix bonnes raisons d’arrêter cette carrière triomphale mais également d’oser admettre qu’il n’était point possible d’en trouver une de plus car, au-delà, dès la onzième, n’apparaissaient que des raisons de la continuer…

Donc d’emblée point de rappels intempestifs, il allait falloir savoir s’arrêter à l’issue du salut final.

D’ailleurs juste avant l’entrée en scène, un film montage est projeté durant quelques minutes où différentes personnalités du show-biz voire de la politique le confortent dans sa décision irrévocable venant ainsi confirmer qu’il serait temps de passer le flambeau et de savoir s’éclipser discrètement.

Mieux vaudrait, en effet, l’ère des regrets que le spectacle de trop !

Tamisée de lumière rasante, la grande scène du Rond-Point focalise, en avancée centrale, sur un ensemble table-tabouret-bar lui servant de relais, de refuge et de chaire pour haranguer ses « fidèles » puisque, bien entendu, l’objectif est toujours de mettre les rieurs de son côté.

Alors comme à son habitude, Patrick adore endosser le mauvais rôle, celui précisément que le politiquement correct ambiant juge indéfendable et c’est toujours par une pirouette entendue ainsi qu’un sourire en coin qu’il zappe d’un argumentaire à l’autre, d’une provocation à l’autre, d’une bravade à l’autre.

Toutefois il le proclame toujours haut et fort : Lui se sent profondément gentil ; c’est seulement son humour qui est perfide.

D’ailleurs, qu’il s’en prenne aux individus nommément ou pas, à leurs comportements, aux faits de sociétés, à l’évolution des mœurs, à la liberté d’expression et autres thématiques contemporaines, c’est toujours en s’offusquant qu’il prend le public à témoin, charge à ce dernier de corriger le tir, de retourner le gant et d’en induire le message décodé à l’endroit.

De cette complicité entre l’artiste et son auditoire, naît la satisfaction de comprendre à demi-mots ce qu’un premier degré fallacieux pourrait donner l’impression de caricaturer à tort.

Oui bien affûté, Patrick Timsit est en très grande forme et il semble plus que jamais en phase avec son époque mais craindrait-il néanmoins que, selon des signes précurseurs subliminaux, cette magie ne vienne par la suite à disparaître par « désenchantement » ?

Le tort serait pourtant présentement de faire la fine bouche car, pour l’heure, le plébiscite artistique est effectivement au rendez-vous proposé.

Alors, c’est d’accord : Adieu peut-être ! Merci, c’est sûr ! Mais surtout Bravo l’Artiste !

Theothea 18/12/21

     

              

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FRANÇOISE SAGAN CABARET LITTERAIRE

Françoise SAGAN Chroniques 1954 -2003 - Cabaret littéraire

      

Chroniques de Françoise Sagan 1954-2003

mise en scène  Anne-Marie Lazarini

avec  Cédric Colas, Coco Feigeirolles, Frédérique Lazarini

****

     

Théâtre Artistic Athévains

      

© Marion Duhamel

     

Anne-Marie Lazarini, Directrice du théâtre Artistic-Athévains, est une metteuse en scène qui crée la plupart de ses spectacles dans cet écrin du 11ème arrondissement qu’elle dirige avec Dominique Bourde et François Cabanat. Avec ses acteurs, elle a lié une relation à mi-chemin de la troupe et du groupe de recherche. Et le résultat est toujours surprenant. Cette fois-ci, elle a eu la lumineuse idée de porter en scène une série de chroniques écrites par Françoise Sagan et de les aborder par le biais d'un Cabaret littéraire.

L'auditoire est saisi d'étonnement en entrant dans la salle baignée dans la pénombre. Les silhouettes en carton, grandeur nature, imaginées par le scénographe François Cabanat, d'une ribambelle d'artistes, occupent les gradins. On en citera quelques-uns, des chanteuses Juliette Gréco, Barbara, des acteurs Jean-Louis Trintignant, Françoise Fabian, Philippe Noiret, Michel Piccoli, Orson Welles, Claude Rich, Danièle Darrieux, des écrivains Jean-Paul Sartre, des amis proches de Françoise comme Jacques Chazot, Yves Saint-Laurent.

En bas des marches, un maître de cérémonie, en frac, très élégant vous escorte vers de petites tables de bistrot éclairées par une bougie. L'Artistic Théâtre s'est transformé, avec son bar à néons violets sur le côté, en cabaret à l'atmosphère feutrée. Sur une musique d'Andy Emler, un pianiste - Guilherme de Almeida - égrène un air de Bienvenue ''Welcome''. D'origine brésilienne, celui-ci a reçu le 1er prix de piano de Moscou. Pendant le temps de l'installation des convives, les comédiens déambulent autour des tables comme pour s'échauffer avant de plonger dans la vie trépidante et tourbillonnante de F. Sagan.

Devant de lourds rideaux rouges, trois fauteuils de cinéma et des piles de livres, les trois interprètes de cette soirée prometteuse vont faire corps avec les écrits de Sagan, retrouver la justesse et l'intensité de son acuité.

Coco Felgeirolles, vêtue d'un tailleur noir pailleté s'est fait un '' look '' Sagan avec sa coupe de cheveux blond platine. Frédérique Lazarini, ardente, toujours un brin tragédienne -- elle fut la splendide Lucrèce Borgia mise en scène par son père, le dramaturge Henri Lazarini -- empoigne avec une ferveur presque excessive cette vie d’ivresse, faite d’alcools forts, de fumée de cigarettes. En meneur de jeu, Cédric Colas, renvoie la balle selon une facette plus flegmatique de l'écrivaine si détachée des conditions matérielles et d'une généreuse désinvolture.

A compter de 1954, date de la sortie triomphale de ''Bonsoir Tristesse'' et 2003 peu avant sa disparition (24 septembre 2004), Françoise Sagan écrit et publie beaucoup. Des livres bien sûr, courts, au style percutant mais aussi des articles sur tous les sujets pour différents journaux. Elle témoigne, s’engage, nous dévoile ses coups de coeur ou ses coups de griffes.

C'est tout cela qui défile devant nos yeux ébahis, au moyen de quelques projections vidéo et quelques objets et jouets à l'appui, avec une fluidité impressionnante en alternance avec des morceaux musicaux, le pianiste faisant partie intégrante de la troupe en participant d'ailleurs de temps à autre à des jeux de scène.

Vive, acérée, insolente, F. Sagan croque les lieux et les êtres avec une délectation malicieuse. Elle est fascinée par New-York et éprouve une admiration sans borne pour la chanteuse de jazz Billie Holiday, dont la voix rauque jaillira sur le lancinant ''Strange fruits''. Et à la « petite musique » de Sagan répondent en écho les touches mélodiques de piano d’Andy Emler avec ''For Billie''.

Elle vénère le colossal Orson Wells dont le visage s'imprimera sur le grand écran qu'encadrent les rideaux rouges avec un extrait de ''Citizen Kane''.

Hélène Gordon-Lazareff, la directrice du magazine « Elle », lui commande une série d'articles sur l'Italie. L'hebdomadaire titre ses reportages « Bonjour Naples », « Bonjour Capri », « Bonjour Venise »...villes mythiques toujours décrites d'une manière légère comme les bulles de champagne !

Critique de cinéma pour l’Express, Sagan égratigne avec humour les films sortis dans les années 60 comme le navet ''Je pleure mon amour'' de Lewis Allen avec Lana Turner et Sean Connery, assassine le fameux ''Austerlitz'' d'Abel Gance. D’ailleurs, amusante idée d’Anne-Marie Lazarini, Cédric Colas fait tirer par une personne du public un papier sur lequel est inscrit le nom du film qui passera à la moulinette !

L'Express l'envoie, en 1960, en reportage à Cuba pour le 10ème anniversaire de la Révolution alors qu'elle n'a que 25 ans. Les comédiens, à tour de rôle, font une hilarante description du parcours ubuesque entrepris pour voir Fidel Castro, une marche homérique au fin fond de la Sierra au milieu de milliers de cubains en voiture empêchant tout autobus surchargé d'avancer.

Devant un jeu de roulette que Frédérique Lazarini fait tournoyer d'un air blasé, Cédric Colas nous raconte l'anecdote du chiffre 8 porte-bonheur pour la jeune romancière. Au casino de Deauville, un gain de 80.000 francs dans la nuit du 8 août 1958 lui permet d'acheter le manoir du Breuil à Équemauville près de Honfleur au même prix le matin même.

Bien entendu, la vitesse est évoquée, son goût pour les voitures de sport que Françoise conduit la nuit dans Paris à vive allure est symbolisé ici par une voiture miniature rouge décapotable que C. Colas manipule pendant que le pianiste joue ''S comme speed''.

Elle commente l'actualité, prend la défense de la jeune militante anticoloniale Djamila Boupacha, cette jeune fille torturée pendant la guerre d’Algérie, soutient les infirmières pour défendre leur statut.

Elle communique son amour du Lot, à travers un texte de 1993 que nous entendrons à la fin, ''Cajarc au ralenti'', lieu de son enfance.

Dans une mise en scène dynamique où le livre a une place privilégiée, les trois acteurs s’approprient à bras-le-corps la parole de Sagan et rendent un superbe hommage à la romancière disparue.

Ainsi Françoise Quoirez dont le pseudonyme est emprunté au prince Sagan dans ''A la recherche du temps perdu'' a dit : « Proust a du génie, moi j'ai du talent ». Oui, mais quel talent ! Et qui éclate avec une exaltation enflammée sur la scène de l'Artistic T.

Cat’S / Theothea.com le 22/12/21

           

         

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EDMOND

« Edmond » d’Alexis Michalik en ràgne triomphal au Palais Royal

      

de &   mise en scène   Alexis Michalik  

avec  En alternance :Alice AllWright, Ary Gabison, Augustin Ruhabura, Benjamin Wangermée, Catherine Arondel, Christian Mulot, Christine Bonnard, Christophe Canard, Cyril Descours, Éric Mariotto, Eriq Ebouaney, Franck Vincent, Gall Gaspard, Jacques Bourgaux, Jeanne Guittet, Juliette Lamboley, Lionel Erdogan, Nathan Dunglas, Nora Giret, Pierre Bénézit, Raphaële Volkoff, Régis Vallée, Sandra Dorset, Sonia Bendhaou, Valérie Baurens, Vincent Viotti

****    

     

Théâtre du Palais Royal

      

© Alejandro Guerrero

        

Work in progress

   

Alexis Michalik est un auteur et metteur en scène comblé. En ce soir lambda de décembre 2021, la belle salle du Palais Royal était remplie par un public intergénérationnel, comportant entre autres de nombreux jeunes et des scolaires.

Sa renommée attire toujours autant de monde alors qu' ''Edmond'' a débuté en septembre 2016, récolté 5 Molières en 2017 dont celui du Meilleur spectacle du Théâtre privé, jusqu'à faire l'objet d'un film hilarant adapté par lui-même en janvier 2019.

Après ''Le Porteur d’Histoire'' et ''Le Cercle des Illusionnistes'', l'engouement reste total. Artiste doué du nouveau théâtre français, A. Michalik sait raconter les histoires en ''dépoussiérant'' les classiques et, ne supportant pas le moindre ennui au théâtre, il traite ce dernier sur un mode vif, tourbillonnant, n'en déplaise malgré tout à certains qui s'essoufflent à le suivre.

Ses pièces sont cinématographiques, les récits s'emboîtent, s'enchevêtrent dans des décors qui changent à vitesse grand « V », les comédiens se travestissent en permanence ayant plusieurs rôles car aucun d'eux ne doit rester longtemps sans jouer sur le plateau.

Avec ''Edmond'', l’auteur revient avec douze comédiens pour raconter la triomphale et mythique première de Cyrano de Bergerac.

Une fois installés les spectateurs, conviés à un voyeurisme latent, assistent tout d'abord à un long prologue fort original. Sur la scène, les acteurs se préparent. Ils se sentent à l'aise chez eux, ils s'échauffent, déambulent, s'étirent, donnent un sucre au chien accueilli sur les planches.

Bref, ils sont dans les coulisses de leur propre théâtre puisqu' ''Edmond'' est la genèse d'une pièce qui va se créer sous nos propres yeux. C'est un régal de plonger dans l’univers de la création d’une œuvre et de voir ainsi les comédiens s'apprêter à jouer des acteurs en train de monter une pièce qui deviendra ''Cyrano''.

Lorsque le rideau se lèvera, le chien « Flaco » aura disparu de l’équipe présente ce soir-là. D’ailleurs à ce sujet, la distribution n'est plus la même qu'à ses débuts. Dans le rôle-titre, Guillaume Sentou avait reçu le Molière de la révélation masculine en 2017.

Aujourd'hui Edmond est interprété par Benjamin Wangermee. Il incarne à merveille le dramaturge d'une trentaine d'années en proie au doute, en mal d'inspiration et tiraillé par la nécessité de nourrir femme et enfants.

En désespoir de cause, il propose au talentueux acteur alors en vogue Constant Coquelin une pièce héroïque, en alexandrins, mais n'en a que le titre. A lui d'imaginer en l'espace de trois semaines, délai imposé par Coquelin, une comédie digne du point départ qu'il a proposé sans grande conviction, un personnage avec un grand...nez. Cocasse ! Amusé bien que perplexe, Coquelin accepte le défi et encourage Edmond à créer un personnage à sa mesure.

Coquelin est interprété par le truculent Jacques Bourgaux. En 2016, c'était Pierre Forest, lequel avait reçu le Molière du Comédien dans un second rôle. La troupe sur l'affiche actuelle se compose de vingt-six comédiens qui jouent en alternance.

Edmond s'arrache les cheveux, en mal d'inventivité. Ce sont les histoires de coeur de son meilleur ami Leonidas (Lionel Erdogan) pour une habilleuse Jeanne (Sonia Bendhaou) qui vont être prophétiques.

Son ami ne sait comment exprimer son élan amoureux et implore Edmond de l'aider à le formuler en faisant appel à son talent d'écrivain romantique pour séduire la belle. Cette réalité vécue sera le levain de la future pièce d'Edmond Rostand.

Eurêka! Leonardo deviendra Christian qui aimera Roxane et lui, l'homme de lettres, plein d'esprit, restera dans l'ombre, affublé d'un nez disproportionné et lui soufflera les mots tendres qui touchent un coeur épris.

Cette réalité en train de se dérouler sous nos yeux devient source d'inspiration, se transpose dans l'écriture de la comédie et entraînera de nombreux quiproquos où s'entremêlent réalité et jeu théâtral.

Sa propre femme Rosemonde (Juliette Lamboley), pourtant bienveillante et compréhensive, se montrera jalouse des vers passionnés et enflammés adressés à Roxane, la jeune femme aimée alors qu’une actrice de l'époque, très capricieuse, remettra des scènes en question compliquant d’autant les répétitions. Bien sûr, le poète essuiera des revers mais soutenu par Coquelin et la prestigieuse Sarah Bernhardt (Valérie Vogt), il parviendra à créer Cyrano de Bergerac.

A la fin d' ''Edmond'', Coquelin jouera avec panache le valeureux gascon lors de la générale, le 28 décembre 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Sarah Bernhardt, jouant ce soir-là à la Renaissance, se précipitera pour pouvoir assister à l'acte V.

Rostand, anxieux, craint un fiasco, ce sera un triomphe d'une portée inconcevable aujourd'hui, des applaudissements à n'en plus finir.

Les décors rapidement escamotés et des jeux de lumière simples nous plongent dans des ambiances et divers lieux en quelques secondes, les costumes virevoltent, de nombreux personnages interviennent à l’instar de Feydeau et Courteline ainsi qu'un Ravel anachronique ou des producteurs corses irrésistibles de drôlerie en ajouts hautement fantaisistes…

Les répliques fusent dans tous les sens, le rythme est effréné, la mise en scène peut paraître un tantinet brouillonne, il faut se laisser embarquer et ne pas lâcher les rênes du navire car çà tangue beaucoup et on peut se noyer.

Mais quel plaisir du jeu, quelle inventivité, et sur scène, la bande de comédiens fait mouche grâce à une énergie intarissable qui emporte les spectateurs dans son sillage, cette troupe fédérée autour d'une comédie mettant en exergue le dramaturge affrontant les affres de l'écriture et le montage théâtral.

Car si on connaît bien Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, restant en arrière-plan, est effectivement la plume qui se cache derrière le charisme du grand personnage. Quel formidable tremplin pour créer un lien entre la vie et l'art, la réalité soumise à l'écriture qui engendrera un chef d'œuvre qui va le dépasser !

Et peut-être que, à tout Seigneur tout honneur, l'auteur et le metteur en scène Alexis Michalik pourrait s'identifier « quelque part » à ce dramaturge qui a enfanté une comédie flamboyante au nombre incalculable de représentations.

Cat’S / Theothea.com le 10/01/22

   

       

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LE PETIT COIFFEUR

« Le Petit Coiffeur » de Daguerre en « Parabole » au Rive-Gauche

          

de  &   mise en scène  Jean-Philippe Daguerre

avec Felix Beauperin, Arnaud Dupont, Brigitte Faure, Romain Lagarde & Charlotte Matzneff 

****

     

Théâtre Rive Gauche

      

© Fabienne Rappeneau 

     

Il est des états de grâce dont aucune altération ne saurait venir affecter les approches théâtrales que l’air du temps aurait décidé de privilégier par la magie d’un auteur ou metteur en scène sachant susciter dans la perception des spectateurs cette aptitude à viser juste sur des sentiments que, précisément, ceux-ci ont envie de ressentir avec intensité à une époque donnée dans une situation ambiante spécifique.

Alors bien sûr, « Adieu Monsieur Haffmann » avec ses quatre Molières 2018, ressemblerait déjà à une autre époque, celle d’avant le Covid mais surtout celle où la renommée de Jean-Philippe Daguerre faisait éclosion au Théâtre Montparnasse dans une remarquable évocation de montée du Nazisme au début de la guerre en 40 alors que l’étau Juif se resserrait autour d’un artisan bijoutier contraint de vivre reclus de son métier et des siens.

Cette pièce qui donna lieu ensuite à un film eut un formidable impact sur l’imaginaire du public fort reconnaissant d’accéder ainsi à une création tellement sensitive et puissante.

Deux années plus tard, en 2020, après avoir effectué le détour de « La Famille Ortiz » fort appréciée dans son style différencié, Daguerre revenait à nouveau sur le devant de la scène surfant entre les confinements successifs pour continuer actuellement les prolongations de « Le petit coiffeur » rédigé conjointement durant l’élaboration de « …Haffmann ».  

Cette fois-ci dans le contexte d’après-guerre, l’auteur emmène ses personnages dans la période dite de « L’épuration » très peu présente dans la production théâtrale contemporaine.

C’est en s’intéressant à la célèbre photo de Robert Capa révélant au monde une jeune femme tondue portant dans les bras son bébé sous les clameurs hostiles de la foule après la libération de Chartres que le metteur en scène eut la prémonition de son nouveau projet d’écriture et de mise en scène.

Cette thématique le reliait directement à celle d’« Haffmann » mais allait prendre une dimension psychosociale universelle en s’articulant autour d’une famille constituant une sorte de microsociété représentative des contradictions idéologiques, éthiques, citoyennes mais aussi affectives dont le peuple français est en soi porteur à l’occasion de tels événements douloureux où les convictions, les partis pris et la partialité ont quelques difficultés à rejoindre l’objectivité.

En effet, la liaison amoureuse de Lise avec l’occupant allemand serait au centre du bouleversement surgissant dans ce foyer où se côtoient une mère, Marie grande résistante, son compagnon Léon membre FFI et deux frères, Jean à tendance autiste, Pierre coiffeur et parallèlement artiste peintre de « nues » selon des modèles « vêtues ».

Cette famille Giraud à la fois donc originale et disparate sera la proie tout à la fois de tensions intérieures que de pressions extérieures qu’il lui faudra gérer au mieux des circonstances aléatoires mais également de la volonté d’empathie et de bienveillance que l’auteur souhaite apporter à la réflexion collective circulant de la scène à la salle du Rive Gauche dans laquelle son directeur Eric-Emmanuel Schmitt est fier d’accueillir avec grande ferveur cette création.

Si donc le public plébiscite avec empressement cette pièce, c’est bien sûr parce qu’il reconnaît à JP. Daguerre ce talent d’émouvoir et de rendre sensible des pulsions contradictoires qu’il serait indispensable d’apprendre à maîtriser… mais cela, sans doute, d’autant plus que la conjoncture virale actuelle est elle-même source de polémiques radicales dont il serait pragmatique d’en tirer des leçons vertueuses de coexistence apaisée.

Theothea le 03/01/2022        

         

           

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L'ART D'ÊTRE GRAND PERE

« L’Art d’être Grand-père » de Victor Hugo à Jean-Claude Drouot au Lucernaire.

      

de  Victor Hugo  

mise en scène  Jean-Claude Drouot

avec   Jean-Claude Drouot

****

     

Théâtre du Lucernaire

      

© LOT

            

Les monstres sacrés sont des personnalités qui, en passant de l’autre côté du miroir, ne cessent de hanter la mémoire collective tout en lui offrant une présence hors du temps.

Qu’ils soient encore de ce monde ou non, l’attraction qu’ils exercent échappe aux stratégies promotionnelles pour laisser place à une plénitude charismatique bien fondée.

Souvent quelques interprétations magistrales leur ont forgé cette fameuse renommée impossible à anticiper… mais la voulaient-ils ? La recherchaient-ils seulement ? Rien n’est moins sûr et quelques fois même, il est patent que la surexposition aura véritablement constitué le fardeau de leur carrière.

En prototype d’une telle destinée, voici mesdames et messieurs, un comédien de 83 ans dans toute sa force d’âme avec un magnétisme physique intact dont le regard bienfaisant continue d’éclairer l’auditoire suspendu à ses lèvres… applaudissons ici et aujourd’hui Jean-Claude Drouot, ex-pensionnaire de La Comédie-Française.

Cet artiste qui interprète le dernier recueil de poèmes écrits par Victor Hugo à la fin de sa vie, installe en salle Noire du Lucernaire chaque soir à 18h30, un envoûtement rhétorique exclusivement dédié à la quête de sens que l’humanité en communion avec la nature est en droit d’espérer… cet espace magique où convergent apaisement, curiosité et émerveillement, c’est tout simplement l’enfance que Victor Hugo ne cesse de redécouvrir à Paris et à Jersey au travers de ses petits-enfants orphelins, Georges et Jeanne.

A l’instar d’un Jean-Jacques Rousseau qui voudrait leur faire apprécier comme à Emile, la beauté et les mystères l’accompagnant, c’est en aïeuls admiratifs de toutes les pulsions qui animent ces mômes que Victor et Jean-Claude s’unissent en chœur pour se mettre à l’écoute de leurs interrogations, de leurs étonnements, de leurs allégresses ravissant ainsi les sentiments d’affection menacés par la jachère et la désolation amoureuse du grand âge.

Cette sincérité des affects s’exprimant ainsi à travers des poèmes évoquant l’existence humaine dans sa complexité, ses contradictions, sa soif d’absolu a le don d’éveiller en chacun des lecteurs, ici en chacun des spectateurs, cette proximité avec les origines et la source de la création dans sa grandeur, sa profusion et ses allégories.

Confortablement installé dans son fauteuil au sein de la maisonnée, l’acteur se parle à lui-même, il s’adresse à Jeanne, à Georges et par-delà, à nous qui l’écoutons intensément et voyageons ainsi par l’intermédiaire de la poupée, la marionnette qu’il chérit, qu’il cajole sous notre regard amusé…

Ô temps suspend ton vol !.. Quand le lyrisme de Victor Hugo vient ainsi se superposer à la sérénité, la stature, la profondeur d’une âme bien décidée à donner ce qu’elle a de meilleure au profit de tous, c’est ce qu’on est en droit d’appeler « l’état de grâce » qui se propage de la scène à la salle.

Ce soir-là d’ailleurs, au rappel ultime que le public a souhaité forcer de ses applaudissements renouvelés, le comédien Jean-Claude Drouot a repris sa propre parole et dit en substance : « Si vous avez aimé, sachez que moi aussi j’y prends un grand plaisir. C’est précisément pour ces instants de communion que nous montons sur scène et que nous pouvons, jour après jour, toujours aller plus loin dans notre recherche du juste… ».

Oui, c’est bien ainsi que le spectacle est réellement vivant !

Theothea le 14/12/21

       

   

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