Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

12ème  Saison     Chroniques   12.26   à   12.30    Page  195

 

       

La Tournée des Idoles au Zénith

- Âge tendre et Têtes de bois 2007 -

     

De Johnny Clegg à Renaud via Iggy Pop

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60ème Festival de Cannes

A la recherche d'un soixantième anniversaire... à fleur d'écran

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UNE LIAISON PORNOGRAPHIQUE

de  Philippe Blasband

mise en scène  Steve Suissa

****

Petit Théâtre Marigny

Tel:  01 53 96 70 20

  

    Affiche  Photo ©  Emmanuel Robert-Espalieu 

De pornographique, cette aventure libidinale en a le fantasme assouvi que la mémoire a fait perdurer dans l’imaginaire de deux amants désormais séparés selon une décision concertée.

Lui et elle se sont rencontrés grâce à une petite annonce cherchant délibérément à vivre l’expérience sexuelle dédiée exclusivement au plaisir physique.

A leur propre étonnement, ils se sont alors trouvés comme cul et chemise plongés en cure hebdomadaire de plus en plus gratifiante pour chacun des deux.

Cependant si ce fut elle qui publia le message initiateur de leur liaison, c’est lui qui en premier exprima le souhait ultime d’y mettre fin au nom du souvenir inaltéré que cela leur procurerait à l’un et à l’autre pour le restant de leur vie.

Ainsi, cette mémoire délicieuse de moments partagés dans la félicité sauvage d’un anonymat total, où le cycle de l’attente et de la réalisation avait comblé au mieux leur désir charnel sans contraintes, serait la garante à jamais d’un pari osé mais ô combien réussi.

Qu’en avaient-ils fait de ces instants d’érotisme privilégié qui n’appartenaient qu’à eux-mêmes mais dont l’un et l’autre par transmission de pensées font aujourd’hui le récit à des tiers non identifiés qui se pourraient fort bien être les spectateurs du Petit Théâtre Marigny ?

Nous n’en saurons rien, non tant en raison du secret inhérent à la vie privée qu’à la célébration d’une aventure voulue exclusivement sexuelle restée sous contrôle de la première à la dernière seconde par deux partenaires qui ne savaient rien l’un de l’autre y compris leurs coordonnées pour se recontacter au cas où.

A ce jeu fusionnel des sens, Judith Magre et Jean-Claude Jay se racontent mutuellement cette histoire de coeur qui par pudeur n’aurait pas dit son nom, tout simplement parce que c’était elle, parce que c’était lui et qu’ainsi vont les véritables histoires d’Amour.

Theothea, le 31 octobre 07

LE SYSTEME RIBADIER

de  Georges Feydeau

mise en scène  Christian Bujeau

****

Théâtre Montparnasse

Tel: 01 43 22 77 74

  

       Photo  ©  Pascal Victor  

       

En se coproduisant en tête d'affiche partagée avec Léa Drucker, Bruno Solo cherche d'emblée le coup de maître pour sa première montée sur les planches, qui plus est, d'un des plus fameux Théâtres de Paris.

En choisissant une pièce phare de Feydeau ayant maintes fois fait preuve d'efficacité, le comédien joue banco sur un système qui devrait permettre à une jeune famille de théâtre d'amener en salle un nouveau public sans se séparer pour autant des habitués du Théâtre Montparnasse.

Enjeu certes risqué mais le renouvellement des valeurs établies doit aussi savoir s'affranchir des étiquettes "vues à la télé" dont Bruno Solo souhaiterait gommer l'impact réducteur.

Installé aux commandes de cette réalisation qui devrait garantir les belles soirées de fin d'année, Christian Bujeau est lui, de surcroît, modèle du portrait ornant le décor de Susana Machado, en tant qu'ex-mari répudié par Angèle (Léa Drucker).

Il s'en faudrait de peu d'ailleurs que cette calamiteuse expérience conjugale se reproduise avec le second mari, car Ribadier (Bruno Solo) ne semble pas oiseau à rester au nid.

En effet ses dons innés d'hypnotisme l'autorise à s'absenter de l'appartement non sans laisser auparavant son épouse dans un profond sommeil dont il conserve la clef secrète du réveil.

Ainsi va le système Ribadier qui, bien entendu, va s'enrayer à la mesure des quiproquos déclenchés par le retour opportun d'un ex-soupirant en provenance de Djakarta ainsi que par le surgissement d'un tiers, fort mari d'être lui pareillement trompé.

En toile de fond, un duo de domestiques servira en quelque sorte de trompe-l'oeil et d'alibi à ces ébats bourgeois et adultérins.

Frais émoulus au Vaudeville, le couple Solo/Drucker fonctionne de manière fort satisfaisante. Elle, en se découvrant de nouvelles facettes à son talent originellement dédié à l'art dramatique, lui en endossant l'épaisseur subtile d'un rôle comique sur la durée et dans la continuité théâtrales.

Bien entourés par Jean-Noël Brouté, Gérard Darier, Romain Thunin et Fabienne Galula, il y a fort à parier que le rythme de croisière de la pièce va se mettre en place en vitesse accélérée en occultant toutes les précautions initialement nécessaires au rodage. Succès à suivre, donc...

Theothea le 09/11/07

LES RICHES REPRENNENT CONFIANCE

de  Louis-Charles Sirjacq

mise en scène  Etienne Bierry

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Théâtre de Poche Montparnasse

Tel: 01 45 48 92 97

  

    Photo  ©  Lot  

Avec ce titre impayable, Louis-Charles Sirjacq annonce la couleur cynique d'une pièce dont le spectateur perçoit d'emblée la fable socio-politique.

Et pourtant si le jeu financier vaut largement la chandelle spéculative, c'est néanmoins par des sueurs froides et une faillite annoncée que Bruno Sobin, ce héros des capitaux à risque, va traverser en pourfendeur de destins sacrifiés sur l'autel de la rentabilité la scène du théâtre de Poche Montparnasse, se faisant ainsi l'écho imparable des dégâts collatéraux engendrés par l'affairisme.

Cependant que son empathie irradiante semble dominer tous ceux qu'il approche, lui ce P.D.G. acheteur d'entreprises en péril va peu à peu se transformer en "roi nu" devant l'éternel, tant ses démons intérieurs vont surgir de son incapacité à appréhender sa propre destinée malgré ses velléités à surcompenser.

En effet, fragile tel un hypocondriaque chronique, il suffira d'un coup de dés hasardeux pour que son assistant fidèle (Thomas Le Douarec), sa secrétaire dévouée (Marie Piton), ses actionnaires confiants (Michèle Boudet, Marjorie Frantz & Mayane), ses employées syndiquées (Naidra Ayadi & Marie Pillet), son homme d'affaires indéfectible (Christophe Laudion), son banquier et son copain-ministre soient enclins à le lâcher en pleine déconfiture...

Victime moderne d'un système implacable qu'il a mis en place avec l'assentiment de ceux qu'il aura ainsi subjugués, le sort va sembler le terrasser au moment même où l'appât du jeu va lui sourire à nouveau tel un sauvetage inoppiné, transformant comme par magie une citrouille de ménage en un carrosse d'or s'offrant en cadeau expiatoire (Maïté Vauclin) à un exploit futur.

Etienne Bierry organise un chassé-croisé de dix personnages qui pourrait donner le tournis tant l'espace pour se mouvoir est réduit, mais cette contrainte est en soi le gage d'une équipe performante qui gravite en pépites autour du rôle de self made man volontariste, en l'occurence celui du tellement charismatique Jacques Frantz.

Theothea le 14/11/07

LE MENDIANT OU LA MORT DE ZAND

de  Iouri Olecha

mise en scène  Bernard Sobel

****

Théâtre de la Colline

Tel: 01 44 62 52 52

  

    Photo  ©   Elizabeth Carrechio  

Bernard Sobel, congédié à l’issue d’un mandat de quarante ans à la tête du Théâtre de Gennevilliers, entre de nouveau par la grande porte des dénicheurs de talents en coproduisant sa mise en scène d’une pièce inachevée par le dramaturge moscovite d’origine polonaise Iouri Olecha (1899-1960), inconnu jusqu’à présent en France.

Créé au Théâtre national de Strasbourg le 12 octobre dernier, « Le mendiant ou la mort de Zand » fait escale au Théâtre de la Colline durant trois semaines, alors que la grève concomittante des transports publics perturbe considérablement la fréquentation des Théâtres parisiens.

Qu’à cela ne tienne puisque la déconstruction mentale de l’homme nouveau est ici l’enjeu littéraire d’une schizophrénie expérimentale balayant les identités virtuelles d’un candidat jusqu’au boutiste à toutes les hypothèses éthiques que ne peuvent guère lui offrir les rails de l’avenir.

Il faut dire que la révolution russe de 1917 a engendré le concept idéologique de « constructeur du futur » qui, en se mesurant à l’intelligentsia, va se dissoudre dans l’inertie atavique de la condition humaine en un paradoxe insurmonté par l’artiste philosophe.

En effet, Théâtre du double se subdivisant au sein d’un monde pirandellien, cette tentative d’écriture au diapason d’une quête protéiforme, va mettre en valeur un constat effarant:

« J’ai vu que la révolution n’avait absolument pas changé les hommes »

Ainsi de Zand (Eric Caruso) à Fedor (Vincent Minne), du commissaire du peuple au mendiant, d’un rôle de composition à l’autre exclusivement voués à Macha (Chloé Réjon), seul l’instinct sexuel et ses épiphénomènes corrélatifs que sont la jalousie, la vengeance et le meurtre vont avoir gain de cause d’un Amour supérieur à toute autre utopie.

C’est alors que les forces destructrices de l’inconscient vont pouvoir se mettre au service objectif du moi idéal en permettant à l’alter ego, l’accomplissement du refoulé obscur en toute impunité morale.

Devant cette perspective de choc frontal entre un monde rêvé et la réalité tangible, Lucio Fanti a conçu un manège métaphorique où l’univers se disloque en multiples cellules colorées et assymétriques que portes, fenêtres et sorties dérobées sembleraient rassembler pour un vaudeville tournoyant à l’infini sur lui-même... en joyeuse compagnie de Claire Aveline, Eric Castex, Claude Guyonnet, Anne-Lise Heimburger, Jacques Pieiller, Chloé Réjon, Stanislas Stanic et Gaëtan Vassart.

Cependant, faute pour Zand d’être devenu à 32 ans « le Balzac du prolétariat », Bernard Sobel va projeter sur cette destinée en échec, une réflexion sans appel de Karl Marx: « Si tu aimes sans retour, si ton amour ne provoque pas d'amour chez l'autre et si, à travers les manifestations de ta vie, en tant qu'homme aimant, tu ne peux devenir homme aimé, alors ton amour est impuissant et il est un malheur... ».

Theothea, le 20 novembre 07

 

LE ROI LEAR

de  William Shakespeare

mise en scène  Laurent Frechuret

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Théâtre de Sartrouville

Tel: 01 30 86 77 79

  

    Photo  ©  J.-M. Lobbé  

En endossant le poids de Lear, Dominique Pinon habille l'antihéros shakespearien d'une vacuité délirante où les lignes de force psychiques se confrontent, désespérément seules, avec l'éthique tourneboulée par des intentions contradictoires.

Et d'ailleurs qu'en savent-ils de la valeur de l'enjeu, tous ces personnages qui se disputent influences et pouvoir au détriment d'une affection battue en brèche par des velléités successives, le plus souvent destructrices ?

Laurent Fréchuret, directeur du Théâtre de Sartrouville donne à la nouvelle traduction de Dorothée Zumstein, l'opportunité d'un parler-vrai où le destin tragique du Roi Lear se conjugue avec une pédagogie libre de fioritures autour d'un château de sable sans lendemain qui chante.

Le dépouillement de la scène est a parité avec celle de la lande où vont se débattre Lear avec ses compagnons d'infortune, affrontant le désespoir au milieu de la folie que provoquent les éléments naturels.

Goneril (Odja Llorca) et Réjane (Sophie Cattani), ses deux filles parjures seront renvoyées dos à dos dans les affres du tourment éternel, si tant est qu'elles en prendraient la moindre conscience; quant à Cordélia (Caroline Piette), c'est en pantin désarticulé qu'elle sera célébrée, post mortem, par son père ivre de remords.

Mais davantage qu'à la repentance, c'est à la lâcheté consubstantiellement humaine que se conjugue cette mise en scène où l'ensemble des protagonistes (Thierry Blanc, Xavier Boulanger, Eric Challier, Philippe Duclos, Eric Frey, Thierry Gibault, Hervé Lassïnce, Vincent Nadal, Rémi Rauzier) effectuent la danse du diable autour d'un corps abandonné par ce roi déserteur de lui-même.

La vieillesse n'expliquerait pas tout, surtout quand les preuves d'amour ne s'avéreraient pas à la hauteur d'une réciprocité filiale, digne de sincérité partagée.

La métaphore du suicide collectif serait donc à l'image d'une piètre considération que chacun aura porté, sa vie durant, à l'égard de lui-même alors que la reconstruction d'un royaume s'annonce en une utopie plus monstrueuse que jamais.

Theothea le 15/11/07

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