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12ème
Saison
Chroniques 12.31
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De Johnny Clegg à Renaud via
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FUGUEUSES
de
Pierre Palmade & Christophe Duthuron
mise en scène
Christophe Duthuron
|
****
Théâtre des
Variétés
Tel: 01 42 33 09
92
|
 |
Visuel extrait
affiche
|
Si l'art de la fugue devait s'adapter sur les planches en un "Macadam
Women", celui-ci a définitivement trouvé son couple chic et
choc en réunissant dans l'allégresse communicative Line et
Muriel qui, depuis deux mois, enchantent le théâtre des
Variétés.
Ce soir-là au coeur des grèves de transport public, la jauge
remplie au summum de l'orchestre au promenoir, des phares éblouissants
pouvaient lancer les trois coups de la cavale avec vingt bonnes minutes de
retard sur cet happening en auto-stop, c'est d'emblée en état
de grâce que deux générations de comédiennes se
trouvaient happées, en complicité de rodéo initiatique,
en tant que candidates au libre arbitre.
Si des affinités élégiaques ont contribué
à associer comme par magie la reine des revues de music-hall avec
la souveraine des sketchs comiques, c'est aussi qu'en coulisses deux auteurs
réussissaient à modéliser une dynamique
théâtrale en dix actes qui autoriseraient toutes les audaces
de la fuite en avant.
En effet, Pierre Palmade et Christophe Duthuron, en pleine récidive
de "Père et Fils" qu'ils concoctèrent autour de Pierre Richard
la saison précédente, peaufinaient ainsi non seulement leurs
automatismes d'écriture à deux mains mais, de surcroît,
parvenaient à la quintessence d'un nouveau genre théâtral
inspiré directement du 7ème art, celui de "Road-movie" qu'en
l'occurrence Pierre Palmade baptiserait volontiers "Road-play".
Margot (Muriel Robin) en rupture de responsabilités familiales
oppressantes et Claude (Line Renaud) refusant l'impasse d'une maison de retraite,
se rencontrent fort inopinément sur une aire d'autoroute imaginaire
où elles vont être enclines à faire monter les enchères
d'une évasion en duo pour mieux faire les quatre cents coups qu'elles
n'auraient jamais osé s'accorder en solo.
Dire que les deux actrices sont embarquées dans une escapade dont
elles ne peuvent contrôler les motivations originelles est d'autant
plus à porter à leur crédit artistique que ce scénario
improbable à leur personnalité respective leur donne ainsi,
à l'une et à l'autre, l'opportunité exceptionnelle d'un
rôle de composition magistrale en double commande.
Ainsi sur le ring de leurs frasques, jambe souple et droit dans les yeux
de sa partenaire, Line Renaud, à l'aube de ses 80 ans, brûle
d'un feu tellement incandescent que tout à cet enthousiasme expansif,
Muriel Robin, bien dans sa tête et sa silhouette, couve d'un regard
protecteur son aînée avec qui elle a l'inestimable privilège
de jouer ce duel a parité affective.
Alors, au moment même où Claude vient d'être
réélue, à son insu, "Mamie Glaïeuls" dans sa
résidence éponyme stigmatisée comme mortifère,
Line Renaud a l'immense plaisir d'annoncer aux spectateurs du vendredi 16
novembre que Muriel Robin va sans doute emporter le surlendemain à
New York l'"Emmy Awards" du meilleur rôle féminin pour son
interprétation de Marie Besnard, c'est peu de dire qu'à cet
instant la réalité semble rejoindre la fiction en osant prendre
le rêve pour une telle évidence que celui-ci ne pourra dès
lors avoir l'outrecuidance de se refuser.
Theothea le 22 novembre 07
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WEST SIDE STORY
musique
Leonard Bernstein
mise en scène
Jerome Robbins
|
****
Théâtre du
Châtelet
Tel:
01 40 28 28 40
|
 |
Photo ©
Marie-Noelle Robert
|
Pour le retour de West Side Story, cinquante ans après sa
création théâtrale à New York, le véritable
drame est que le mal évoqué, d'une certaine jeunesse
cloisonnée socialement et culturellement dans l'Upper West Side d'alors,
est devenu plus que jamais d'actualité dans les banlieues de l'hexagone.
En effet, au début des années soixante, lors de sa sortie
en France, le film aux 10 oscars apparaissait comme une transposition
sociologique de Roméo et Juliette dans les bas-fonds de Manhattan
avec en couleur locale, la lutte ethnique de deux bandes rivales qui se
disputaient leurs parts d'un territoire balisé.
Mais d'emblée, seul le chef d'oeuvre artistique prenait le pas
sur toute autre considération, tant sa réalisation relevait
de la perfection musicale et chorégraphique. Rapidement chacune des
chansons du livret (Jet song, Something's coming, Dance at the gym, Maria,
America, One hand one heart, Quintet, Tonight, Cool, I feel pretty, Somewhere,
A boy like that, I have a love, Gee Officer Krupke) devenait un succès
à part entière contribuant à la renommée universelle
de cette comédie musicale jamais égalée depuis.
Aussi, face à cette production du 50ème anniversaire
labélisée "originale", il faut dire que la tentation est grande
de se laisser à nouveau emporter par l'émotion originelle que
la mise en scène de Joey Mckneely, ex-danseur et assistant de
Jérôme Robbins à la création, ainsi que la direction
d'orchestre de Donald Chan viennent sublimer dans un théâtre
du Châtelet refait à neuf.
Ainsi, la perspective visionnaire de l'oeuvre étant implicite à
la toile de fond du synopsis, c'est à nouveau la transgression de
l'art qui sera en charge, le cas échéant, du réveil
subliminal des consciences sociopolitiques, et c'est tant mieux ainsi !...
Place donc au lyrisme de Broadway actualisé par les costumes
acidulés de Renate Schmitzer, sous les lumières de Peter Halbsgut
vibrant du bleu au rouge-orangé:
Telles, au balcon d'un Opéra de légende, les voix se
développent, se correspondent, s'enlacent au mieux du choeur des
instruments, alors que les coeurs des chanteurs battent la contre chamade
à l'unisson, au rythme des coups exacerbés par la composition
de Leonard Bernstein et les paroles de Stephen Sondheim.
Oui, c'est bel et bien Tony et Maria qui ne cessent de se courtiser sur
les marches des escaliers de secours dans les arrière-cours des
gratte-ciel de Manhattan, alors que l'abstraction structurée des
décors mobiles de Paul Gallis semble directement renvoyer à
la stylisation esthétique de la fameuse affiche du film mythique.
David Curry et Davinia Rodriguez d'une part, Sean Attebury et Ann McCormack
d'autre part se relaient en alternance pour incarner le couple inconcevable
par les Sharks autant que par les Jets.
Mettant le feu au poudre, le fantasme de cet Amour impossible se heurtera
de surcroît au désespoir d'Anita, qu'elle soit Lana Gordon ou
Vivian Nixon, puisque l'enjeu de la Tragédie a envoyé de profundis
Bernardo (Gabriel Canett) son fiancé et qui plus est, frère
de Maria.
Trois morts au combat de rues viendront au final étayer la thèse
d'irréductibilité des esprits et c'est en désespoir
de cause que se refermera le rideau de scène sur les illusions perdues,
à fleur de peau, dans la re-célébration d'un romantisme
moderne en diable...
Mais au-delà des confusions communautaires et comme un poème
venu des abîmes de la souffrance, s'élève encore et toujours
l'ultime supplique des deux amoureux:
" There's place for us,
Somewhere a place for us,
Peace and quiet and open air
Somewhere.
There's a time for us,
Someday a time for us,
Time together with time to spare,
Time to learn, times to care
Some day!
Somewhere
We'll find a new way of living,
We'll find a way of forgiving,
Somewhere... "
Theothea le 01/12/07
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LES PRECIEUSES
RIDICULES
de
Molière
mise en scène
Dan Jemett
|
****
Théâtre du
Vieux-Colombier
Tel:
01 44 39 87 00
|
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Quand Jean-Marie Bigard ose "Le bourgeois gentilhomme" en jogging fluo
version rap de banlieue, certains crient au sacrilège en fustigeant
les outrances d'une relecture démagogique là où,
néanmoins, d'autres plus intuitifs perçoivent que les syncopes
de l'air du temps peuvent aussi insuffler du feeling à des alexandrins
qui se mettent alors à balancer des vannes incisives grâce
auxquelles ils agissent en pourfendeurs de l'hypocrisie collective.
Ce énième degré de la dérision a ses vertus
autant que ses écueils; aussi pourvu qu'il soit dirigé d'une
main de fer sachant à coup sûr où Molière voulait
toucher juste, il est pertinent que Muriel Mayette, l'Administrateur
général des trois salles de La Comédie Française
ait souhaité, à son tour, que l'une d'entre elles s'essaye
à déverrouiller les règles conventionnelles pour faire
surgir un spectacle phénoménal, tel une bombe à
anticipations.
De toute évidence, Dan Jemmett était le metteur en scène
qu'il fallait au Vieux Colombier pour dynamiter de l'intérieur toute
la préciosité du patrimoine, en pleine conscience que le ridicule
n'a jamais tué quoi que ce soit.
Aussi, en un acte et huit personnages servis par six comédiens
a parité du masculin au féminin, un show psychédélique
digne des "Blues Brothers" surgit en un cabaret à front renversé
des âges si ce n'est des sexes, pour des numéros d'acteurs que
la Cage aux folles n'eût pas osé espérer en bonus.
Catherine Hiegel et Andrzej Seweryn mènent de concert "Les
précieuses ridicules" au tempo effréné d'un bal des
vanités que Catherine Ferran et Serge Bagdassarian ne cessent
respectivement de tirer à hue et à dia.
En père tourneboulé par les modes, Pierre Vial tente de
maintenir coûte que coûte le cap d'une bourgeoisie en quête
du bon parti.
En Madame Loyal, Véronique Vella tire les marrons du feu qu'une
excellente médiatrice se doit de servir aux exigences des parvenus
du grand monde, que celles-ci soient feintes ou non.
Vues en perspective depuis le canapé blanc à tout
négocier, trois cabines d'essayage donneront le change à des
tours de passe-passe que l'énergie des illusions figera en autant
d'arrêts sur images d'ego en rut.
Au final, Molière y trouvera largement son compte, car la salle
se sera tellement esclaffée durant une heure un quart qu'il serait
vain de faire semblant de s'offusquer alors que cette mascarade aura
respecté à la lettre le texte et l'esprit des
Précieuses.
Theothea le 03/12/07
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THALASSO
de Amanda
Sthers
mise en scène
Stéphan Guérin-Thillié
|
****
Théâtre Hébertot
Tel:
01 43 87 23 23
|
 |
Visuel:
extrait affiche
|
Si au-delà d'une cure de Thalasso pouvait se profiler une cure
de jouvence, bon nombre de prétendants aux soins thermaux gageraient
tous leurs espoirs dans un surplus d'amour arraché à l'inertie
de la désespérance.
En outre, si le goût du jeu et du gain aléatoire devait
l'emporter sur toute autre perspective rationaliste, comment ne pas comprendre
qu'une floppée de candidats aux remèdes miracle se retrouvent
gros jean en compagnie d'alter ego à l'infortune éclectique
?
Ainsi, en se côtoyant en salle de soins, Aristide, Jean, Gérard
vont-ils découvrir dans le regard de l'autre, de quel bois fragile
est faite l'armure censée les protéger de l'adversité.
Mais que diable sont-ils venus faire aux fins fonds de la Bretagne pour
accepter de recouvrir de boue vertueuse les corps meurtris à l'aune
de leurs âmes en errance...
Trois femmes tournent et s'agitent autour du trio au point de contrarier
les projets en suscitant de nouvelles ambitions en même temps que de
vaines revanches sur le sort.
Du couple complémentaire au duo mal assorti en passant par le tandem
qui joue avec le feu, tous obéissent aux lois implicites de la
résignation sans jamais parvenir à devenir responsable de leurs
destins.
Gouvernés davantage par des états d'âme plutôt
que par des convictions, les uns et les autres slaloment parmi les
identités en désarroi alors que le cancer tant physiologique
que psychologique les guette au coeur de leur présence existentielle
au monde.
Et pourtant, c'est bien une comédie drôle et touchante qu'a
concocté Amanda Sthers et c'est donc dans le deuxième degré
voir davantage si affinités, qu'elle fait évoluer ses personnages
en les observant enpêtrés dans les mailles d'une toile que ceux-ci
se complaisent à tisser autour d'eux.
Psychiatre, cancérologue et autre chômeur s'y débattent
dans l'humour noir et le cynisme, au point d'en paraître paradoxalement
bons vivants.
Josiane, Alexa ainsi que l'esthéticienne seront-elles en mesure
de les arracher à cette dépression latente alors qu'ils
évoluent tous ensemble, accoûtrés en des peignoirs blancs
uniforme, au rythme d'un temps pseudo thérapeutique, suspendus entre
vie et mort ?
Là où Eric-Emmanuel Schmitt aurait pu rêver de
transcendance, Amanda Sthers renvoie à des caricatures de chair et
d'os, le cas échéant vainqueurs d'un concours à une
cure totalement gratuite.
Dans un décor à dominante bleu piscine avec cabines de bains
assorties, Gérard Darmond, Thierry Fremont et Jean-Philippe Ecoffey
se livrent à un jeu de société où chacun teste
l'atavisme mâle de ses partenaires dans sa relation avec le sexe
opposé alors qu'en arrière-plan la maladie, le conditionnement
et le quant-à-soi se disputent ce qu'il reste des consciences en
déroute.
C'est pourquoi chacun faisant ce qu'il peut avec son poids du fardeau
humain, le metteur en scène tend une main amusée mais bienveillante
à tous ceux qui voudraient passer de l'autre côté du
mouroir.
Theothea le 07/12/07
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LA NUIT DE VALOGNES
de
Eric-Emmanuel Schmitt
mise en scène
Régis Santon
|
****
Théâtre Silvia
Monfort
Tel:
01 56 08 33 88
|
 |
Photo ©
Philippe Guerillot
|
En interrogeant le mythe de Don Juan à la lumière nocturne
d'un manoir perdu dans la lande normande, le dramaturge, romancier, philosophe
et cinéaste Eric-Emmanuel Schmitt signait, il y a 15 ans, sa
première pièce de théâtre.
En y convoquant cinq femmes de conditions sociales diversifiées
et de tous les âges, c'est au ban des accusés que l'anti-héros
allait se trouver confronté en un procès d'intentions.
Tout de blanc vêtues, telles des nonnes, toutes avaient été
successivement séduites puis bafouées par le démiurge
qui leur avait dérobé l'innocence.
Le temps d'une nuit, l'auteur confronte les arguments à charge
et à décharge tant du conquérant que de ses supposées
victimes de l'Amour.
Après Avignon Off 2007, cette nouvelle création de Régis
Santon s'est installé pour deux mois au Théâtre Silvia
Monfort, dont il est à signaler l'heureux agrandissement de la
cafétéria au profit d'un nouveau local d'accueil au public.
Alors en duchesse meneuse de revue, son épouse Marie-France Santon
dirige les débats contradictoires que la comtesse (Anne Jacquemin)
et autre Mademoiselle de la Tringle (Stéphanie Lanier) vont instruire
à l'égard d'un Don Juan (Bernard Malaka) tellement coopératif
qu'il en vient à renverser, quasiment à son insu, les preuves
du forfait.
En effet, dès qu'elle semble toucher au but, la démonstration
de culpabilité s'inverse du masculin au féminin, tel un boomerang
lié aux lois immanentes de la dialectique érotique.
A cet exercice cérébral, Angélique (Vanessa Kryceve)
est l'émissaire idéale qui se rebelle autant qu'elle succombe
à l'instar de la chèvre de Monsieur Seguin qui aurait vaillamment
lutté toute la nuit pour sa survie.
En revanche, renonçant définitivement à un dieu qui
l'aurait abusée, Hortense la Religieuse (Camille Cottin) prendra une
décision cohérente en conscience.
D'ailleurs si de manière concomitante, le paon adoré de
la duchesse s'est tué en tentant crânement de s'envoler du balcon
de son appartement, cette tentative mégalomaniaque devrait servir
de leçon universelle afin d'éradiquer toute mythomanie.
Theothea le 10/12/07
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