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FIGARO DIVORCE
de
Ödön von Horvath
mise en scène
Jacques Lassalle
|
****
Comédie
Française
Tel:
08 25 10 16
80
|
 |
Photo ©
Cosimo Mirco Magliocca
|
Le rideau s'ouvre sur les ténèbres d'une nuit et dans cette
obscurité se détachent les silhouettes de 2 couples en fuite,
l'un aristocratique le Comte et la Comtesse Almaviva, en tenue du 18ème
siècle, l'autre leurs valets Figaro et Suzanne, vêtus de
manière moderne, établissant ainsi par le costume un lien entre
le Figaro de Beaumarchais qui laissait son héros à la veille
de la Révolution Française et un XXème siècle
de l'entre-deux-guerres, quelque part en Europe.
Passant une frontière et déchus de leurs rangs, les aristocrates
voient leurs repères s'écrouler et se sentent perdus.
Quant à Figaro, il veut profiter de la situation pour voler de
ses propres ailes, briser l'état de servage et devenir son propre
maître; il décide de devenir barbier et avec sa femme Suzanne
achètent, dans ce nouveau pays, un salon de coiffure.
Ayant rompu les liens avec un pouvoir monarchique, le débrouillard
Figaro est cependant victime à son tour du nouveau système
petit-bourgeois qui le met dans une servilité vis-à-vis de
ses clients et bientôt, voulant assurer un bien-être matériel,
ne pense plus qu'à son travail, refuse l'enfant que désire
Suzanne et sombre dans un état d'aliénation dont Suzanne à
son tour voudra se libérer.
Elle le trompera afin d'avoir un motif de divorce et fuir cette existence
qu'elle juge étriquée et sans envergure.
Fuite, déchéance, rupture, exil et, après tous ces
échecs, retour au pays pour constater que le château des Almaviva
est devenu un camp pour pupilles de la nation aux relents hitlériens
où Figaro puisera les moyens de servir une nouvelle cause pleine d'utopie.
Dans cette pièce d'Horvath, entrée au répertoire
de la Comédie Française, tout l'univers de l'auteur s'y
décèle, lui-même honni par le régime nazi, sur
le chemin de l'exil et voulant émigrer aux Etats-Unis, mourra
foudroyé, le 1er juin 1938, à Paris devant le théâtre
Marigny ...une véritable ironie du sort !
Emportés par un mouvement incessant, les personnages doivent
réagir à l'histoire troublante des années 30 mais la
mise en scène de J. Lassalle les statufie parfois un peu trop.
Grâce à une plate-forme tournante, nous assistons à
des saynètes cinématographiques à l'atmosphère
sombre et parfois inquiétante, station de sport d'hiver, salon de
coiffure, club de jazz, cabaret berlinois (saluons Loïc Corbery en juriste
féminine sur talons hauts), aire de jeux aux allures fascistes, qui
nous embarquent dans des pérégrinations à travers un
monde en crise menacé par le totalitarisme.
Une très bonne distribution, d'un Michel Vuillermoz débonnaire
et caméléon, d'une Florence Viala en Suzanne
déterminée, un Bruno Raffaelli en comte un peu las ou un Denis
Podalydès en intendant véreux, fait de cette pièce acerbe
une réussite.
Cat.S pour Theothea.com le 17/06/08
|
SACRE NOM DE DIEU
de Arnaud
Bédouet
mise en scène
Loïc Corbery
|
****
Théâtre de la
Gaité Montparnasse
Tel:
01 43 22 16 18
|
 |
Visuel affiche LD.
Presse
|
De "Gustave et Eugène" créé à Nice en 1996,
pour assurer ensuite une longue résidence au Théâtre
Hébertot, jusqu'à "Sacré Nom de Dieu" joué au
Théâtre de la Gaîté Montparnasse en cet été
2008, se profile le même auteur Arnaud Bédouet qui, s'inspirant
de la correspondance de Gustave Flaubert, donne à l'acteur Jacques
Weber l'opportunité d'endosser l'esprit et la carcasse d'un personnage
haut en couleur et fort en gueule.
S'offusquant du conformisme et du manque d'envergure de ses contemporains
même célèbres, Gustave Flaubert y vitupère contre
les institutions et à l'endroit de tout ce qui viendrait contrarier
l'authenticité de la pensée.
Jacques Weber reprend à son compte ces colères sourdes et
ces emportements en cascade de façon à son tour, à purger
la société humaine de tous ses faux-semblants.
Cependant à 12 ans d'intervalle, l'auteur renoue avec son texte
initial pour en modifier la situation relationnelle en réintroduisant
un partenaire dans le champ d'investigation.
En effet, si celui-ci s'appelait "Eugène" et avait le statut de
jardinier à l'époque, l'interprétation de Jacques Weber
l'avait alors constitué en interlocuteur fictif face auquel il pouvait
extérioriser tous ses ressentiments.
Dans la version actualisée, il s'appelle désormais "Marie"
et s'affiche en confidente (Magali Rosenzweig) de l'écrivain,
effectivement présente à ses côtés de façon
à arrondir les angles d'une rébellion souvent trop
dévorante.
En confiant le passage de témoin à un jeune metteur en
scène pour transformer un rôle miroir évoluant du "masculin
virtuel" au "féminin tangible", l'auteur abandonne ses prérogatives
de 96 afin que Loïc Corbery, par ailleurs pensionnaire déjà
fort remarqué à la Comédie-Française, puisse
en diriger une nouvelle création qu'il assume avec un goût fantasque
pour la pénombre et des jeux de lumières irisées.
Ainsi, ces focalisations ponctuelles de luminosité vont-elles lui
permettre de pénétrer au plus près de l'intimité
du personnage de "Flaubert" pour tenter d'en appréhender
l'universalité des flux de tourmente qu'une nuit de tempête
et d'orage va catalyser et exacerber en éclairs de génie.
Aussi, c'est dans l'épaisseur du verbe que Jacques Weber pourra
canaliser toute son énergie physique de manière à faire
éclater les artifices des normes convenues.
Ce "Sacré nom de Dieu !" va résonner aux oreilles comme
un flot de jurons éructés par un improbable capitaine Haddock
alors que les forces de la nature tenteraient de résister aux affects
féminins du comédien valeureux renonçant à être
seul sur scène.
Theothea le 19/06/08
|
LE CABARET DES
UTOPIES
du groupe Incognito
scènographie
Jane Joyet
|
****
Théâtre de la Cité
Internationale
Tel:
01 43 13 50 50
|
 |
Photo © Elizabeth
Carrechio
|
En ce mois de juin 2008, le groupe "Incognito" ne peut pas passer
inaperçu à la Cité Internationale car vu, les
pétarades idéologiques et alchimiques qu'ils concoctent dans
"La galerie", il faudrait être sourd et aveugle pour penser que la
langue de bois, le consensus diplomatique et la pensée unique puissent
venir à bout des plans sur la comète que ses membres font monter
en fusion, in vivo.
Ceux-ci, issus de l'Ecole du Théâtre National de Strasbourg
créent depuis le début du XXIème siècle en
résidence au sein de la Maison du Comédien "Maria Casarès",
des spectacles où sont mis à profit à la fois l'autonomie
du travail de l'artiste ainsi que l'expérience de la création
collective.
Liant textes et chansons de chacun des participants, la mise en scène
est ainsi le fruit d'une élaboration dialectique.
Pour le "Cabaret des utopies" datant de 2004, c'est la trentaine
d'années en moyenne qui fut le vecteur initial d'une interrogation
commune : "Est-ce que notre génération a encore de grands
rêves ?".
Ils y répondront, tous azimuts, par une problématique
fondatrice:
"Bien, est-ce qu'il y a encore des questions dans la salle ?"
En effet, c'est ainsi que débute le show déjanté,
précurseur de toutes les ouvertures sur un monde meilleur
. au
terme d'une conférence où les intervenants, experts et autres
spécialistes ès utopies, n'auraient réussi qu'à
susciter la perplexité et la confusion dans leur auditoire.
2 musiciens, 1 scénographe, 1 éclairagiste, 1 marionnettiste,
8 comédiens(ne)s vont alors s'ingénier à tirer parti
de la magie du cabaret pour laisser surgir un imaginaire fantasque prêt
à emporter la fragile cohérence de toute certitude au profit
d'une conviction fédératrice :
"Soyons tous d'accord avec moi
. Je te mange les seins comme un fou
dans un champ de blé sous le soleil de mes pulsions
."
Theothea le 12/06/08
|
AVEC DEUX AILES
de Danielle
Mathieu-Bouillon
mise en scène
Anne Bourgeois
|
****
Petit
Théâtre de Paris
Tel:
01 42 80 01 81
|
 |
Visuel affiche
LD. Presse
|
Si l'on pense à Véronique Jannot avec deux "L", la
première idée qui puisse venir, c'est bien entendu "belle"!
"Belle" comme son sourire, comme son enthousiasme, comme son énergie.
Si l'on extrapole cette projection "Avec deux ailes", la comédienne
reste totalement raccord avec cette image pleine de vie, mais si le thème
de la pièce s'empare d'un territoire spirituel souvent parcouru par
Eric Emmanuel Schmitt, l'étude de Danielle Mathieu-Bouillon nous
apparaît ici plus prosaïque et surtout le traitement
scénographique qui en est fait par Anne Bourgeois trop "terre à
terre", si l'on pouvait se permettre ce paradoxe.
L'intuition principale de ce conte théâtral est donc que
lorsqu'il quitte la vie, l'être humain a l'opportunité de devenir
enfin lui-même.
Cette faculté va lui être accessible lors de son passage
momentané dans un sas de décompression du temps et de l'espace
que certains appelleraient "purgatoire" et qu'Eric-Emmanuel Schmitt, lui,
avait autrefois intitulé, "L'Hôtel des deux mondes".
Veillant à ce transfert, un ange gardien supervise l'expérience
initiatique qui pourrait trouver son aboutissement en une dissolution
complète de l'identité, jusqu'au nom et prénom de l'individu
en transit.
Cet entre-deux devrait être considéré comme une chance
unique de gagner la vie éternelle en se détachant de toutes
les contingences d'ici-bas, qu'elles soient affectives ou matérielles
afin de s'ouvrir exclusivement à l'universel.
Marc Fayet, l'ange va donc accompagner Véronique Jannot, la victime
d'un accident de la route pour effectuer ce bout de chemin devant la mener
du regret de sa vie terrestre à l'aspiration du Nirvana.
Cependant là où l'on s'attendrait à une démarche
se dirigeant vers l'abstraction conceptuelle, la metteur en scène
ramène en permanence l'intention de l'auteur et l'évolution
de son enjeu, à proprement parler métaphysique, vers des supports
technologiques de communication, téléphone portable, cabine
téléphonique, antenne, écran vidéo etc.
qui, par leur utilisation fébrile, ont une fâcheuse tendance
à concrétiser la parabole au moment même où il
faudrait la transgresser.
Sans prétendre à l'épure de Claudel, il nous semble
que la réalisation de ce projet thématique aurait beaucoup
gagné à s'extraire du gag complaisant pour faire davantage
confiance au sentiment de plénitude qui, de toutes évidences,
habite Véronique Jannot.
Theothea le 11/06/08
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UN PEDIGREE
de Patrick
Modiano
par
Edouard Baer
|
****
Théâtre de l'Atelier
Tel:
01 46 06 49
24
|
 |
Photo DR.
presse
|
De Patrick Modiano à Edouard Baer, il n'y aurait que la distance
du Théâtre, ce lieu et ce temps privilégiés où
il serait possible d'être et d'avoir été
Et pourtant comment avoir la nostalgie d'une époque qui aurait
rendu prisonnière la jeunesse du narrateur en raison du rejet affectif
incompréhensible de ses parents mais qui, en se résolvant au
seuil de ses soixante ans sous forme de biographie romancée, en aurait
perçu a posteriori la vertu magnifiquement libératoire acquise
à sa majorité légale ?
C'est la voix neutre et posée d'un comédien inclassable
épousant au plus près les circonvolutions d'une éducation
rébarbative ainsi subie qui pourrait en percevoir l'immense
déception réitérée à chaque nouvelle
décision d'exclusion.
Aussi, confrontée aux vicissitudes d'un internat sans
échappatoire, la destinée ne pourrait que s'alléger
au terme de ce bizutage à l'échelle d'une jeunesse
désaffectée et c'est donc dans l'inutilité du pathos
poussé jusqu'à l'absence de ressentiment que l'auteur offre
au comédien ce texte concis à l'extrême où aucune
douleur n'affleure autre que celle d'être passée à
côté d'un temps définitivement perdu pour le bonheur.
Qu'en adviendra-t-il au-delà de ces vingt années ? C'est
une autre histoire, celle de l'écrivain révélé
à lui-même au-delà de ce "Pedigree" qui aura donc su
séduire Edouard Baer au point d'oser prendre à contre-pied
son image de touche-à-tout médiatique à qui tout
réussi.
Il faut dire qu'en animant récemment les soirées d'ouverture
et de clôture du 61ème Festival de Cannes, l'artiste avait su
adopter la juste mesure tout en restant néanmoins disponible à
l'immédiateté d'une réplique imprévue.
Ici, sur le plateau totalement dénudé du Théâtre
de l'Atelier à l'exception d'un bureau, d'une chaise et de quelques
feuillets, rien ne saurait transparaître du faiseur de génie
et c'est donc sur le registre de la sobriété sans faille que
cette lecture, interprétée sur les planches telle une
réminiscence à haute voix, trouve à la fois sa raison
d'être en même temps que son constat brut d'avoir
été!
Même l'ovation que lui réservent les spectateurs pourrait
apparaître comme superfétatoire à l'attitude
délibérément réservée du comédien
mis en scène par lui-même. Une réussite exemplaire.
Theothea le 20/06/08
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NEIGE
de Maxence Fermine
mise en scène
Stéphanie Loïk
|
****
Théâtre Artistic
Athévains
Tel: 01 43 56 38 32
|
 |
Photo
© Claire Besse
|
Selon une étrange démarche de pachyderme investissant un
poème de porcelaine, Stéphanie Loïk dessine, en esquisses
paradoxalement courbées par la rigidité des bras, des
circonvolutions syncopées destinées à illustrer la
musicalité des Haïkus que Yuko Akita aurait composés dans
un Japon d'un XIXème siècle finissant.
De stations arrêtées en pauses professorales, un chemin
d'initiation épique parcourt le plateau du Théâtre Artistic
Athévains d'où émerge peu à peu une sensation
de blancheur vertigineuse sur laquelle, tel en équilibriste des mots,
se glisse une corde tendue entre deux versants abrupts des Alpes
Japonaises.
Au fond du gouffre se trouverait, depuis des lustres, le corps d'une jeune
fille prisonnière des glaces éternelles alors même que
la beauté diaphane de sa mémoire n'aurait fait que croître
au fil de la Légende.
C'est ainsi que la mélancolie sérielle de Jacques
Labarrière donne au piano les traces d'une respiration infinie que
la comédienne s'applique à psalmodier au mieux des fondus
enchaînés.
Cependant qu'à la recherche de l'idéal au sein des pinceaux
de l'art poétique, c'est l'absence absolue de couleur qui se renvoie
en écho du conte philosophique de Maxence Fermine.
L'épure sera donc le gage de la cime à atteindre par l'artiste
du verbe si, selon l'auteur, sa destinée le porte à devenir
"funambule" plutôt qu' "acteur" à l'image de la plus grande
part de l'humanité.
Theothea le 27/06/08
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