Les
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18ème
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Chroniques 18.076
à
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COMME UN ARBRE PENCHE
de
Lilian LLoyd
mise en scène Jean-Luc
Tardieu
|
****
Théâtre
La Bruyère
Tel
01 48 74 76
99
|
Un titre intrigant, un texte écrit sous limpulsion initiale
de Michel Leeb, un cycle de plusieurs années pour parvenir à
monter ce projet théâtral, un acteur emblématique et
enfin un metteur en scène expérimenté prêt à
relever le défi de diriger cette quête à rebours dune
amitié perdue au nom de lAmour
et puis cet accident de
la vie qui réunit davantage quil ne sépare !
Bref, de multiples éléments qui mettent leau à
la bouche de ceux qui savent lire entre les lignes en ayant lintuition
de dénicher la perle théâtrale de lannée
! En effet, cet arbre penché avait tout dun grand moment
annoncé au-delà du ronronnement scénographique bruissant
des chevaux attelés aux succès garantis !
Oui, mais voilà, le pressentiment, aussi fondé soit-il,
peut aussi laisser place à limmense déception de
navoir vraiment pas adhéré à la représentation
virevoltante dun personnage gesticulant et soliloquant quatre-vingt
minutes durant devant son ex-ami en « loocked-in
syndrom ».
Réduit quasiment à létat végétatif,
ce dernier naura dautre échappatoire que
dapparaître exclusivement dos au public; en pratique seule sa
surface capillaire sera perceptible de la salle !
Mais tout ceci naurait guère dimportance, puisque le
fond de laffaire ne serait que pure amitié retrouvée
après douze ans de fâcherie à la suite dune
rivalité amoureuse focalisée sur une certaine Claire. Le temps
des retrouvailles ayant enfin sonné, en raison dun accident
avec tétraplégie à la clef, cest donc aux sources
de lamitié que les véritables valeurs humaines devraient
être retrouvées.
A ceci près que le ton de la direction dacteurs et de
linterprétation balayent toute considération de dignité
et de comportement à la hauteur dun tel enjeu, en
préférant la transgression bassement comique de façon
à divertir, divertir et encore divertir !
Ce nest dailleurs pas tant ce point de vue de mise en scène,
tout à fait légitime par ailleurs, que nous stigmatisons mais
plutôt limpression générale de se sentir happé
par une farce au goût fort douteux où un acteur peut jouer le
rôle dun handicapé à 100% durant lentière
représentation sans que le public ait conscience de son incarnation
physique car celle-ci naurait dautre objectif que de satisfaire
au contrechamp type « cinématographique »
nécessaire au confort ludique de son partenaire
en boucle orale
sur lui-même !
Cette transgression implicite des codes du spectacle vivant nous est,
pour le moins, apparue problématique en soi ! Cependant à
chacun dapprécier cette posture de scénographie
in-existentielle
à décoder au mieux disant
logorrhéique !
Theothea le 29/01/13
|
LES UNS SUR LES
AUTRES
de Léonore Confino
mise en scène
Catherine Schaub
|
****
Théâtre de
La Madeleine
Tel
01 42 65 07
09
|
De « Building » à « Les uns sur les
autres » en passant par « Ring »,
lécriture de Léonore Confino sintéresse
au domaine sociétal en lui rendant sa part dhumanité
toujours si proche de la vulnérabilité et du vacillement.
Quune famille « tuyau de poêle » se donne
en objet dobservation selon une coupe transversale et voilà
que les rôles stéréotypés de père, mère,
fils et soeur se projettent autour de la table familiale dans un chaos dont
personne ne détient les clefs.
Et pourtant, branchés aux données numériques permettant
de résoudre nimporte quelle problématique issue des nouvelles
technologies, les deux ados rivalisent en coups pendables censés maintenir
lattention des adultes bien au-delà du seuil de bienveillance.
Par ailleurs, sajoutant au modus vivendi farfelu de cette
maisonnée à trois niveaux, la présence incontrôlable
du grand-père (Pierre Vial) handicapé corse, à elle
seule, lautonomie de chacun.
Toutefois rien ne semble pouvoir suspendre, ne serait-ce quun instant,
lanorexie transparente de lune (Marie Petiot), les
expérimentations sauvages de lautre (Benjamin Witt), le courant
dair à trace continue laissé par le pater familias (Olivier
Faliez) absent pour réunionite au CNRS, si ce nest lappel
à laide, proféré en cycles quotidiens par la
mère des batailles : « A table » !
A limage de laffiche du spectacle, cest donc bel et
bien un véritable sac de nuds qui maintient losmose de
cette famille lambda, forcément dépositaire dun lourd
secret paralysant, au plus profond du patrimoine génétique
commun, son flux vital et affectif par un ensemble de comportements aberrants
et destructifs.
Cependant, la lumière sera au bout du tunnel inconscient; il suffira
quun pion du maelström sorte du jeu pour quune lettre
testamentaire éclaire dun jour nouveau le blocage ancestral
et quainsi les pendules de la destinée se mettent de nouveau
en phase avec la cohérence familiale.
Agnès Jaoui est en quelque sorte le métronome de cette fable
scénographique où la truculence se disputerait aisément
avec Les Groseille de service, si seulement la vie pouvait être un
long fleuve tranquille !
Theothea le 30/01/14
|
ROMEO ET JULIETTE
de William
Shakespeare
mise
en scène Nicolas
Briançon
|
****
Théâtre
de la Porte Saint-Martin
Tel
01 42 08 00
32
|
|
photo © ARTCOMART Victor Tonelli
|
Après « La nuit des Rois » au Comedia et
« Le songe dune nuit dété »
déjà à La Porte Saint- Martin, cest comme en point
dorgue dune trilogie shakespearienne que Nicolas Briançon
a mis en scène son « Roméo et Juliette »
à la manière du 7ème Art revisité tel
« Le Parrain » dHollywood sur scène !
Ambiance Mafiosi pour les Capulet - Montaigu, Romantisme branché
West Side concernant les deux tourtereaux ainsi quorchestre tzigane
en toile de fond pour cette aventure haletante sans cesse
réitérée, cest donc en dominante noir et blanc
que le modernisme classieux va saffronter aux atavismes amoureux
contrariés, par nature
forcément éternelle !
Lui, Niels Schneider, elle, Ana Girardot vont se livrer au baptême
du feu, celui de lAmour Passion que rien narrête, pas
même le caractère aléatoire de la destinée faisant
basculer limbroglio familial dans le tourbillon dramatique alors
quun simple grain de sable aurait fort bien pu en décider autrement
! Toutefois alea jacta est !
Au sein dun décor neutralisé au gris feutré,
des volets latéraux glissent en fondu enchaîné, des cloisons
savancent et reculent en profondeur de champ, un lit baladeur circule
en va-et-vient telle une mise au point relative entre
« balcon » transgressif, « couche »
nuptiale et « cercueil » symbolique; ainsi tous ces
éléments de langage scénographique concourent à
incarner la boîte magique, cet assemblage de poupées russes
se fédérant en caméra scrutatrice interne comme si
loeil était dans la tombe et regardait Roméo et Juliette
!
En effet, écrite davance, cette histoire nous remue au plus
profond de nous-mêmes car Shakespeare a su la rendre métaphorique
par le lyrisme de sa langue et, à tout seigneur tout honneur, Nicolas
Briançon, lui, a le talent et lhumilité den tirer
profit spectaculaire et sensible !
Elégant, allégorique et emblématique comme le fameux
bal dansant, cest-à-dire celui de toutes les rencontres, le
flux tendu entre Amour absolu et forces antagonistes autant
quarchaïques, flirte néanmoins avec les compromis de la
diplomatie toujours prête à sauver les apparences.
Cest notamment Valérie Mairesse qui, ici, est en charge de
prendre sur elle pour attirer les foudres du ressentiment mêlé
au ridicule qui pourrait ne pas tuer ! Cest aussi Bernard Malaka qui
tente désespérément, en dernier ressort, ces coups de
dés, hésitant entre fatalité et espoir infini.
Bref, un spectacle magnifique, élevant « haut les
curs » et où chacun, paradoxalement, sort gagnant
du réalisme exacerbé
après avoir été
la proie des rivalités adverses !
Theothea le 02/02/14
|
EDITH S.
de
Maryse Wolinski
mise en scène Marylin
Alasset
|
****
Théâtre
Dejazet
Tel
01 48 87
52 55
|
Si la destinée devait se construire dans lentendement, il
est certain que les déterminations successives dEdith Stein
illustreraient un parcours de vie que ladversité aurait forgé
à coups de renoncements, dadaptations et même de revirements
!
En superposant le visage de Sur
Thérèse-Bénédicte de la Croix tout en le
décalant, par élévation, de celui de la comédienne
Géraldine Danon, le navigateur et, néanmoins, portraitiste
Titouan Lamazou, en loccurrence ici affichiste, exprime avec grâce
la douce schizophrénie théâtrale qui consisterait à
habiter un personnage tout en laissant celui-ci planer au-dessus de nos
têtes, cest-à-dire celle du public en général
et celui de linterprète en particulier.
Pas déchappatoire en effet, sur la scène du
Théâtre Dejazet, Edith et Géraldine ne forment quune
seule et même personne, alors quautour delle dautres
saffairent à essayer de lui faire changer de cap, dopinion
et même de principe de vie.
Reprenons donc le cours de cette histoire sainte scénographiée
par Maryse Wolinski:
Juive pratiquante par origine familiale, voici un premier pas de
côté à ladolescence rebelle en devenant athée
convaincue; puis la Philosophie ayant pris le pas du fil conducteur de sa
vie, Edith S. devra renoncer à lenseignement supérieur
en raison de lactivisme
nazi et faire, en parallèle, un nouveau saut de côté
en se convertissant au catholicisme.
Par la suite, sous la pression persistante de la censure professionnelle,
cest une étape encore plus radicale qui lentraînera
à briguer le Carmel, comme point culminant de lascèse.
Cest alors paradoxalement en tant que carmélite, que Sur
Thérèse-Bénédicte renouera avec son peuple
dorigine, en une osmose transcendée des deux religions, Juive
& Chrétienne.
Déportée et gazée à Auschwitz, Edith S. sera
finalement canonisée en 98 et sanctifiée en 99 par Jean-Paul
II.
Sur les planches du Dejazet, Géraldine Danon semble comme en
lévitation dans ce rôle quelle incarne avec une conviction
profonde transparaissant en permanence dans le regard quelle porte
sur son environnement contingent, ses partenaires et, sans aucun doute, sur
les spectateurs fascinés par tant de déterminisme irradiant.
Theothea le 04/02/14
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LES FAUSSES
CONFIDENCES
de
Marivaux
mise en scène Luc
Bondy
|
****
Théâtre
de L'Odéon
Tel
01 44 85 40
40
|
Après 15 jours de représentations, cette création
de Luc Bondy, nouveau directeur de lOdéon, est sans aucun doute,
sortie de sa période de rodage et de mise en place définitive
de réalisation.
Aussi pour lapprécier à sa juste mesure, deux options
souvrent à notre analyse : La première consisterait à
sappuyer sur le texte de Marivaux et les notes dintentions du
metteur en scène.
La seconde pourrait être de se référer exclusivement
à nos observations et impressions durant les deux heures un quart
de spectacle.
Une synthèse de ces deux points de vue pourrait être
envisagée à la lumière des critiques déjà
parues.
A vrai dire, ce canevas dapproche pourrait fort bien sappliquer
à chaque compte-rendu théâtral mais sil nous tente
dy recourir ici, cest quil nous semble y avoir grand
écart entre les deux options initiales citées plus haut.
En effet, point de doute, « Les fausses confidences »
est un chef duvre littéraire de diplomatie, de
subtilités et de décalage permanent entre le but poursuivi,
lAmour et les résultats contradictoires obtenus. Que Luc Bondy
ait une pleine conscience de cette richesse à exploiter sur scène
est également une évidence à la lecture de ses intentions.
Certes, mais voilà, le parti pris de direction des acteurs ne cessera
de surprendre
. à la grande satisfaction ou non des observateurs
critiques.
De manière générale, le jeu est nerveux, saccadé
entraînant des comportements déphasés voire quasiment
à contre-pied. Tout se passe, comme si les comédiens étaient
en situation enivrée de happening où tout peut arriver à
chaque instant
alors que, bien entendu, aucun des gestes, aucun des
déplacements, aucune de leurs intonations ne sont laissés au
hasard.
Bref, une mise en scène calculée, millimétrée,
et même sophistiquée suscitant en son for intérieur comme
un écho davant-garde branchée
. mais aussi comme
une étrange impression dabandonner, à tort ou à
raison, lidéologie traditionnelle du Marivaudage à chaque
virage effectué en dérapage contrôlé.
Ainsi chahuté dans sa perception immédiate, le spectateur
a le choix de se laisser happer par les circonvolutions des comédiens
esquissant la transe des sentiments débridés au prorata des
confidences jetées en pâture.
Au hit-parade de ces tours de piste, Bulle Ogier remporte haut la main
le trophée de lhilarité consensuelle. En Arlequin fantasque,
Jean-Damien Barbin tire à merveille son épingle de ce jeu
délibérément loufoque.
Tous sont au diapason dune perpétuelle redistribution des
cartes du Tendre, à vitesse accélérée dun
film faussement muet, tellement on y parle argent avec le non-dit de
lAmour.
Alors bien sûr, il y a sur la scène en losange
savançant dans les premiers rangs de lorchestre, la star,
lunique
tellement habituée depuis des années au
plateau de lOdéon, celle qui par son incomparable présence
se moule a volo dans les directives de son metteur en scène du moment,
tout en maintenant son superbe mystère : Isabelle Huppert !
Et pourtant, par quel curieux stratagème de linconscient
a-t-on la sensation de voir Blanche-Araminte, ressuscitée du «
Tramway » nous revenir en boomerang hystérisé dun
au-delà du plaisir exacerbé, en réplique à Dorante
(Louis Garrel) ?
Si telle devait être la problématique de lAmour dans
son droit de suite, ce serait en priorité celle des spectateurs affichant
« complet » durant deux mois à lOdéon
!
Cest dailleurs bien, dans cette perspective, quil faudrait
lire lensemble des critiques parues depuis la Première, car
limmense majorité est prête à valoriser la mise
en scène de Luc Bondy, pourvu que celle-ci permette de jouer, de tout
son saoul, avec La Star.
Theothea le 05/02/14
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