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COMME UNE PIERRE QUI
...
d'après Greil Marcus
mise
en scène Marie Rémond
|
****
Studio
Théâtre Comédie
Française
Tel
01 44 58 15 15
|
|
photo © Simon Gosselin, coll.
Comédie-Française
|
Ô Temps suspend ton vol et concentre-toi sur le geste artistique
dune génération, dune époque, dun
moment privilégié, dun instant unique, celui dune
chanson mythique en train déclore à la vie sous la
maïeutique de très jeunes musiciens alors quasi inconscients
de la portée universelle que provoqueront, à rebours, leurs
motivations créatrices ainsi à la croisée de leurs chemins
de traverse respectifs avec Bob Dylan en démiurge révélateur
dun texte novateur à exprimer dans lurgence des temps
qui avaient donc bien changé !
Like a Rolling Stone ou comme « un Napoléon en
haillons », il faudra bien que de prises en prises, de
tatônnements en étonnements, selon le récit de Greil
Marcus, ce jour-là de 1965, naisse dans le cocon du studio
denregistrement A de Columbia Records ce qui allait devenir, pour certains,
la plus grande chanson de tous les temps !...
Folk ? Rock ? Country ? Guitare acoustique ou électrique ?
Quimporte le label estampillé « chef
duvre » pourvu que les happy few du happening aient
la certitude davoir, lors de cette cession denregistrement, atteint
létat de grâce et ainsi rejoint à jamais les anges
de lindicible absolu !
En leader charismatique intouchable, Stéphane Varupenne incarne
à merveille lâme du guitariste Mike Bloomfield comme
sil était mu par les moues tellement expressives dun Jim
Morrison sabandonnant à un génial jet lag Tchekhovien
!
Sébastien Pouderoux est, à lui seul, sujet et visionnaire
de la mise en scène partagée avec Marie Rémond : En
Bob Dylan affranchi de toute imitation singée, le pensionnaire du
Français, lui, se positionne demblée dans lacte
de création en pleine élaboration collective. Se laissant
délibérément happé par « La Pierre
qui roule
», le comédien en recherche sans cesse tous
les angles dattaque victorieuse !
Loin dêtre exclusivement les faire-valoir de lIdole
dont Joan Baez avait, déjà à cette époque,
catapulté laudience internationale, les trois musiciens de studio,
Al Kooper, Bobby Gregg & Paul Griffin vont contribuer grandement à
laccouchement de son Tube existentiel en laccompagnant dans tous
les méandres de ses subtilités mélodiques.
Christophe Montenez, Gabriel Tur & Hugues Duchêne se doivent
de raffiner en jouant à la fois profil bas devant le monstre sacré
et son leader acolyte, tout en faisant, du mieux possible, respecter les
compétences professionnelles de leurs rôles.
Enfin, celui qui na pas hérité du plus valorisant,
le producteur Tom Wilson officiant la plupart du temps hors-champ du studio
denregistrement, cest Gilles David qui sy colle en jouant
la montre marketing tout en ayant bien conscience que cest aussi, et
surtout pour lHistoire, celle de la Culture Musicale !
Bob Dylan et son band dorigine, cest « 50 years
after » L'An 01 du Rock au Studio-Théâtre de La
Comédie- Française avec un sacré bon groupe de musiciens
dans une performance Top Like a Rolling Stone !
Theothea le 17 septembre 2015
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LE PHILOSOPHE ET LA
PUTAIN
de Jacques Rampal
mise
en scène Elsa
Royer |
****
Théâtre
13
Tel
01 45 88 62 22
|
|
photo
© Dominique Journet
|
prochainement
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LES AMBITIEUX
de Jean-Pierre About
mise
en scène Thomas Le Douarec
|
****
Théâtre
14
Tel
01 45 45 49 77
|
Dire que « lambition » est la motivation essentielle
qui permettrait à quatre employés de lentreprise lambda
de damer le pion à leur cher Président serait déjà
en soi un point de vue tellement illusoire quil est sans doute plus
réaliste dy substituer labus de pouvoir
généralisé à toute léchelle
hiérarchique de lorganigramme.
En effet, au cur dune maladie chronique qui aurait rongé
tous les rouages de la chaîne productive ainsi que bureaucratique,
Jean-Pierre About en auteur fort expérimenté sur le monde salarial,
puisquil a été lui-même chef dune grande
entreprise nationale, est bien décidé à ne pas voiler
par ses pièces la face des spectateurs.
Mais, bien entendu, mieux vaut en rire et cest bien dans cette
perspective fort réjouissante que son écriture se met au service
de toutes les bassesses et cruautés développées à
souhait dans lénorme imbroglio des rapports de force exercés
par lensemble de nos alter ego.
Au théâtre 14 et à cinq partenaires bien
décidés den découdre avec la pression que tous
les collègues secrètent les uns sur les autres avec tant de
naturel, le rire jaune est quasiment prêt à surgir à
chaque réplique à moins que le virus universel ait déjà
réussi à tétaniser, par anticipation solidaire, les
maxillaires des quelques âmes restées idéalistes.
A ce jeu des chaises musicales où lactivité libidinale
servirait de monnaie déchange aux relations de pouvoir
développées à linfini par les succédanés
de lAmour, chacun se trouve pris au piège abîmal de la
défiance systématique à tour de rôle.
Daniel (Thomas le Douarec), en arbitre pyromane, excelle à diviser
pour tenter de préserver son règne directorial mais, puisque
tous veulent conquérir sa place apparemment privilégiée,
cest dans un happening expérimental à chutes successives
que nous conviera lauteur vraiment peu convaincu quun remède
puisse prévaloir à son alternative.
Cest trop drôle dimaginer avec lui quil ny
aurait pas de sortie profitable au labyrinthe quhommes et femmes tissent
de concert et avec acharnement, au-dessus de leurs propres têtes
de linotte.
Cest aussi un véritable régal que de contempler le
cynisme bête et méchant du syndicaliste de service,
interprété avec un génie proche de
lhyperréalisme par Antoine (Julien Cafaro).
Quant à Béatrice (Nathalie Blanc) et Anne (Marie le Can),
elles organisent un duo au féminin tellement savoureux que les aficianodos
du « Petit journal » sur Canal Plus pourraient aisément
les apparenter aux parodies de Catherine (Alex Lutz) et Liliane (Bruno
Sanches).
Resterait à Philippe (Gautier About) de tirer les marrons du feu,
en tentant de colmater toutes les brèches par un compromis si scabreux
quil contient en lui-même limplosion de tout le
système.
Bonne chance donc aux ambitieux de tout poil, mais surtout place
au tandem artistique About-Le Douarec !
Pour sûr, ces deux-là ne font que commencer brillamment leur
oeuvre salvatrice de sape jubilatoire.
Theothea le 21/09/15
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BATTLEFIELD
d'après Mahabharata de Jean-Claude Carrière
mise
en scène Peter Brook
|
****
Théâtre
des Bouffes du
Nord
Tel
01 46 07 34
50
|
Puisque Peter Brook, lui-même, a décidé, trente
années après sa création du Mahabharata à la
Carrière Boulbon, de permettre aux spectateurs daujourdhui
dapprocher la quintessence de sa mise en scène du Festival
dAvignon en donnant accès à un épisode inédit
dune heure un quart, emblème en quelque sorte de ce fameux marathon
de 9 heures dont, par ailleurs, est également organisée une
projection unique dans la version intégrale du film quil a
réalisé en 1989 à partir de sa réalisation
théâtrale mythique de 1985, laissons-nous emporter par cette
leçon de Théâtre tout à la fois dépouillée
et magistrale, cest-à-dire tout simplement par cette leçon
de Vie que constitue « Battlefield » aux Bouffes du Nord,
puis en tournée internationale
En effet, pour limmense metteur en scène anglais de 91 ans,
ce pourrait être un peu comme le testament légué à
ses contemporains quun tel message de paix & de sagesse livré
sans fioriture à lintention de tous ceux qui sont
entraînés, plus ou moins à leurs dépens et la
plupart du temps pour de fallacieuses raisons dhonneur très
mal placé dans de vains combats tellement dévastateurs pour
tous, à commencer pour eux-mêmes !
Car, après avoir transformé en morne plaine sanguinolente
tous les champs de bataille du monde entier, ici, comme ailleurs, les familles
rivales se retrouvent décimées, épuisées et en
définitive sans plus aucun repère:
Quel pourra donc être le destin de Yudishtira, seul survivant
régnant au-delà des familles Kauravas et Pandavas qui se sont
ainsi déchirées jusquà lextermination
générale ?
En sinspirant des grandes figures métaphoriques du
Théâtre, comment échapper au remords infini
secrété dans le constat désabusé dun bilan
insensé, si ce nest dans la transgression de sa propre finitude
mise au service du bien commun de lhumanité retrouvée
in extremis ?
En quelques gestes simples et quelques paroles remettant les priorités
en ordre cohérent, ce seront les percussions de Toshi Tsuchitori qui,
sur la scène intemporelle et universelle des Bouffes du Nord, auront
ainsi le dernier mot, le dernier soupir extatique avant de laisser place
au long silence concentré précédant les salves
dapplaudissements, forcément sans réserve.
Theothea le 22/09/15
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PERE
d' August Strindberg
mise
en scène Arnaud Desplechin
|
****
Comedie-Française
Tel
01 44 58 15
15
|
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photo
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française
|
A la suite du mandat de Muriel Mayette à la tête du
Français, il était écrit, dès lannonce
printanière du programme de la saison 15-16 assumé désormais
à part entière par Eric Ruf, que lévènement
médiatique majeur en serait le spectacle douverture en salle
Richelieu, puisque le nouvel administrateur avait souhaité inviter
Arnaud Desplechin à mettre son talent de metteur en scène au
service de la troupe de la Comédie-Française.
Peu convaincu demblée de sa compétence à pouvoir
maîtriser son savoir-faire cinématographique en ladaptant
subitement aux planches, celui-ci finit par sy résoudre à
lidée de monter « PERE » quil avait
vu avec enthousiasme à sa création, en 1991, par Patrice Kerbrat
sur cette même scène prestigieuse.
Dans cette perspective, son intention serait délaborer sa
mise en scène en sinspirant principalement dIngmar Bergman
dont le style lui paraissait autant en phase avec luvre de Strindberg
quavec la perception de ton que lui-même lançait en défi
à sa sensibilité créatrice !
Au vu des deux Générales ayant ainsi donné le coup
denvoi du renouveau dans la Maison de Molière, lensemble
de la critique dramatique saccorde à considérer ce coup
dessai comme une réussite de réalisation
théâtrale autour dun splendide décor sur plusieurs
plans de profondeur baignés constamment par des lumières pleines
de subtilités sensorielles à limage dune musique
sidérale ponctuant discrètement lévolution des
tensions relationnelles sur le plateau.
Fort de ce brillant cadre contextuel, le cinéaste navait
plus quà inscrire son schéma mental bergmanien en
lappliquant pas à pas à la lutte à mort que se
livrent méthodiquement le Capitaine (Michel Vuillermoz) et sa femme
Laura (Anne Kessler) autour de Bertha leur fille (Claire de la Rüe du
Can) pour laquelle, de toute évidence, ils ne nourrissent pas la
même ambition éducative.
Voilà pour la pertinence des disputes que devrait se livrer crescendo
le couple avec un systématisme cynique censé témoigner,
comme lapplique avec constance Strindberg dans son uvre, dune
dominante irréconciliable entre masculin et féminin.
De plus, pour étayer cette dégradation irréversible,
lauteur fait appel à la notion du doute inquisiteur, pernicieux
et particulièrement destructeur, distillé en loccurrence
à propos des preuves de paternité difficilement prouvables
à lépoque en dehors de toute confiance réciproque
!
Cest donc, peu à peu, les prémices de la folie qui
simmisceront dans lesprit du Capitaine, comme mû par sa
propre incertitude sur la véracité de son statut paternel au
sein dune relation conjugale en plein ébranlement et à
partir de laquelle celui-ci serait en train de perdre son pouvoir machiste
absolu.
Ce jeu de torture mentale réciproque dont se gratifient deux
êtres qui, dantan, étaient censés avoir vécu
le grand Amour, constitue donc le thème principal de la pièce
de Strindberg, devant sadapter présentement à
lesthétique bergmanienne conçue par linvité
de la Comédie-Française.
A ceci près, que celui-ci, subjugué par le réalisateur
de « Cris et chuchotements », semble sêtre
pris au jeu de la sincérité dialoguée mezza voce au
sein dun espace à lacoustique certes
réévaluée récemment, mais, néanmoins,
pas nécessairement adaptée aux confidences conflictuelles
murmurées
Que la lutte mentale soit intériorisée au point
dêtre exprimée dans une constante réserve feutrée
est en soi un parti-pris tout à fait légitime mais cette
intimité est-elle véritablement adaptée au volume de
la salle Richelieu ?
Et surtout correspond-t-elle vraiment aux modalités du combat
existentiel entre homme et femme, prêts à affronter les
déchirures extrêmes par les mots qui font mal et par la conscience
dune destruction irrémédiable quils se renvoient
sans retour en arrière possible ?
Autrement dit, lidée de superposer sous
« plan cinématographique rapproché » une
perspective mentale bergmanienne quelque peu abstraite sur la dialectique
de Strindberg ayant besoin paradoxalement dincarnation, de tension
palpable, de violence objectivée, de chair et desprit meurtris,
ne correspondrait-elle pas à un séduisant faux-semblant qui,
de fait, anesthésierait la juste perception de la pièce de
Strindberg ?
Le débat demeurera sans doute ouvert mais, en tout état
de cause, il savère que la création théâtrale
dArnaud Desplechin correspond parfaitement à ses intentions
initiales et que, par conséquent, cette faculté à
concrétiser formellement son intuition théâtrale, grâce
notamment à une direction dacteurs les mettant en intense
écoute mutuelle, mérite en soi respect, admiration et donc
applaudissements pour ce « coup de maître ».
Theothea le 25/09/15
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