Les
Chroniques
de
 |
 |

23ème
Saison
Chroniques 23.11
à
23.15 Page
435
©
Theothea.com
©
Theothea.com
©
Theothea.com
©
Theothea.com
71ème
Festival de
Cannes
2018
La Croisette 2018
Les Molières
2018
Les Nominés &
Lauréats 2018
Les
Molières
2018
R E V I V A L
Stones 14 on Fire
Paris
Wight ! + 48 années
après
Toutes
nos
critiques
2018 -
2019
Les
Chroniques
de
Theothea.com
sur
THEA
BLOGS
Recherche
par mots-clé
THEA
BLOGS
|
LA MACHINE DE
TURING
de
Benoît Solès
mise
en scène Tristan
Petitgerard
avec
Benoît Solès & Amlaury de Crayencour
|
****
Théâtre
Michel
|
La Machine de Turing de et avec Benoît Solès réside
au Théâtre Michel après avoir fait le buzz du festival
off d'Avignon l'été dernier. Révélé dans
deux spectacles musicaux de Roger Louret primés aux Molières
("La Java des Mémoires" et "Les Années Twist"), Benoît
Solès est un homme de Théâtre polyvalent, à la
fois comédien et auteur.
Il a joué, entre autres, dans "Bash" avec Sarah Biasini, le "Cyrano
de Bergerac" mis en scène par Henri Lazarini, "les Amoureux" de Goldoni
ou plus récemment dans "Rupture à Domicile" de Tristan Petitgirard
qui signe également la mise en scène de "La Machine de
Turing".
En tant qu'auteur, il a écrit "Appelez-moi Tennesse" en 2011, mis
en scène par Gilbert Pascal et, actuellement, sa nouvelle pièce
lui permet de réhabiliter un homme méconnu du grand public
et pourtant hors du commun, injustement resté dans l'ombre.
Celle-ci débute, dans l'hiver 1952, à Manchester, par un
fait divers, le dépôt de plainte au commissariat pour un cambriolage
du domicile d'un personnage visiblement atypique et tourmenté.
Les conséquences de cet acte anodin seront dramatiques car les
autorités menant l'enquête vont être amenées à
découvrir l'homosexualité de la victime à cause de sa
relation jugée douteuse avec un garçon de café peu
scrupuleux, et qu'en Angleterre, dans ces sombres années de Guerre
Froide particulièrement prudes et bien pensantes, cette pratique sexuelle
est considérée comme un délit ou une maladie mentale.
Il va tomber, comme Oscar Wilde soixante ans plus tôt, sous le coup
de la loi de 1885. La justice lui laisse alors le choix entre la prison et
la castration chimique. Il choisit la seconde alternative pour continuer
ses recherches.
Car cet homme n'est pas moins qu'Alan Turing, professeur d'université
et mathématicien cryptologue, mettant en place des codes
réalisés à partir d'algorithmes complexes.
La pièce va remonter le temps : On se retrouve au début
des années 40 ; Alan Turing est chargé par le gouvernement
Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage
allemande Enigma, réputée inviolable.
La bataille mathématique engagée par Turing est alors la
source dun suspense aussi insoutenable que celui dune grande
scène de guerre. Il travaille sans relâche au sein des équipes
réunies à Bletchley Park.
Il réussira à casser le système de codage allemand.
La Royal Navy, qui était en train de perdre la bataille de
lAtlantique contre les sous-marins nazis put ainsi redresser la situation
en ayant connaissance des messages les plus dissimulés de son
adversaire.
La mise en scène judicieuse et nerveuse de Tristan Petitgirard
nous fait ainsi passer de la recherche de ce code secret à la
découverte dun homme, lui-même très
réservé. A travers le portrait de ce génie asocial,
capable de dialoguer avec les mécanismes les plus complexes, mais
pas du tout fait pour les relations humaines, une hypothèse forte
saffirme : Lhomme qui vainquit une machine en serait-il une
lui-même !
On jonglera par flash-back, jouant avec les années, pour suivre
le parcours de cet homme dont la mission classée secret défense
est soutenue sur scène par un rythme dynamique empruntant les règles
du thriller psychologique, sur fond d'écran toujours animé
projetant des images d'archives ou celles de la fameuse "machine", embryon
du "cerveau artificiel", véritable ancêtre de l'ordinateur dont
les perpétuels rouages résonnent dans la salle (création
vidéo Mathias Delfau).
Quant à Alan Turing, Benoît Solès l'interprète
en en faisant tantôt un être complexé, maladroit, bourré
de tics et bègue, tantôt un être malicieux, voire cynique,
aux fulgurances intellectuelles indéniables. Le comédien parvient
à exprimer lefficience presque robotisée de Turing mais
aussi sa solitude, sa souffrance, son décalage. Face à lui,
son complice Amaury de Crayencour revêt brillamment tous les autres
costumes, du sergent Ross, au joueur d'échecs Alexander ou celui de
l'amant Arnold.
Ce chercheur insatiable qui réalisait des temps remarquables au
marathon ne supportera pas la déchéance physique infligée
par la castration. Comme dans Blanche-Neige quil avait découvert
au cinéma dans son enfance et qui lavait fasciné, il
sempoisonne, à 41 ans, avec une pomme enduite de cyanure, le
7 juin 1954. Dans la culture populaire, on fait du logo de la firme Apple
un hommage à ce pionnier de l'informatique au destin tragique.
En 2009, le Premier ministre Gordon Brown présenta des excuses
au nom du gouvernement britannique pour la manière dont Alan Turing
fut traité. En 2013, la Reine Elizabeth lui exprima un pardon
posthume.
Avec sa pièce pleine de finesse et de subtilité, Benoît
Solès a remis sur le devant de la scène ce personnage de
génie, torturé, héros de guerre inconnu et, en quelque
sorte, découvreur du monde numérique.
Cats / Theothea.com le 26/10/18
|
HARD
de Cathy
Verney
mise en scène
Nicolas Briançon
avec
Clkaire Borotra, Charlie Dupont, François Vincentelli, Isabelle
Vitari, Nicole Croisille & Stephan Wojtowicz
|
****
Théâtre de La
Renaissance
|
Quand Nicolas Briançon sempare dun sujet, son intention
nest guère den extraire une potion mièvre et donc
avec « Hard », difficile dimaginer que le ton puisse
échapper au « rentre dedans ».
Mais comme tout est « dans la manière »,
cest ici sur le ton de la farce énorme que le réalisateur
renvoie tous les tabous, cul par-dessus tête.
Reprenant une série française ayant cartonné sur
Canal +, en conservant la plupart des acteurs y ayant officié tout
en les encadrant, dans cette adaptation théâtrale, de pointures
telles que Claire Borotra, Nicole Croisille ou Stephan Wojtowicz, le metteur
en scène prend un malin plaisir à rendre dérisoire
lindustrie cinématographique du sexe, fût-elle en la
circonstance complètement artisanale.
En tordant à souhait le schéma classique prévalant
habituellement au cur de laction cristallisant le porno dans
ses poncifs lourdingues, Bruno Gaccio imagine tout dabord un héritage
permettant à une veuve de découvrir la véritable
activité professionnelle de feu son mari qui, ainsi, dirigeait un
studio X et qui, en quelque sorte, lui lègue ce cadeau empoisonné.
Mais de plus ladaptateur pousse le bouchon encore plus loin, en
suscitant un véritable coup de foudre entre cette veuve bon chic bon
genre et lacteur emblématique de ce business à gros
revenus
Bref, tous les ingrédients retournant les codes dun monde
interlope sont mis en exergue, de telle façon à rendre
surréaliste la poursuite dune activité opaque que tous,
néanmoins, veulent préserver comme sil sagissait
de la poule aux ufs dor.
Jonglant en déséquilibre permanent sur le malentendu scabreux
originel qui, de fait, donnerait naissance au grand Amour, les comédiens
se relaient devant le public ébaubi pour alimenter et faire progresser
cette comédie « drôlement jouissive ».
A ce petit jeu, Stephan Wojtowicz mène le bal du blasé revenu
de toutes les galères avec son acolyte Charlie Dupont toujours en
retard dans la compréhension des enjeux; le point de vue féminin
se répartit allègrement la composition des postures entre
hypocrisie et sidération feinte autour de lapollon de fortune,
François Vincentelli.
Tout ce joyeux monde fait tourner le manège du plaisir avec une
maestria à rendre caduque toutes les censures. La Renaissance est
en marche lubrique !
Theothea le 24/10/18
|
KING KONG
THEORIE
de
Virginie Despentes
mise
en scène Vanessa
Larré
avec
Anne Azoulay, Marie Denarnaud & Valérie de Dietrich
|
****
Théâtre de
l'Atelier
|
Après avoir assisté au Théâtre de lAtelier,
en octobre 2018, à lune des représentations du manifeste
féministe de Virginie Despentes paru en 2006 avec, en loccurrence,
un déficit sonore de compréhension des voix, il apparaît
clairement, sur la captation vidéo visionnée en janvier 2019,
quune fois pour toutes les trois protagonistes sont bien
différenciées en une seule entité scénographique
pertinente et judicieusement adaptée au message idéologique
résolument optimiste revendiqué par lautrice.
En effet, nonobstant la nature humaine faisant du genre masculin le tourmenteur
de la gente féminine qui, elle, serait destinée par un
étrange atavisme culturel à accepter son sort de soumission
dédiée, Virginie Despentes veut croire à une
révolution des murs à venir faisant de lhomme et
de la femme des partenaires à « armes » égales.
Cela dit, le tableau dressé douze ans plus tôt nest pas
spécialement flatteur quant à lharmonie des relations
sexuelles observées par le filtre sociétal
délibérément incorrect adopté par
lécrivaine.
Se disant rebelle aux convenances acquises composant les normes attendues
dun modèle féminin standard, celle-ci revendique un statut
à légal du masculin permettant daccéder
à lautonomie, au choix, au plaisir, bref à la liberté
dexister comme un être cohérent et désirant.
Paradoxalement, lépreuve du viol subi à la sortie de
ladolescence va induire une volonté farouche de persister dans
laffrontement direct en refusant au quotidien les codes de bienséance
formatée, en prônant systématiquement lonanisme
et en expérimentant la prostitution volontaire autant que la pornographie
pleinement assumée.
Aussi, remettant en question larsenal structurant la société,
la féminité y est présentée comme un leurre
défensif à la soumission universelle exaltée par
léducation sociale et linstitution du mariage comme le
symbole de lasservissement suprême.
Faisant de King Kong une métaphore davant la distinction des
genres dont la séduction érotique en serait peu à peu
devenue la garante, voici que sesquissera, en réaction, la
perspective conceptuellement idéale dun monde où le masculin
et le féminin se projetteraient définitivement en sujets
existentiels à part entière.
En attendant donc que lhomme se réveille de sa torpeur
lincitant à lentre-soi mâle se servant de la femme
comme dune interface accessoire et conjoncturelle, Virginie Despentes
sattribue les prérogatives de ladversaire en retournant
le gant à la manière dune performeuse totalement convaincue
à terme de la victoire finale.
Theothea le 26/01/19
|
QUI A PEUR DE VIRGINIA
WOOLF ?
d' Edward
Albee
mise
en scène Panchika Velez
avec
Aurélien Chaussade,
Stéphane Fiévet,
Frédérique Lazarini
& Agnès Miguras
|
****
Théâtre
14
|
Cette nouvelle création de « Qui a peur de Virginia
Woolf ? » au Théâtre 14 fut une véritable
réussite tant la production, la mise en scène et bien entendu
linterprétation étaient, de toute évidence,
impliquées en osmose avec cet exorcisme relationnel, chef
duvre dEdward Albee.
Ce sont les comédiens Frédérique Lazarini
et Stéphane Fiévet, eux-mêmes, qui avaient fait part
à la metteuse en scène Panchika Velez de leur souhait de jouer
ces rôles si mobilisateurs dénergie concernant le couple
George & Martha.
De cette envie initiale est donc sortie, durant un mois et demi
au Théâtre 14, cette fascinante descente au tréfonds
de lâme humaine en proie à des tourments intimes
déniés jusquà limpossible retour à
toute paix initiale, même simulée, à moins que le paradoxal
jeu du paroxysme puisse contenir en puissance les vertus de
lapaisement
Cette remarquable réalisation mériterait largement
sa résidence prolongée dans un théâtre privé
parisien ayant lintuition du succès absolu.
Theothea le 18/01/19
|
POURVU QU'IL SOIT
HEUREUX
« Pourvu quil soit heureux » Francis
Huster & Fanny Cottençon : coming
out boomerang
de
Laurent Ruquier
mise
en scène Steve
Suissa
avec
Francis Huster, Fanny Cottençon & Louis Le Barazer
|
****
Théâtre
Antoine
|
Alors que Laurent Ruquier se désengage de la direction du
Théâtre Antoine quil partageait depuis plusieurs années
avec Jean-Marc Dumontet, lanimateur des Médias fait les beaux
jours de cette première partie de saison 18-19 dans cette même
salle illustre.
Jauge pleine dun public tendance retraite aisée, son nouvel
opus en forme de « coming out » à contre-pied
fait un tabac grâce à un casting construit sur mesure.
Tout dabord, deux valeurs sûres sy partagent autant
le haut de laffiche que les rôles puisque sa pièce
structurée en trois parties commence par inverser les points de vue
de la mère et du père en deux temps successifs.
En effet, dans la première option, Maxime (Francis Huster) est
outré dapprendre que son fils est en couple homosexuel alors
que Claudine (Fanny Cottençon), elle, est plutôt amusée
et flattée de découvrir que Camille est en couverture dun
magazine people.
Par la suite selon lhypothèse alternative, la complaisance
change de camp alors que le paternel se montre beaucoup plus compréhensif
vis-à-vis du rejeton que de son épouse à qui il reproche
une éducation trop laxiste.
Celle-ci, a contrario, est plutôt inquiète par rapport à
limpasse sociale que pourrait subir à lavenir Camille.
Bref, quelles que soient leurs postures respectives, tous les deux en
villégiature à Concarneau se la jouent mauvaise foi
réciproque en rejetant plus ou moins sur le conjoint la
responsabilité dune situation quil naurait pas vu
venir ou dont ils feignent ensemble ne pas avoir perçu les signes
avant-coureurs.
Après bien des atermoiements, rendez-vous téléphonique
sera pris avec leur anti-héros chéri qui, lui, resté
à Paris, va ainsi recevoir ses parents pour la première fois,
en son domicile de jeune homme autonome.
Intervenant alors comme un véritable manifeste à
légard de la liberté des murs revendiquée
par les nouvelles générations, Camille (Louis Le Barazer) va
se lancer dans une diatribe décomplexée et franche du collier,
laissant finalement son père & sa mère plus ou moins
pantois et tétanisés mais surtout pas vraiment convaincus.
Alors que la tension latente naura cessé de monter dans les
esprits chauffés à blanc face à un déficit de
compréhension partagée, une information dramatique va leur
parvenir, enclenchant demblée une « marche arrière
toute » où Francis Huster, assumant lintolérance
chronique sera en charge de faire un « mea culpa » universel
remettant les pendules affectives à leur place familiale.
Tonnerre dapplaudissements récompensant à la fois
les artistes sur scène et lauteur ayant cette faculté
instinctive de toucher juste là où les gens sont sensibles
à lapproche dune certaine vérité
intuitive.
Plaçant dévidence dans le feu des projecteurs la
révélation de Louis Le Barazer, le jeu des trois comédiens,
délibérément emphatique et quelque peu caricatural,
nest pas pour rien dans le succès de cette pièce qui
a, entre autres, la vertu de susciter les conversations après spectacle
car malgré un happy-end réconfortant, les problèmes
du vivre ensemble dans la tolérance y sont exposés de manière
effectivement contradictoires.
Theothea le 31/10/18
|
Recherche
par
mots-clé
 |
|
|