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Les    Chroniques   de

  

23ème  Saison     Chroniques   23.16   à   23.20    Page  436

 

     

          

             

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LA LOCANDIERA

« La Locandiera » Alain Françon ouvre la fenêtre émancipatrice à La Comédie-Française

   

de  Carlo Goldoni   

mise en scène  Alain Françon   

avec Florence Viala, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Noam Morgensztern & Thomas Keller

****

     

Comédie Française

Salle Richelieu  

   

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

                 

Impensable d’aborder une nouvelle version de « La Locandiera » sans que soit évoqué le souvenir d’une précédente dont se dégagerait forcément la nostalgie d’une interprétation à nulle autre pareille.

En effet, la Mirandolina de Goldoni suscite partout, toujours et encore les fantasmes, d’abord ceux de ses partenaires, puis des critiques et enfin des spectateurs qui finissent toujours par la porter en triomphe tant sa véritable conquête est avant tout sur elle-même.

La présente création d’Alain Françon aurait dû voir le jour fin mai 2018 mais, en raison d’une grève des techniciens de la Comédie-Française, celle-ci a été reportée cinq mois plus tard.

La voici donc aujourd’hui cette fameuse « Locandiera » qui se sera faite attendre, désirée et fantasmée à la manière de toutes les « Mirandolina » de la terre, exceptée paradoxalement celle d’Alain Françon.

En effet, si cette ravissante aubergiste a généralement tant de succès, c’est que, victimes de son attitude fascinante, les hommes qui la côtoient finissent inexorablement par tomber à ses pieds, d’une manière ou d’une autre.

Et cependant en salle Richelieu, tout se passe comme si Florence Viala, superbe comédienne dont le charme naturel a été maintes fois exploité sur scène par le passé, avait ici reçu la consigne de ne pas utiliser les armes de la séduction.

Belle, elle l’est, c’est certain ! Mais son véritable atout sera la parole juste, pertinente et fédératrice.

Le marquis, le comte, le chevalier & le valet capituleront d’autant plus sous son charisme dévastateur que celle-ci ne sera en rien l’instigatrice d’une ambition amoureuse plus ou moins sous-jacente.

En effet, ceux-là tomberont tout seuls dans le piège qu’ils se sont concocté par lâcheté ou simple illusion sur eux-mêmes.

Lorsque, néanmoins, la Mirandolina sera déstabilisée par le Chevalier et que, par affinités ou inclination, celle-ci sera peut-être sur le point de lui céder, elle aura la présence d’esprit de se rendre compte qu’à la suite de son évanouissement simulé son séducteur n’est resté, de toute évidence, qu’un homme en mal de complaisance envers son propre ego.

Ainsi va donc le monde autour de la Mirandolina qui doit gérer l’excès de désir à son encontre, tout en ayant conscience que les classes sociales ne se transgressent point par la magie de la beauté ou de la sensualité alors même que de surcroît son métier d’aubergiste l’oblige à anticiper et à répondre au plus près des desiderata de ses clients.

Michel Vuillermoz, Hervé Pierre et Stéphane Varupenne s’en donnent à cœur joie de pratiquer ensemble cette corrida pour laquelle chacun d’entre eux possède une arme spécifique mais sans jamais pour autant se ressentir solidaires car ils pensent chacun être le formidable Don Juan dont la belle a besoin.

C’est un régal que de les voir se disputer, se contredire et, pour tout dire, se pavaner dans leurs certitudes étayant un pouvoir de domination idéologique d’une puissance sans limite.

Ainsi, les pseudos-maîtres de l’Amour et même de son contraire « l’indifférence distanciée » savent se payer de mots mais, au bout du compte, ne sont pas en mesure d’être à la hauteur de l’enjeu, celui de la destinée de Mirandolina dont elle reste la dépositaire exclusive.

A l’inverse des deux comédiennes (Coraly Zahonero & Françoise Gillard ou Clotilde de Bayser) de passage touristique dans son hôtellerie, la jeune patronne tant courtisée se doit effectivement d’« être » et non point de « paraître ».

Aussi, aucun compromis avec les faux-semblants ne devra subsister dans le choix de vie à venir pour assumer son entière cohérence existentielle.

Dans les cartes du jeu de société qu’elle possède entre les mains, il ne restera en définitive qu’une seule option viable :

C’est Laurent Stocker qui en sera l’interprète; lui qui aura joué Fabrizio, deux heures durant, se devra de refouler toutes les appréhensions de sa servitude et accepter comme un cadeau du ciel l’hyménée proposé en perspective.

Alors, ouvrons les stores et les fenêtres vers l’extérieur ! Alain Françon en perçoit l’esquisse d’un aboutissement grâce à la parole émancipatrice…

Theothea le 01/11/18

             

     

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ALORS ON S'AIME

« Alors on s’aime » Daniel Russo & Corinne Touzet en pétard conjugal aux Variétés

de   Flavia Coste   

mise en scène  Anne Bourgeois   

avec  Daniel Russo, Corinne Touzet & Loup-Denis Elion   

****

     

Théâtre des Variétés  

   

© Fabienne Rappeneau

     

Dernièrement, nous avions apprécié Daniel Russo pour son jeu dans « Jacques Daniel », Corinne Touzet dans « Voyage en ascenseur », Loup-Denis Elion dans «  Open Space », Anne Bourgeois pour sa mise en scène de « Les nœuds au mouchoir » ainsi que Flavia Coste pour être l’auteur de « Non à l’argent ».

Eh bien, les voilà tous réunis aujourd’hui au Théâtre des Variétés dans ces mêmes fonctions similaires de composition, de réalisation et d’écriture pour lesquelles ils ont pris l’habitude d’exceller chacun de leur côté avec, cette fois-ci, comme cahier des charges commun celui de gérer les disputes récurrentes d’un couple (Max & Charlotte) en tentant de le faire revenir aux racines de leur Amour initial.

Daniel Russo & Corinne Touzet vont en effet déballer sur scène le grand jeu de l’incompréhension réciproque au point de mettre en péril ce lien ténu qui, jusqu’à ce soir, leur a permis de vivre ensemble.

Toutefois, il se pourrait fort bien que pour une histoire d’œufs périmés, la goutte d’eau fasse définitivement déborder la patience de Max rentrant exténué du travail vers 22h alors que non seulement rien n’est prêt pour le souper mais qu’en plus le frigo est quasiment vide.

De surcroît, l’appartement est empli de boîtes à chaussures étalées alors qu’il semblerait qu’aucune des paires d'escarpins accumulées ne puisse vraiment convenir à Charlotte.

Bref, chacun des deux partenaires ayant un problème insoluble à résoudre, il est prévisible que le « shopping insatisfait » de l’une ne pouvant compenser le « ventre vide » de l’autre, la mauvaise foi ne pourrait guère davantage apaiser l’exaspération et, ainsi, à moins qu’un tiers, le Docteur Love, n’intervienne dans l’urgence comme par magie… la séparation de Max & Charlotte s’annonce comme inexorable !

Eh bien, le voici ce fameux docteur (Loup-Denis Elion) qui n’est, à vrai dire, que leur voisin du dessus surgissant excédé par les cris de dispute quotidienne et autres insultes à faire imploser sa propre famille ne pouvant trouver le sommeil réparateur… et, par conséquent, bien décidé à conclure au divorce du couple sans gêne, séance tenante !

Voilà, les protagonistes sont désormais en place; il ne reste plus aux spectateurs qu’à se régaler de tout leur saoul car, bien entendu, ne pouvant se reconnaître dans une situation conjugale aussi abracadabrante, ceux-ci se sentent d’avance dédouanés de toute responsabilité face à la rupture annoncée… mais qui pourtant, ô surprise, n’aura pas lieu !

Eh oui, car figurez-vous qu’il existe écrite, quelque part, une recette avec dix règles en or pour « bien se disputer et parvenir à mieux vivre ensemble »… et, vous comme moi, ne le savions pas jusqu’ à cet instant !

Au diapason de ce vade mecum inattendu, les prolongations du conflit domestique précédemment exposé vont donc pouvoir se propager d’un appartement à l’autre sous, dorénavant, les bons soins de Leonard, alias cet inénarrable Docteur Love.

Dire que celles-là prendront au fur et à mesure de leur évolution des tournures franchement surréalistes à décoiffer toute psychologie conventionnelle relève d’une sorte d’euphémisme bon chic bon genre mais sachez surtout que vous pouvez faire confiance à Flavia Coste épaulée par Anne Bourgeois pour affoler le final déjanté et inventer un dénouement extravagant…

Theothea le 03/11/18

     

                  

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IVANOV

« Ivanov » Tchekhov, Benedetti & Compagnie à L’Athénée

   

de Anton Tchekhov  

mise en scène  Christian Benedetti   

avec  Vincent Ozanon, Laure Wolf, Philippe Lebas, Philippe Crubézy, Brigitte Barilley, Alix Riemer, Yuriy Zavalnyouk, Lise Quet, Nicolas Buchoux, Christian Benedetti, Antoine Amblard, Martine Vandeville & Alex Mesnil

****

     

Théâtre de l'Athénée  

   

©  Simon Gosselin

         

Du Studio d’Alfortville jusqu’à Paris en passant par La Cartoucherie de Vincennes, Christian Benedetti poursuit, depuis sept années, le fabuleux projet de monter Tout Tchekhov :

Cela a donc commencé avec « La Mouette », « Oncle Vania » et « Les Trois Sœurs » au Studio, par la suite ce fut « La Cerisaie », en villégiature au Théâtre du Soleil, hôte d’Ariane Mnouchkine et, actuellement, c’est donc « Ivanov » se tourmentant sur sa destinée au Théâtre de l’Athénée.

La prochaine étape sera pour « Platonov » géo localisable dans deux ans et précédant ainsi le point d’orgue forcément grandiose de l’ambitieux dessein, c’est-à-dire celui d’une pièce différente chaque soir de la semaine avec l’intégrale le dimanche.

Quelle formidable perspective, d’autant plus que le parti pris du chef de Troupe, dont les acteurs jouent de fait en alternance, impose un rythme particulièrement cadencé à la parole tchekhovienne se déversant sur les planches par vagues successives alors que, séquencée par des plages de silence avec arrêt sur image suspendant l’écoulement du temps, l’oralité elle-même semble s’interroger sur le sens des mots, sinon des maux endurés parce que sous-entendus ou implicites.

Alors, si la nostalgie est effectivement au rendez-vous attendu, c’est parce qu’elle nourrit, ici et maintenant, plus que jamais le cœur existentiel des protagonistes criant leur désarroi à leurs interlocuteurs eux-mêmes pris dans le filet des contradictions les reliant à un destin en impasse généralisée.

Certes la sincérité d’Ivanov pourrait être émouvante tant elle se refuse à jouer les faux- semblants quand il s’agit de prendre position face à l’essentiel :

Non, il n’aime plus Anna (Laure Wolf); d’ailleurs l’aurait-il jamais aimé ? Et ce n’est point parce que celle-ci est désormais gravement malade que celui-là obéirait aux injonctions du docteur (Yuriy Zavalnyouk) bien-pensant car se croyant autorisé à lui rappeler son devoir marital de protéger son épouse en l’emmenant en cure thérapeutique.

Mais Ivanov (Vincent Ozanon) préfère de loin cultiver son spleen infini et son mal-être insondable alors que couvert de dettes, il devient de surcroît la proie de Sacha (Alix Riemer), la propre fille de ses créanciers, tombant littéralement amoureuse de lui au point de vouloir précipiter leur mariage, quels que soient les obstacles sociétaux et la bienséance prévalant en telle circonstance pour le moins choquante.

D’aucuns prétendraient qu’Ivanov est un salaud, le pire des prétendants assoiffés de se refaire une santé pécuniaire en épousant, à tour de rôle, ces dulcinées qui seraient à même de lui permettre de surfer au mieux des contraintes prosaïques grâce à leurs fortunes patrimoniales respectives.

Qu’importe l’amour et la dévotion que lui manifestent Sacha et auparavant Anna, finalement répudiée et déshéritée par sa famille, pourvu qu’Ivanov ait l’espérance ou l’illusion de ne plus être harcelé pour dettes et qu’ainsi, peut-être, il puisse sortir de la torpeur du mal de vivre, voire celle de mourir sans en comprendre néanmoins le pourquoi du comment.

D’ailleurs, peut-être ont-ils raison ceux-là de crier à l’assassin, au malfaiteur, au sans-cœur car, de fait, que ce soit d’une attaque ou d’un suicide (selon la version du drame remaniée par l’auteur), c’est bien dans les deux cas l’effet direct d’une auto-destruction qui emporte Ivanov loin de sa présence absente au monde.

Dire que Christian Benedetti perçoit avec acuité cette vision pathétique retranscrite par Tchekhov avec l’intention solidaire et complice de la retourner comme un gant par l’humour au énième degré envisagé par l’esprit humain, c’est sans doute confirmer que l’auteur et le metteur en scène forment présentement un fameux tandem théâtral tellement drôle que nous ne pouvons qu’avoir hâte d’apprécier leur prochaine "Intégrale" ainsi annoncée.

Theothea le 14/11/18

             

   

©  Simon Gosselin

              

LE CABARET DES TROIS SOEURS

"Le Cabaret des Trois Soeurs" envoûte de nostalgie slave La Cartoucherie

écriture collective  

mise en scène  Bruno Niver   

avec  Evguenia Peters, Daria Lovat, Tatiana Paramonova, Elena Garcia-Benitez, Serguei Vassiliev et Mike Ellis   

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Théâtre de  l'Epée de Bois  

   

DR.

             

Quel étrange et émouvant Cabaret nous est proposé au théâtre de l'Epée de Bois à la Cartoucherie !

Trois jeunes femmes moscovites, Génia, Dacha,Tania et un homme Sergueï, tels les trois soeurs de Tchekhov et leur frère coincés dans un environnement, provincial à l'époque, ressenti étriqué et vulgaire, brûlent de partir vers un "ailleurs" plus lumineux qui permettrait de déployer leurs ailes trop repliées sur elles-mêmes.

Par essence insatisfaits, désireux de combler un vide intérieur et quitter une vie terne et monotone, ces quatre êtres à la dérive vont nous embarquer, par des monologues pleins de mélancolie, dans une Russie fantasmée, de la Perestroïka à nos jours, et nous chanter leur spleen, leurs aspirations, leurs espoirs déçus.

La première à entrer en scène est Tania (Tatiana Paramonova) qui, flanquée d'une sempiternelle valise, rêve de voyages et se retrouve "émigrée" à Paris et finalement atterrit à la Cartoucherie, s'interrogeant devant le public sur ce qu'elle fait là. Elle se demandera si elle doit retourner à Saint-Pétersbourg mais laissera le train s'éloigner tout en ayant le billet à la main. Est-ce que prendre un billet de train oblige à partir? Non, dit-elle, car elle nous fait comprendre que la liberté de décision peut intervenir à chaque instant de sa vie mais, sans doute, est-elle plutôt incapable de prendre une décision et faire réellement un choix en proie avec cette éternelle langueur Tchekhovienne.

Dacha (Daria Lovat) incarne le mal-être et chante les envies inassouvies, les amours avortées, l'ennui, la vacuité de l'existence, tout en se métamorphosant pour braver le destin inéluctable de la fille des bas-fonds, de la prostituée ou de l'aristocrate déchue. Son répertoire passe par la romance d'une époque mythique aux chansons Brechtiennes de Kurt Weill et les tangos soviétiques des Années 20, au cabaret parisien avec Barbara, puis au Rock et au Jazz. Avec son violoncelle et sa voix rocailleuse, elle est très talentueuse.

Ces deux soeurs sont accompagnées par Génia (Evguenia Peters), pianiste avant tout et qui joue brillamment dans tous les styles. Plus jeune, elle parle de la Russie d'aujourd'hui et animera des morceaux de jazz avec un saxophoniste, Mike Ellis artiste invité, pour exprimer la musique plus contemporaine.

Quant à Sergueï (Sergueï Vassiliev), pierrot lunaire désenchanté, il navigue du mime cafardeux escorté par une ballerine d'une splendide grâce (Elena Garcia-Benitez) au révolutionnaire chantant et déclamant les poèmes insurgés de Maïakovski ou au rocker briseur de rêves.

Comme dans "les Trois soeurs" de Tchekhov, la pièce se déroule sur plusieurs années montrant l'oeuvre du temps sur la décadence de chacun et la ruine de toutes les attentes. La Russie est certes en mutation, la société est déboussolée, on pense que le bonheur sera pour la prochaine génération et pourtant en même temps « C’est ça l’âme russe : rien ne va mais on ne peut rien changer ! ».

Ce spectacle mis en scène par le plasticien et poète Bruno Niver nous fait voyager, aux travers de chansons russes, françaises, anglaises, allemandes dans une Russie poignante de nostalgie aux accents fantasques et désabusés sur fond de paradis perdu sans espoir de clarté. Le drame existentiel final en est la quintessence même.

Cat’s / Theothea.com le 16/11/18

   

                  

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BERNADETTE DE LOURDES

de Lionel Florence & Patrice Guirao  

compositeur  Grégoire

mise en scène  Serge Denoncourt   

avec  Eyma, David Ban, Sarah Caillibot, Grégory Deck, Christphe Héraut...        

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Show Case Val de Grâce  

   

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