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RABBIT HOLE
« Rabbit Hole » Julie Gayet a mené
résilience aux Bouffes Parisiens
de David LINSAY-ABAIRE
mise en scène Claudia
STAVISKY
avec Julie GAYET, Patrick CATALIFO, Lolita
CHAMMAH, Christiane COHENDY & Renan PREVOT |
****
Théâtre des
Bouffes Parisiens
|
Lorsquen 2017 « Rabbit Hole » fut créée
à Lyon au Théâtre des Célestins par Claudia Stavisky,
Julie Gayet remontait sur les planches après les avoir
désertées durant 20 années.
Par la suite, cette pièce allait effectuer une tournée
hexagonale venant de se clore mi-mars 2019 après deux mois de
résidence aux Bouffes Parisiens.
La comédienne, ayant jusquici davantage favorisé sa
carrière cinématographique, aura ainsi renoué, en cette
opportunité théâtrale, avec limmense satisfaction
de ressentir en direct les émotions du public.
Car ce nest point une périphrase que daffirmer que
la perte accidentelle dun enfant de 4 ans laisse nécessairement
sa famille dans un tel état de prostration que rien ne semble être
en mesure den modifier lanéantissement aussi bien individuel
que collectif.
David Lindsay-Abaire fait débuter sa pièce huit mois après
laccident fatal survenu devant la maison doù le chien
sest enfui poursuivi par Danny qui allait être renversé
par une voiture dont Jason, le conducteur âgé de 16 ans, venait
dobtenir le permis.
Si les circonstances purement factuelles peuvent être
résumées de cette façon, le tissu relationnel
réunissant Becky la mère (Julie Gayet), Howard le père
(Patrick Catalifo), Izzy la tante (Lolita Chammah) et Nat la grand-mère
(Christiane Cohendy) apparaît, au lever du rideau, particulièrement
instable et fébrile, sans que le spectateur ne soit averti du drame
préexistant.
Et cest ainsi que durant toute la représentation seront
distillés les tenants et aboutissants dune situation par essence
insupportable mais que le processus de résilience va entraîner
à rebours dans son sillage en fonction dun principe de vie plus
fort que la consternation elle-même.
Cependant cet engrenage vertueux ne va pas de soi sans une implication
volontaire de chacun des membres de la famille qui ne progressent pas au
même rythme.
Et donc les uns, par leurs maladresses inconscientes ou simplement leurs
découragements cycliques agiront, à certains moments, en frein
redoutable alors que dautres prendront le relais destructeur à
loccasion dune remarque malheureuse ou mal à propos.
Au cours de cette série datermoiements, la tendance au grand
nettoyage par le vide cherche son enjeu salvateur à travers lenvie
de jeter sans distinction tout ce qui appartenait à lenfant,
y compris ses jouets et peluches et même élargissant ce champ
dintervention volontariste, en mettant en vente la maison
elle-même
De petits déclics psychologiques déterminants se
succèderont néanmoins à linsu de chacun des
protagonistes, en améliorant les perspectives de fin du tunnel au
prorata dune scénographie qui symbolisera ingénieusement
quelques soulagements en allégeant le décor domestique et en
privilégiant la transparence.
Cet esprit douverture se focalisera bientôt sur une rencontre
redoutée avec Jason (Renan Prévot), ladolescent
malencontreusement meurtrier, lui-même bien sûr choqué
durablement mais ayant décidé décrire un conte
inspiré par les univers parallèles qui le fascinent tout en
le dédiant métaphoriquement à Danny.
Becky en sera profondément touchée, sinon convaincue de
cette démarche ésotérique alors que Howard restera longtemps
sur la défensive et réfractaire à cette diversion.
Mais on laura compris, lobjectif poursuivi par lauteur
étant, de toute évidence, de permettre à la lumière
du jour de venir peu à peu simposer de nouveau à tous,
sa dramaturgie se terminera sur un judicieux message despoir à
la satisfaction générale.
Theothea le 08/03/19
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LA DEGUSTATION
« La Dégustation » Isabelle Carré
en radieux lâcher-prise à La Renaissance
de &
mise en scène Ivan Calbérac
avec
Isabelle Carré & Bernard Campan
|
****
Théâtre de La
Renaissance
|
|
© Charlotte
Spillemaecker
|
Avec Jacques, Hortense, Steve et les autres fréquentant
régulièrement la petite cave à vins qui pourrait
sapparenter à « La petite boutique au coin de la rue »
ayant fait le bonheur du Théâtre Montparnasse en 2002 avec 5
Molières pour 9 nominations, latmosphère légère
et surréaliste du « Fabuleux destin dAmélie Poulain
» nest pas loin dimprégner la mise en scène
dIvan Calbérac, auteur de cette « Dégustation »
en forme de comédie romantique.
« Se souvenir des belles choses » de Zabou Breitman avait
déjà réuni, également en 2002, Isabelle Carré
et Bernard Campan avec, à la clef, trois Césars.
Sans doute ce fruit cinématographique de la mémoire collective
contribue-t-il à lengouement spontané au profit de cette
nouvelle création délicieusement nologique quainsi
le public plébiscite actuellement à jauge complète au
Théâtre de La Renaissance.
Alors qua priori un véritable collier de clichés y
pourrait donner limpression de voler au-dessus des pâquerettes,
lintelligence de cette pièce est de mettre en place des personnages
attachants cherchant leur vérité au sein dun carcan
sociétal qui les corsète selon des postures idéologiques
plutôt cadenassées bien que le naturel, lui, ne demanderait
quà revenir au galop.
Et pour provoquer le lâcher-prise général, quoi de
mieux quun vin de qualité à consommer avec modération,
autrement dit à déguster en réunion daffinités
dautant mieux si, de surcroît, « Petite Fleur » de
Sidney Bechet venait lagrémenter ?
Quà cela ne tienne, voici donc Hortense de La Villardière
(Isabelle Carré) à la recherche dun vin de messe dont
elle ne connaît pas lappellation mais quelle a pu
apprécier au presbytère de son curé.
Voulant offrir une bonne bouteille lors de son prochain repas hebdomadaire
avec des SDF, elle vient demander conseil à Jacques (Bernard Campan)
en entrant pour la première fois dans sa cave de dégustation.
Lui, demblée bougon et ironique, est sur la défensive
systématique bien quil soit empressé à satisfaire
sa clientèle quelles que soient les motivations opportunes des
néophytes comme des aficionados.
Toutefois pour que deux solitudes bien ancrées dans leur
quant-à-soi respectif aient quelques chances de briser la cuirasse,
la survenue dun tiers est souvent la bienvenue dautant plus si
celle-ci contraint les deux premiers à prendre position.
Ce sera donc au tour de Steve (Mounir Amanra) à faire irruption,
ce nest pas un euphémisme, au sein du duo en train de ramer
avec leur prêchi-prêcha de circonstance.
A la manière dun Mathieu Kassovitz ex-débutant
comédien, celui-là déboule, poursuivi par les sirènes
de police, succédantes à un vol plus ou moins avorté
dans la bijouterie voisine.
Comment demblée penser à la réinsertion de
ce jeune sous liberté conditionnelle en lui octroyant une place de
stagiaire dans la présente cave à vin ? Ce sera pourtant
limpulsive initiative dHortense se mettant en peine de convaincre
Jacques par lexposé de sa brillante idée
généreuse.
Autant dire quil y aura fort à faire pour obtenir laccord
du patron !
Mais, voilà, grâce à un rendez-vous en dégustation
programmé avec la compagnie joyeuse mais paradoxale dun
médecin (Olivier Claverie) et dun libraire (Eric Viellard),
visiteurs assidus, de séduisantes perspectives pourraient
éventuellement prendre place au rang desquelles de nouveaux chemins
de vie auraient quelques velléités à faire rêver
de « châteaux en Espagne »
si d'aventure la PMA
(procréation médicalement assistée) devait être
reconnue comme une option heureuse à un amour à peine naissant...
A cet instant clef, la préférence pour l'auteur sera de
laisser à chacun le soin de fantasmer la suite des destinées
croisées dans son conte si merveilleusement théâtral.
Theothea le 11/03/19
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BELLS AND SPELLS
« Bells and Spells » Aurélia
Thierrée s'affiche cleptomane à lAtelier
de &
mise en scène Victoria Thierrée
Chaplin
avec
Aurélia
THIERRÉE & Jaime Martinez |
****
Théâtre de
l'Atelier
|
En créant, il y a quelques cinquante ans, le cirque Bonjour, Victoria
Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée fondaient également une famille
dont Aurélia et James allaient devenir partie prenante de lunivers
artistique parental tout en le prolongeant de leurs propres compétences
respectives.
Cest ainsi que « Bells and Spells » est la
troisième création où Aurélia, sous la mise en
scène de sa mère, est au coeur dun imaginaire qui associe
autant les idées que les formes fondues sous une esthétique
qui, en soi, constitue le fil conducteur et thématique.
En partant, cette fois-ci, dun personnage cleptomane dont les
compulsions semblent impossibles à réfréner, la valse
dobjets hétéroclites apparaissant et disparaissant au
gré de transformations instantanées et souvent inattendues
va nourrir une soif intangible de répétitions, de manipulations
et de détournements formant un geste à la fois poétique
et étrange dont la traduction française du titre par
« Vols de nuits » est bel et bien significative dun
jeu de mots aspirés par les forces obscures.
En donnant vie, durant plus dune heure au sein dune pénombre
sous éclairage aléatoire, à un malicieux tour de passe-passe
continu jouant avec les drapés de tout acabit, les profils biscornus,
les silhouettes mystérieuses, nul ne sétonne de contempler
une porte à tambours en plein escamotage, une sculpture de porte-manteaux
déambuler dans la préhistoire animalière ou une
marionnettiste se faire aspirer la chevelure.
Ainsi le surnaturel donne lillusion de prendre possession de notre
esprit tout en substituant, le temps dun instant, lappartenance
des objets au monde de linanimé pour en échafauder le
fantasme dune agitation fébrile ajustée à notre
perception fugitive.
Car, ne nous trompons pas, en agençant et en juxtaposant ces sketchs
disparates, Victoria donne à Aurélia le pouvoir de
sabstraire de la pesanteur terrestre mais celle-ci, en retour, provoque
chez lobservateur attentif un irrésistible besoin de donner
du sens à ce quil voit ou ce quil croit voir
Et cest bel et bien dans cette focalisation sans cesse remise en
question que sexerce une fascination hypnotique dont le spectateur
se sent, à son corps défendant, la proie tétanisée,
consentante voire émerveillée.
Son fidèle partenaire (Jaime Martinez) assure avec maestria, à
linstar des deux spectacles précédents
« LOratorio dAurélia » et
« Murmures des murs », lenveloppement
chorégraphique de cette hallucination fantomatique.
Pour eux deux, les courbes rétroactives se délient comme
les songes dont ils sont porteurs et si leur mirage duel se boucle sur la
salle dattente initiale, cest à la manière dune
boîte à musique dont il suffirait de remonter le ressort pour
que la magie réapparaisse immédiatement dun seul coup
de baguette.
Theothea le 10/03/19
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LE FAISEUR DE
THEATRE
de Thomas
Bernhard
mise
en scène Christophe
Perton
avec
André
Marcon, Manuela Beltran, Éric Caruso, Barbara Creutz, Agathe
LHuillier & Jules Pélissier |
****
Théâtre
Déjazet
|
En inventant un décor qui soit le prolongement sur scène
de la salle du Théâtre Déjazet, à la fois son
double en même temps que son miroir inversé, le metteur en
scène Christophe Perton et la comédienne Barbara Creutz ont
imaginé cet espace théâtral de bout du monde voulu par
Thomas Bernhard comme un lieu à la fois décati, désuet
mais également proche dune réalité tangible à
chaque spectateur.
Bruscon et sa famille peuvent y venir faire leur numéro de
création, lhôtelier (Eric Caruso) et sa fille (Manuela
Beltran) seront prêts à les accueillir pour assurer la
représentation du soir et leur faciliter la mise en place et les
répétitions.
Mais voilà, le « faiseur » sera
demblée insatisfait des conditions et des modalités de
travail qui linciteront à fustiger, dénoncer, vitupérer
et faire régner le profond mécontentement de lartiste
piégé dans un contrat impossible à assumer sans
détériorer profondément le sens et la qualité
de luvre à accomplir face au public.
Au sein dune logorrhée sans fin autant que
répétitive, André Marcon aura ainsi laisance de
lartiste omnipotent clamant au monde son mépris, son dédain,
sa hargne, sa haine du travail non abouti en raison de lincompétence
généralisée de ceux qui lentourent, à commencer
par son équipe de bras cassés familiale, à savoir son
épouse (Barbara Creutz), son fils (Jules Pelissier) et sa fille (Agathe
LHuillier), suivie de ses hôtes incapables de faire respecter
des consignes sine qua non telles que celle du noir absolu hors de scène
durant la représentation, et enfin du public qui, par vocation, ne
sera pas tenté de répondre
« présent » dans cet endroit isolé de tout
et forcément sans ambition culturelle digne de ce nom.
Bref, les conditions objectives se mêlent aisément aux
impératifs subjectifs que ne cessera de soulever durant presque deux
heures, la performance dun comédien, en pleine maîtrise
de son art, réduisant dautant mieux lincapacité
de ses partenaires à exceller dans leur propre domaine de
prédilection autre que celui dobéir, de se taire,
dexécuter des ordres dont, manifestement, ils ne peuvent comprendre
la portée.
Chacun restera dans son rôle jusquau bout du bout, permettant
de la sorte au « faiseur » de parcourir les étapes
successives de litinéraire le coupant résolument et
définitivement du partage, du partenariat et de la solidarité.
Cet échec patenté revendiqué haut et fort par Thomas
Bernhard résonne comme une métaphore de lacte
théâtral haï autant quadmiré dans ce monde
de médiocrité où le contexte tend à rabaisser
le projet idéal au profit du compromis démagogue sans que personne
ne sen offusque, à lexception précisément
du réputé auteur autrichien.
Theothea le 23/04/19
|
COMME EN 14
de Dany
Laurent
mise
en scène Yves
Pignot
avec
Marie
VINCENT, Virginie LEMOINE, Ariane BROUSSE, Katia MIRAN & Axel HUET
|
****
Théâtre La
Bruyère
|
A la création de "Comme en 14", 5 nominations et 3 Molières
distinguèrent la pièce de Fabrice Melquiot; sa reprise au
Théâtre La Bruyère s'est effectuée selon la mise
en scène originale de Yves Pignot avec une quasi nouvelle équipe
de comédiennes parmi lesquelles Virginie Lemoine en composition savoureuse
d'une comtesse désappointée rythmant fort opportunément
mais aussi par désoeuvrement la versatilité d'un quotidien
plein d'aléas dans cette antenne médicale avancée proche
de la ligne de front en 1916 où le désespoir devait laisser
place au pragmatisme.
C'est précisément la responsabilité de Mademoiselle
Marguerite ( Marie Vincent ), seule interprète restante de la version
originelle, que de mener tambour battant son équipe d'infirmières
toujours prête à assumer l'insoutenable.
Suzy (Ariane Brousse) & Louise (katia Miran) assurent, quant à
elles, deux postures comportementales symétriques, militante
féministe pour la première & fille de famille bourgeoise
pour la seconde.
Chacune de ces jeunes femmes en commando de soins aura ainsi son propre
positionnement social et psychologique affichant des réactions, des
motivations, des ambitions contradictoires mais en définitive
complémentaires dans l'élan vital indispensable à tous.
En contraste Pierre (Axel Huet), le fils d'Adrienne laristocrate
meurtrie dans ses convictions, s'apparentant à un cas d'attardé
mental fort dépendant de sa mère, aura pour principale
activité celle de perturber, à son insu ou non, l'ordonnancement
des bonnes volontés.
Une véritable tranche de vie entre parenthèses
belligérantes et donc tragiques mais illustrant fort bien les
ressources potentielles de la nature humaine, en l'occurrence
spécifiquement féminine, lorsque celle-ci est directement
confrontée au réalisme et à la fatalité de
lexistence.
Theothea le 22/04/19
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