avec
EMJI, Vinicius Timmerman, Tony Bredelet, Hobbs, Philippe Touzel,
Jeanne Gateau, Sofia Mountassir, Boris Barbé, Hakob Ghasabian, Harmony
Dl, Lisa Teston & Yohan Stephen,
Avec son air ardent dun Jean-Louis Trintignant jeune, Jean-Marie
Besset déboule sur la scène confidentielle du petit Montparnasse
doté de cette sorte dimperceptible rictus pouvant évoquer
le chanteur Adamo dans son expression publique, en lui permettant
demblée, sous un sourire récurrent, la connivence comme
lempathie.
Plongeant illico vers des soucis ménagers de tricots dont les clientes
seraient à nouveau adeptes grâce à un renversement de
tendance économique dont la mode aurait ses secrets, voici le personnage
de Paul qui sincarne à vue sous les traits de Jean-Marie pour
débuter son périple existentiel menant le récit en boucle
depuis la passementerie locale jusquau retour à Limoux, via
Paris, Le Congo et New-York.
Dès les premières minutes du spectacle, laisance du
comédien séduit par son art de jongler avec les interlocuteurs
virtuels et la complicité sinstalle spontanément entre
lauteur, linterprète et le spectateur pour suivre et
pénétrer le dédale psychologique, aventurier et amoureux
de Mister Paul, originaire de Limoux ayant rapidement compris que pour accomplir
sa vie, il fallait dabord en partir
Dans cette saga mêlant les expériences, tentatives et
réussites successives avec une appétence pour le relationnel
au sein dinévitables déboires et autres malentendus,
la petite musique de ce monologue narratif jouant par effets rhétoriques
intriqués ne serait pas sans rappeler, certes sur des registres moins
excessifs, celle dun certain Philippe Caubère qui pourrait fort
bien avoir engendré ici un nouveau disciple du genre loquace et
spectaculaire.
En tout cas, lhomme de Théâtre Jean-Marie Besset fait
preuve dinstinct et de maîtrise manifestes par lesquels son regard
dauteur et de metteur en scène dirige, en temps réel,
son comportement de comédien parfaitement à lécoute
du tempo en train de se jouer.
Le jeu est remarquable de fluidité, la diction est en pleine harmonie
avec le ressenti.
Fringué crooner subtilement chic & choc, lartiste semble
se mouvoir, sous la conduite scénique dAgathe Alexis, tel un
précieux papillon butinant avec effervescence sur toutes les facettes
scénographiques mises à sa disponibilité selon un discret
mais effectif ballet chorégraphique.
Le spectacle créé en 2019 notamment à LAtalante
de Paris ainsi quà loccasion du festival local NAVA (Nouveaux
Auteurs dans la Vallée de l'Aude) reprend actuellement son envolée
printanière parnassienne en inaugurant un cycle de six portraits
dautochtones limouxins dont lauteur projette de nous confier
le destin provincial « extraordinaire ».
Mister Paul est donc la première de ces figures éclairées
par Besset à la manière dun témoignage vécu
contemporain lié à des racines occitanes pleinement
assumées.
Si lhomosexualité est au cur du parcours du combattant
que va livrer Monsieur Paul, cest au sein des années 50 et 60
vécues par le protagoniste comme son propre désir identitaire
de « femme » voulant séduire un
« homme » qu'il ira jusquà envisager
lopération de changement de sexe programmée à
Casablanca en 1970 mais à laquelle, finalement, il renoncera sous
la pression familiale.
En contrepartie, il réalisera un brillant parcours professionnel,
dicté davantage par des opportunités quil aura su saisir
au bon moment, lemmenant à uvrer au Congo à la
réalisation du Transgabonais durant 17 années et, ensuite,
à postuler à la responsabilité du Programme des Nations
Unies pour le Développement dont il deviendra numéro 2 en fin
de carrière avant que damorcer son retour au pays.
Perçu par le dramaturge comme un pionnier (1933-2010) pragmatique
et résiliant sachant à chaque fois rebondir sur les aléas
et ladversité de la vie, cette personnalité
emblématique dépeinte dans sa proximité affective permet
ainsi à lauteur de poser, notamment, la notion du relativisme
face au sens à donner à la vie.
avec
Mathieu
Alexandre, Roland Bruit, Florence Coste, Camille Demoures, Axel Drhey, Julien
Jacob, Jonathan Jolin, Yannick Laubin, Vianney Ledieu, Bertrand Saunier,
Paola Secret
En alternance Geoffrey Calle`nes, Nikola Carton,
Christophe Charrier, Florent Chesne´, Gregory Corre, Katia Ghanti, Charly
Labourier, Roxane Letexier, Eric Mariotto, Aramis Monroy, Nicolas Naudet,
Loryn Nounay, Marina Pangos, Simon Heulle, Charlotte Ruby, Thibault Sommain
et Sophie Staub
Création des « Moutons noirs » interrompue
dans sa mise en orbite par le confinement, comme ce fut le cas pour de nombreux
autres projets de spectacle, celle-ci refait surface saisonnière à
La Renaissance, exaltée par le « fabuleux » naufrage
du plus célèbre des paquebots transatlantiques ayant
déjà donné prise à tant de narrations
psychodramatiques.
Prenant délibérément le contre-pied de la dramaturgie
ressassant le légendaire sinistre maritime narré traditionnellement
selon un compte à rebours fatal faisant apparaître une à
une les déficiences qui auraient pu contribuer à éviter
le désastre si elles avaient été mieux anticipées,
Axel Drhey eut initialement la formidable intuition de visualiser le fameux
engloutissement comme une métaphore de la vie humaine qui, quoi
quil arrive et quelles que soient les précautions prises, finit
toujours par rencontrer sur son chemin liceberg fatal mettant
définitivement fin à ses vains espoirs successifs.
Ainsi au lieu de spéculer sur la baguette magique qui aurait permis
denrayer le fatidique enchaînement, lauteur décide
de renverser les prolégomènes et de faire de cet historique
et phénoménal fait divers un hymne à la vie.
Dailleurs les faits pourraient lui donner raison puisque malgré
ladversité et la pléthore de négligences
relevées, cest quand même au bout du compte un tiers des
passagers qui, dans la réalité, seront effectivement
sauvés.
Filant dailleurs le parti pris artistique jusquà ses
conséquences ultimes, les membres déquipage ayant
précédemment accueilli les spectateurs à leur entrée
du Théâtre de La Renaissance en leur souhaitant un agréable
embarquement, feront de même à la sortie, en leur adressant
un bon débarquement à New-York, destination effectivement finale
de la croisière inaugurale du Titanic.
Daucuns pourraient croire à une expression de cynisme quelque
peu maladroit mais que nenni puisque lauteur précise pertinemment
en épilogue de la représentation que, de fait, ce nest
pas la destination poursuivie qui compte mais, bel et bien, le voyage que
lon réalise pour y parvenir.
Et cest donc ainsi que cette épopée diablement
emblématique va donner lieu à une véritable parodie
de murs du type « opérette » genre très
à la mode dans les années soixante en faisant alors les beaux
jours du spectacle vivant souvent perçu comme divertissement
plébiscité par le grand public.
En affichant cette perception vintage décalée, les
« Moutons noirs » très en verve nous proposent
un spectacle débridé, burlesque, se voulant hilarant et volontiers
surréaliste tant la nature humaine y est dépeinte sans fioritures
voire même brut de décoffrage avec une belle panoplie de ses
lâchetés exposées comme une spécificité
largement partagée par lensemble de ses membres ne cherchant
dailleurs guère à passer pour des anges.
Ce miroir tendu comme à guignol aurait de quoi surprendre ceux
qui, enclins au romantisme du film de James Cameron ou aux fiches
documentées de Wikipédia, verraient, en toile de fond, dans
le naufrage du Titanic lapanage dune civilisation du progrès
en quête sincère de son autocritique mais, à défaut,
celui-là pourrait bien au contraire combler tous ceux qui aspireraient
au viatique existentiel dun précieux « Carpe
diem » permettant, en sachant sadapter aux faits tels
quils sont, de profiter du miracle permanent de lexistence.
Que cet état desprit puisse flirter avec lesprit de
farce accompagné de son cortège en sarcasmes assumés
ou non ainsi quà tout sentiment de dérisions en cascade
aurait de quoi réjouir les spectateurs venus couler de salvateurs
instants de lâcher prise face à une mise en scène pleinement
maîtrisée, des lumières bien ciblées et une
proposition musicale cadrée à souhait pour savourer cette
très joyeuse comédie pseudo philosophique de linstant
présent dans une célébration ô combien
transgressive.