Les
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26ème
Saison
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UN CADEAU PARTICULIER
« Un cadeau particulier » au Funambule
avec Didier Caron en prestidigitateur démiurge
de Didier
Caron
mise en scène
DIDIER CARON ET KARINA MARIMON
avec
KARINA
MARIMON OU BÉNÉDICTE BAILBY, CHRISTIAN MULOT OU DIDIER CARON,
PIERRE-JEAN CHERER OU CHRISTOPHE CORSAND
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Théâtre Le Funambule
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©
Theothea.com
Emballé en 2020, ce « cadeau »
bénéficie dune pleine reprise estivale au Funambule selon
lalternance de chacun des trois rôles aux rangs desquels
lauteur contribue à générer une situation
relationnelle sociétale dont il rend compte par lécriture
et quil lui faut donc également assumer sur scène en
défendant avec conviction son personnage.
Pas nécessairement aisé effectivement daccepter
limage par laquelle les autres voire les proches vous perçoivent
alors que le moi idéal encaisserait une dévalorisation manifeste
dans sa confrontation avec le constat peu reluisant des tiers.
Mais comment savoir, même du point de vue de lobservateur
extérieur, qui aurait réellement légitimité pour
établir un diagnostic des qualités et défauts de chacun,
lorsque trois amis dont une femme seraient incités par les
événements à dresser le portrait intime des deux autres
comme dans un remake du jeu de la vérité ?
Qui pourrait prétendre à être suffisamment lucide
avec lui-même tout en ayant une approche objective de ses partenaires
pour parvenir à dresser une carte du tendre conforme avec les aspirations
forcément subjectives des trois autres protagonistes ?
Ce tour de force mentale, cest nécessairement lauteur
qui en est le maître incontesté puisquil tient les cartes
du jeu et surtout les rebondissements quil intégrera si possible
à bon escient.
Cependant, pour que la tragi-comédie fonctionne à plein
sur limaginaire du public, il faut que la crédibilité
des affects soit non seulement pertinente avec lépoque en cours
mais également sincère avec le caractère de chacun en
rendant plausibles les états dâme, les sautes dhumeur,
les revirements, voire les colères difficilement
maîtrisables
Ainsi pour éviter toute susceptibilité, il serait plus
confortable à loccasion de lanniversaire de lun
dentre eux de se contenter dun cadeau traditionnel sympathique
de façon à susciter essentiellement la bonne humeur.
Adopter une attitude inverse en recherchant la provocation induite pourrait
en effet déclencher des cataclysmes en série sans que personne
ne sache vraiment comment mettre un terme à ces réactions en
chaîne, forcément drôles pour le spectateur mais quasiment
diaboliques pour les comédiens.
Il faut dire que le cadeau choisi par Didier Caron sent particulièrement
le souffre mais, néanmoins, son niveau de
« respectabilité » est maintenu par la notion
socioculturelle et dialectique qui est immanquablement soulevée lorsque
daucuns sont appelés à donner leur avis dûment
argumenté à ce sujet.
Le piège est donc parfait pour introduire la situation psychologique
dun couple fêtant le cinquantenaire dun ami et associé
intime
. en acceptant de se projeter en aveugle sans savoir si ce sera
aux dépens ou aux intérêts de lun et les autres
!
Cependant le suspens ne perdurera guère car, paradoxalement, ce
cadeau sera très rapidement ouvert et dévoilé sur
scène bien quau final une alternative à son contenu
fût-ce virtuellement proposée
option qui, en définitive,
ne ferait que repousser dune année supplémentaire les
sévères explications qui ont eu lieu pendant cette soirée
où le coq au vin aura été cramé et la charlotte
au chocolat abandonnée au profit des seules coupes de champagne
fédérant en permanence les prolongations dune situation
affective se devant inévitablement dexploser au regard et à
lentendement de cette famille qui, dans son genre spécifique,
accèdera ainsi à la notion contemporaine de
« recomposée ».
Aucun critique ou commentateur nose de fait
« divulgâcher » lobjet du délit et
cest très bien ainsi car, on laura compris, ce
« cadeau » nest autre que larbre qui cache
la forêt des sentiments convoqués à fleur de peau par
Didier Caron pour affronter le regain damitié et damour
escompté à légard dun avenir si possible
prometteur.
Theothea le 17/07/22
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PARIS LA GRANDE
de
Philippe Meyer
mise en scène Benoit
Carré
avec
Philippe Meyer & Jean-Claude Laudat à l'accordéon
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Théâtre Lucernaire
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© Karine Letellier
Dans l'écrin d'une salle du Lucernaire, l'ex-chroniqueur de Radio
France Philippe Meyer déclare sa flamme à la ville lumière,
accompagné par Jean-Claude Laudat, son fidèle et discret
accordéoniste, qui a créé le groupe Paname Swing en
2010.
Il a repris cet été son spectacle '' Paris La Grande '',
tiré de son livre éponyme, quil avait créé
en 2001 au Théâtre de la Ville, en remettant celui-ci au goût
du jour.
Philippe Meyer né en Allemagne, a vécu son adolescence
en banlieue et s'est installé dans sa jeunesse à Paris, devenue
pour lui la plus belle ville du monde.
Sauf que Philippe Meyer, aujourd'hui, est un amoureux fou qui souffre
des enlaidissements causés par le monde moderne.
Eternel bateleur, interprétant des chansons savoureuses, il nous
livre son désarroi et nous plonge dans le passé en lisant des
textes de Montaigne, Victor Hugo, Aristide Bruant...
« Depuis que je suis à Paris Je mords dans le fruit c'est
exquis, Et je dévore mes vingt ans à belles dents, Pour rattraper
le temps perdu je ne dors plus Le jour et la nuit, je suis gris - Depuis
que je suis à Paris J'ai compris que c'est merveilleux Et je souris
d'avoir vingt ans à Paris » (Jean Nohain, Mireille) est une chanson
qui exprime pleinement son enthousiasme personnel pour la capitale qu'il
a adoptée de toute son âme et lui a procuré des joies
inégalables.
Mais le Paris d'antan adulé qu'affiche « Paris jadis »
(Jean-Roger Caussimon) écrite sur une musique de Philippe Sarde pour
le film de Bertrand Tavernier « Des enfants gâtés »,
véritable ode au Paris populaire, n'a plus tout à fait la
même saveur, Philippe Meyer ne retrouve plus ses vieux quartiers, ses
églises cachées, jardins et autres passages qui en font le
charme.
Et d'évoquer sans complaisance un quartier autrefois marché
coloré de produits alimentaires, fleurs, fruits légumes, viande,
poisson... en plein coeur du 1er arrondissement, terriblement animé
et fourmillant, atmosphère bien rendue au 19ème siècle
par Émile Zola dans le '' Ventre de Paris'' :
« Dans Les Halles de Paris Près de la rue Saint-Denis Y a
tout un monde qui vit Et qui grouille dans la nuit Y a les mains pleines
de sang Qui portent les boeufs saignants Y a le bruit des gros camions Qui
transportent les poissons Et y a les trognons de choux » ( les Halles
de Paris - Georges Gérard, Georges Cornil).
A partir de 1971, les 12 pavillons couverts de vitrage des Halles de
Baltard, du nom de son architecte, sont détruits, un seul sera
remonté à Nogent sur Marne.
On sent l'incompréhension de Philippe Meyer, offusqué par
le grand centre commercial sous-terrain qui a pris la place dans les années
80 appelé Forum des Halles.
C'est un nostalgique de la cité aux cent vil!ages aux ruelles
pittoresques, ses vieilles églises, église de Saint-Sulpice,
église Saint-Séverin et son cloître, ses squares, ses
jardins, le jardin du Luxembourg et de chanter « Les vieux Messieurs
du Luxembourg » (Maurice Genevoix, Guy La carte), la Seine, ses quais
et ses bateaux-mouches, le musée du Louvre et sa Joconde que l'on
admire « La Joconde » (Paul Braffort).
C'est une même rengaine mêlée de plaisir
mélancolique, des halles à Montmartre, ancien village où
la vigne et les moulins à vent n'ont pas complètement disparus,
ses guinguettes et ses cabarets avec le Lapin Agile, la basilique du Sacré
Coeur, du quartier latin et son ''boulmich'' à Notre-Dame, du Canal
Saint-Martin à Ménilmuche faubourg populaire entaché
par la répression de la Commune de Paris, ou la Butte-aux-Cailles
et sa population ouvrière qui sut résister à la fin
de cette même insurrection.
Véritable connaisseur des souvenirs de Paris, il en partage quelques
uns avec cocasserie et tendresse et d'entonner des airs antédiluviens
liés à la vie parisienne. Il se livre à de
réjouissantes interprétations dairs méconnus,
hommages amusés aux tricoteurs de ritournelle.
Avec peu de mobilier sur le plateau, dans une mise en scène très
épurée de Benoît Carré, le conteur n'a pas besoin
de décor pour faire apprécier un Paris inattendu dans son approche
historique, du Moyen-Age à la Commune de Paris « Au mur ! »
(Jean-Baptiste Clément, Max Rongier) en passant par le cortège
funèbre de Louis XIV « Enfin Louis le Grand est mort » (anonyme
1715) et la construction du Métropolitain « Métro
correspondance » ( Georges Ouvrard fils).
Avec une truculence espiègle et sa voix chaude d'animateur radio,
il termine le spectacle par un excellent Medley composé des plus
célèbres chansons sur Paris et elles sont fort nombreuses.
Pour n'en citer que quelques unes de « Paname à Paris
s'éveille », de « Sous le ciel de Paris à Paris sera
toujours Paris », du « Le Poinçonneur des Lilas à
Pigalle », de « Paris au mois d'Août à Paris, c'est
une blonde » !
Saluons, bien entendu, le talent de l'accordéoniste et son piano
à bretelles qui fait vibrer l'air de Paris sera toujours Paris !
CatS / Theothea.com le 16/08/22
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©
Theothea.com
Liste et auteurs des
chansons
- Adieu Paris (Lucien Boyer, Sanders)
- Depuis que je suis à Paris (Jean Nohain, Mireille )
- Paris jadis. (Jean-Roger Caussimon, Philippe Sarde)
- 18 rue Daval ( Instru, Jean-Claude Laudat)
- Les Halles de Paris (Georges Gérard, Georges Cornil)
- Enfin Louis le Grand est mort ( Anonyme 1715)
- Les Bienfaits du système (Anonyme 1719)
- La rue des Blancs-Manteaux (Jean-Paul Sartre, Joseph Cosma)
- Les Tuileries (Victor Hugo, Colette Magny)
- Le capitaine « Au mur ! » (Jean-Baptiste Clément,
Max Rongier)
- La Chabraque (Marcel Aymé, Guy Béart)
- Métro correspondance (Georges Ouvrard, fils)
- les vieux Messieurs du Luxembourg (Maurice Genevoix, Guy
Lafarge)
- Madame Arthur (Paul de Kock, Yvette Guilbert)
- De place en place (Lucien Boyer, Adolphe Stanislas)
- La Joconde (Paul Braffort)
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SI ASTOR M'ETAIT CONTE
Hommage à Astor Piazzolla
Trompette &
Accordéon
avec
Lucienne Renaudin-Vary & Félicien Brut
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Eglise de Saint-Martin-la-Méanne
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© Theothea.com
Sur les deux mois d'été, le festival MilleSources rayonne
dans le Limousin & la Haute-Dordogne avec la motivation de rendre accessibles
au plus grand nombre de spectateurs plusieurs artistes établis autant
qu'en devenir dans les musiques classiques, de Jazz voire même
populaires...
Avec un programme dédié à chaque lieu de
représentation, les sites honorés sont forcément
diversifiés dans leurs qualités intrinsèques notamment
en ce qui concerne l'acoustique...
C'est ainsi que, le samedi 13 août, la petite église de
Saint-Martin-la-Méanne accueillait, avec cet atout sonore majeur,
le duo Lucienne Renaudin-Vary & Félicien Brut respectivement
trompettiste & accordéoniste pour un hommage à Astor Piazzolla
en mettant autant en valeur les musiciens qui ont joué sa musique
que les oeuvres dont celui-ci s'est inspiré.
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©
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Très fluides voire chorégraphiques dans leur approche
instrumentale, l'une ondulait en pistonnant & soufflant debout pieds
nus alors que l'autre assis la plupart du temps accompagnait les va-et-vient
de son soufflet à double claviers dans le flux et le reflux d'une
gestation corporelle par vagues récurrentes.
Tous les deux semblaient marteler dans l'extension de leurs jambes
jusqu'à l'extrémité de leurs doigts de pieds le rythme
vibratoire de la communion entre cordes et cuivre.
Ponctuant leur performance, pour lui d'évocations rendant compte
de son évolution professionnelle dans le monde de l'accordéon
au fil des rencontres et des postes occupés précédemment
dans plusieurs conservatoires de musique en province, pour elle de repères
dans sa formation disciplinaire célébrée déjà
par de nombreux prix internationaux, les duettistes captaient l'attention
du public en le rendant sensible aux particularismes de pratique liés
à leurs instruments ainsi qu'à leur fascinante
complémentarité harmonique.
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©
Theothea.com
Chacun des deux interprètes apprécie la prise en charge
du Festival MilleSources qui leur a permis, notamment pour lui en tant
qu'invité officiel de cette session, à plusieurs formats
d'exhibitions permettant de signifier et de réaliser des prestations
artistiques différenciées et donc riches en expressions
auprès des spectateurs...
Davantage que régi par des circonstances opportunes estivales,
leur concert en binôme devrait perdurer de plus bel tant les deux artistes
trouvent en ce rapprochement de la trompette et de l'accordéon une
énergie sans cesse renouvelée réciproquement; quant
au public, ses applaudissements à l'issue de chaque uvre et
ses nombreux rappels faisaient preuve d'une séduction indéniable
que le charmant cadre de la très jolie petite église
corrézienne valorisait à merveille.
Bravos à tous ces talents ainsi offerts en partage jusque dans
la plus grande profondeur des villages de l'hexagone !....
Theothea le 19/08/22
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© Theothea.com
Programme du Concert
pour Trompette & Accordéon
Lucienne Renaudin-Vary & Félicien Brut
en léglise de Saint-Martin-La-Méanne
le samedi 13 août 2022
Il était une fois Astor
Chau Paris
de Astor Piazzolla
Un écho des Ecoles Nationales
Fantaisie Slave
de Carl Hohne
Danses Norvégiennes n°2 &
3
de Edouard Grieg
Buenos Aires
Maria de Buenos Aires - extraits
de Astor Piazzolla, arrangements de
Jérôme Ducros & Domi Emorine
Le passage à New-York
Tonight - extrait de West Side Story
de Léonard Bernstein, arrangement de
Thibault Perrine
Sous le ciel de Paris
Medley de Valses Paris
arrangement de Claude Thomain et Eric Bouvelle
Nuevo Tango
Escualo
de Astor Piazzolla
Héritage
Aria
de Richard Galliano
Dopo La Folia
de Thierry Escaich
Tango pour Claude
de Richard Galliano
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LE CYRANO DE LA LUZEGE
EN SON FESTIVAL 2022
Le « Cyrano » de La Luzège en son Festival
2022
Texte de
Edmond Rostand
mise en scène Romane
Ponty-Bésanger
avec
Maxime
Bonnand, Vicor Calcine, Ashille Constantin, Emmanuel Demonsant, Clémentine
Haro, Fabrice Henry, Coralie Leblan et Vincent Pouderoux
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Champagnac-la-Noaille
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© Louise Ajuste
Le Festival de la Luzège est un incontournable des festivités
estivales de la Corrèze. Existant depuis de nombreuses années,
il se produit dans de nombreux villages de ce verdoyant département.
Cette 36ème édition a débuté le 20 juillet
2022 à Ussel - Château de la Diège - et sest
clôturée le 17 Août à Neuvic - Lac de la Triouzoune
- en passant le dimanche 14 par le pittoresque Roc du Gour Noir à
Saint-Pantaléon-de-Lapleau.
Depuis 2019, un collectif d'acteurs (Clémentine Haro, Fabrice Henry,
Romane Ponty-Bésanger et Vincent Pouderoux) en assure la direction
artistique.
Aussi, c'est avec grand plaisir qu'on retrouve chaque été
cette troupe fidèle de Comédiens particulièrement
sympathiques accueillie, une nouvelle fois, ce 10 Août 2022, dans le
cadre bucolique de Champagnac-la-Noaille.
En cette très chaude soirée, une magnifique pleine lune
s'est invitée irradiant le champ adossé à la scène
et baignant les spectateurs disposés en « U »
sur le terrain adjacent à la Salle des Fêtes, astre magistralement
et totalement synchrone avec la poésie qui imprègne Le
« Cyrano » d'Edmond Rostand et souvent invoqué
par le pittoresque poète.
Car nos amis comédiens auront plongé cette saison dans le
mythe de Cyrano et se sont ainsi déployés tout autour des
spectateurs immergés au centre d'une ronde effrénée
et virevoltante, les acteurs ne cessant de courir et s'agiter jusqu'à
lextrémité du pré intégré dans leurs
déplacements.
Cependant, la mise en scène de Romane Ponty-Bésanger est
d'une grande sobriété et met particulièrement l'accent
sur l'orateur friand de beaux mots, aimant les alexandrins davantage que
sur le mousquetaire servant dans une unité de Gascons prêt à
ferrailler et à en découdre si tel énergumène
se permet d'ironiser sur son son aspect physique.
Dans cette perspective, on préfère le bel esprit, le truculent
homme de lettres susurrant des mots doux à sa bien-aimée par
le truchement d'un bellâtre au duelliste agressif prêt à
manier l'épée avec ses acolytes.
Victor Calcine qui, en 2021, avait mis en scène ''Bon appétit,
Messieurs'' d'après Victor Hugo, ici affublé d'un faux nez,
cet appendice source de tant de douleurs, insuffle beaucoup de douceur à
Cyrano de Bergerac s'engageant à prendre Christian de Neuvillette,
beau cadet sans esprit ni talent d'expression, amoureux de Roxane, sous sa
protection et organise un stratagème : il écrit pour Christian
(Maxime Bonnand) des lettres ardentes au langage ciselé et lui souffle
des déclarations d'amour qui enflamment la jeune demoiselle jouée
par une Coralie Leblan pleine d'ardeur et bouillonnante de passion.
On se souvient que celle-ci avait empoigné avec beaucoup
d'énergie le rôle de la petite fille audacieuse dans '' la
Traversée d'Alice '' (mise en scène de Clémentine Haro),
deux ans plus tôt dans ce même lieu.
Cyrano, lui se présente en amoureux transi qui cache secrètement
ses sentiments et qui n'explose que lorsqu'on ose se moquer de sa
disgrâce.
Le vicomte de Valvert, son rival, l'attaque maladroitement sur son organe
nasal disproportionné et ce dernier, piqué au vif, réplique.
Nous assistons alors à la célèbre « tirade
du nez », réponse pleine de brio à un Valvert joué
par Ashille Constantin très espiègle; on sent chez ce
comédien originaire de Sainte-Lucie (Caraïbes) le plaisir ludique
d'amuser le public.
Un autre ennemi de Cyrano, le comte de Guiche, gentilhomme épris
de Roxane mais marié est interprété par Emmanuel Demonsant.
Fabrice Henry qui a mis en scène '' la Tempête '' de Shakespeare
en 2020 est Lignière, figure d'ivrogne distingué; Vincent Pouderoux
qui, en 2019, a mis en scène Platonov d'après Anton Tchekhov
est Ragueneau, le savoureux pâtissier des comédiens et des
poètes.
Les acteurs de la troupe de La Luzège au jeu corporel dynamique
inventent leur partition physique en investissant les lieux autour de la
scène centrale et communiquent avec un évident enthousiasme
la verve comique, le savoir-faire et l'impétuosité
nécessaires pour revisiter une oeuvre de cette qualité.
Romane Ponty-Besanger propose une adaptation légère et
respectueuse dans un univers poétique, s'éloignant de l'image
attendue du mousquetaire. Pas d'épée, de fleuret ou de glaive,
pas de bottes, de capes ou de chapeaux au panache blanc, les altercations
se font sans porter d'estocades, seulement en utilisant le langage fleuri
d'Edmond Rostand.
Pas de décors, de temps à autre Vincent Pouderoux manipule
des poutrelles de bois en poussant la chansonnette pour simuler la boutique
de Ragueneau ou pour dresser le fameux balcon sous lequel Cyrano,
dissimulé, souffle les paroles enflammées que Christian aurait
dû prononcer pour séduire Roxane qui, finalement, sera nettement
plus sensible à l'éloge d'un discours spirituel qu'à
une simple beauté externe.
Pour le plaisir des mots, des rimes et des structures en vers, Cyrano
truque le réel afin de le rendre plus aimable, plus drôle, plus
poétique. Héros blessé, il est l'artiste romantique
qui ira jusqu'au bout de son histoire.
Bravo à cette merveilleuse troupe qui garde l'esprit de noblesse
tant recherché par Cyrano !
CatS / Theothea.com le 18/08/22
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ROLLING STONES SIXTY
Les Rolling Stones en concert festif pour leur Sixty Tour
à Paris Longchamp
avec
Mick Jagger, Keith Richards & Ron Wood
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Hippodrome Paris Longchamp
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© Theothea.com
Autant à lhippodrome de Longchamp le concert du samedi 1er
Juillet 1995 avait été dantesque et contrariant, autant celui
du 23 juillet 2022 aura été festif et exaltant, de la tempête
désastreuse dalors jusquà la chaude soirée
estivale récente, du « Voodoo Lounge »
détrempé au « Sixty Tour » ovationné,
Les Stones auront ainsi bourlingué au cours de trois nouvelles
décennies durant lesquelles ils auront inauguré le Stade de
France en y effectuant plusieurs come back ainsi que LU Arena de la
Défense, joué à Bercy & de nouveau à
lOlympia
pour ne faire référence quà
leurs exhibitions parisiennes auxquelles il faudrait ajouter en spots
précédents, Le Palais des sports, les abattoirs de la Villette,
le Parc des Princes, lhippodrome dAuteuil ainsi que pareillement
le Théâtre Mogador et la salle du Trabendo.
Toujours est-il que pour célébrer leurs soixante années
de plus grand groupe de Rock & Roll du monde ses membres escomptaient,
Mick Jagger en tête, pouvoir trôner en concert 2022 sur le Champ
de Mars au pied de La Tour Eiffel.
Que nenni, ce projet naura point été validé
par les autorités parisiennes et cest, en définitive,
dans linfrastructure du Festival musical Lollapalooza se déroulant
au bois de Boulogne le week-end précédant lune de leurs
deux étapes françaises que le fabuleux groupe anglais est donc
revenu pour son troisième concert à Longchamp.
En sus, Les Rolling Stones auront bénéficié sur ce
site dune réplique de 34 mètres de La Tour Eiffel à
échelle 1/10ème quen la parant de leur logo
emblématique, on pourrait feindre de croire que lemplacement
souhaité à lorigine avait été facticement
honoré.
Car, effectivement, cela aurait pu être un superbe signe de
reconnaissance décerné au groupe de Mick Jagger à
linstar, par exemple, de Johnny Hallyday & de Michel Polnareff
qui, respectivement, eurent précédemment lhonneur de
chanter devant le prestigieux monument symbolisant Paris dans le monde
entier.
Cependant, le vaste hippodrome, sans grande magie particulière,
a néanmoins pour vertu de disposer dun immense espace à
lair libre ayant notamment pour cadre un environnement boisé
avec perspectives lointaines sur La Défense et ses environs
Deux tribunes latérales de petites dimensions installées
pour Lollapalooza proposaient des places assises de part et dautre
de la scène Sixty que le barnum des Stones a transportée et
installée pour chacune des prestations de cette tournée
européenne dune vingtaine de dates estivales se clôturant
à Berlin le 3 août.
Cependant, bardés de ces contraintes contradictoires, il est manifeste
que Les Rolling Stones auront donné à Paris en 2022 ce concert
mémorable dont chacun des cinquante cinq mille spectateurs est
dores et déjà fort nostalgique.
En effet, à trois jours de lanniversaire des 79 ans de Mick
Jagger, cest avec une conviction puissante et créatrice que
lensemble des musiciens sur le plateau ont fait vibrer le patrimoine
musical Stonien dans un élan dynamique que le public leur retransmettait
à son tour en écho.
Il y avait dans lair ce je ne sais quoi dintemporel et
dévanescent qui inspire aux âmes ces instants rares
déternité terrestre fort communicative.
Comme pour signifier cette attitude collective propice aux bonnes vibrations,
la reprise de « Out of Time » extraite de leur premier
album original « After-Math » apparaissait comme un signe
des temps à jamais retrouvé dans la psalmodie scandée
par Mick invitant à lexpression chorale de la foule
entière.
Dailleurs, Keith Richard grimpé sur un nuage semblait en
fin de show comme en proie à des forces mystérieuses
irrésistibles qui sagitaient rieuses à
lintérieur de son surmoi.
Quant à Ron Wood le plus souvent concentré, il semblait
néanmoins pris de convulsions passagères lemmenant vers
une sorte de paradis éthéré nec plus ultra. Steve Jordan
remplaçant avec pertinence Charlie Watts se montrait à la fois
très discret et fort impliqué dans les roulements rythmés
de sa frappe intensive et percutante.
La choriste Sasha Allen se libérant pleinement de toute inhibition
se lançait diablesse pour affronter gestuellement et vocalement le
charisme sensitif et performant de Mick son partenaire sur « Gimme
Shelter » en se boostant mutuellement yeux dans les yeux.
Tous ainsi étaient à leurs tâches instrumentales
dédiées dans une écoute visuelle à
laffût de chaque signe subtil qui les relie ensemble à
la performance de linstant présent.
Bien entendu le leader se comporte en vigie tout azimut observant
simultanément ses partenaires et les spectateurs de façon,
à chaque instant du show, dêtre en mesure dadapter
sa gestuelle, ses déplacements, son expression vocale à toutes
les opportunités soffrant en improvisations anticipées
bien que le plus souvent scénographiées par automatisme quasi
génétique.
Il nempêche que Mick Jagger, on a beau le savoir mais cela
reste toujours surprenant, est de fait un véritable phénomène
pour lequel même son âge avancé semble être un
paramètre dajustement pour le moins relatif.
Bien sûr, en soixante années de pratique scénique,
lexpérience acquise compte sans doute davantage que le talent
inné mais il savère que son sens instinctif apparaît
en permanence comme une stratégie imparable à son charisme
sans cesse sur la brèche alors que sont convoquées pour son
personnage de star incarnée du rock, sensualité, fluidité,
intensité et distance de soi prenant en charge sa relation directe
et quasi permanente avec les vibrations latentes du public.
Avec sa souplesse et sa minceur dadolescent ayant maintenu
lesprit frondeur, il semblerait alors que les traits burinés
du visage sestompent dans le faisceau des projecteurs ne conservant
que la mobilité de la silhouette surréaliste en prise tactile
avec linconscient collectif.
Certes en raccourcissant sensiblement les parcours effectués sur
le praticable grâce à la modélisation de dimensions moindres
concernant linfrastructure notamment pour lavancée centrale
en direction du public, le show man a bien moins lopportunité
de courir à grandes enjambées quauparavant mais si donc
la marche rapide serait devenue le style actualisé du Sixty Tour,
la puissance dégagée semble paradoxalement se décupler
dans les changements de direction incessants et les grandes circonvolutions
de ses bras enveloppant la foule par empathie réciproque !
Il est à noter que le rajeunissement effectif du public est en
cours et que, par conséquent, si les générations fondatrices
du groupe sont toujours bien représentées, il apparaît
néanmoins que les trentenaires contemporains composent la grande
majorité des spectateurs.
Ce sont donc les petits-enfants des fans originels des Stones qui viennent
désormais découvrir sur le tard les héros vintages de
leurs grands-parents lorsque ceux-ci étaient ados au XXème
siècle.
Dire qu'ainsi Les Stones sont devenus consensuels nest peut-être
pas quune simple vue contredite par lesprit malin qui
spontanément les classifierait encore et toujours comme
« rebelles ».
Certes « railleur » lorsque Mick Jagger annonce, farceur,
quil est venu laprès-midi même sur le site en vélo
accompagné dAnne Hidalgo mais il faut bien que le désaveu
de lauthentique Tour Eiffel émerge au moins dans une boutade
pour solde de tout compte, nest-ce pas ?
Oui, ce 23 juillet 2022, lesprit était avant tout jovial
sous cette agréable soirée dété bucolique
et quel que soit lemplacement où se trouvait chacun des 55000
privilégiés pour ce rendez-vous au sommet du world Rock, le
son était excellent sans aucune réverbération malvenue
occasionnée par quelque acoustique approximative de stade
bétonné, sans même aucun « fading »
dû à un vent inopportun mais ici réduit à
létat de bise apaisante et cest donc dans la pleine
félicité que les spectateurs ont applaudi au final ces trois
survivants mythiques venus directement des Sixties à loccasion
de leur Sixty Tour agrémenté de lampions conviant à
la festivité, tout en retournant volontiers avec empressement à
ces formidables artistes leur propre compliment ultime : MERCI !
Theothea le 31 juillet 2022
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