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9ème
Saison
Chroniques 09.76
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DON JUAN
de Felix
Gray
mise en scène
Gilles Maheu
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****
Palais des Congrès
Tel: 01 40 68 00 05
|
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Photo libre de droits - presse
Moteur
Tel un carnaval de Venise ayant revisité les sortilèges
amoureux du Flamenco, ce "Don Juan" de Félix Gray réussit à
capter l'ensemble des dons propices à l'engouement que peut susciter
une comédie musicale digne de ce nom!...
Et pourtant en prémices à la générale parisienne,
les augures semblaient peu enclins aux présages favorables, au vu
et au su des échecs relatifs ayant eu raison précédemment
de "Cindy", des
"Demoiselles de Rochefort",
de "Chicago", de
"Spartacus" entre
autres!…
D'ailleurs affichant d'emblée profil bas durant les
avant-premières, la vaste salle du Palais des Congrès avait
opté pour une modeste configuration "concert", réduisant de
moitié sa capacité disponible jusqu'à ce fameux mardi
1er mars 2005 où les bonnes vibrations semblaient soudain s'être
emparées de l'événement pour en surbooker la jauge
intégrale!…
C'est alors qu'en temps réel allait se produire le miracle tel
que l'avaient à peine oser imaginer dans leurs rêves les plus
ambitieux, son concepteur Félix Gray, son réalisateur Gilles
Maheu et son producteur Charles Tallar; en effet l'entracte du tout Paris
frémissant déjà de l'enivrement andalou imprégné
de frénésie ébouriffante de guitares et de claquettes,
une voie royale pouvait désormais de toutes évidences s'ouvrir
au succès hexagonale indéfectible!…
Car ce "Don Juan" est, avant toute autre considération, lié
à un rythme dûment cadencé où les émotions
artistiques s'enchaînent telles des images flashées en
récurrence que la mémoire interprète comme autant "Du
plaisir" à être dégusté en osmose avec le livret
et même le cas échéant sur des chevaux mécaniques
stylisés empruntés à l'imagination de Léonard
de Vinci!…
C'est bien évidemment la puissance de l'atavisme espagnol ressurgissant
au sein d'une culture latine de l'amour, elle-même enlacée dans
ses contradictions passionnelles, qui en crée le flux énergisant,
d'autant plus que l'auteur s'arroge la licence poétique de faire tomber
le fameux mercenaire de la conquête galante (Jean-François Breau)
non sous la traditionnelle damnation du Commandeur mais bel et bien sous
le coup de foudre inspirée par la séduisante Maria (Marie-Eve
Janvier)!…
De fait au cours d'un duel devenu inéluctable, c'est l'épée
de son rival Raphaël (Philippe Berghella) qui pourfendra l'âme
du pécheur repenti afin de faire avouer Don Juan, en toute humilité:
"C'est à cause de moi que je meurs"!...
Dans cette ultime chance accordée au héros de gagner son
purgatoire, réside le secret d'une création flamboyante mise
en chorégraphies (Nuevo Ballet Espanol) par Carlos Rodriguez et Angel
Rojas, dont la rédemption constituera le magistral bouquet final sans
besoin de nul autre artifice!…
Les quarante chanteurs et danseurs portés par la vague déferlante
du feeling mauresque lancinant auront pu ainsi clamer le désespoir
de leurs rôles respectifs, pourvu qu'au final l'Amour soit apparu comme
l'unique vraie victoire d'une lutte universelle à dimensions
humaines!…
C'est ainsi sans aucun doute, qu'il fallait entendre dans la fougue de
l'immense "standing ovation", la proclamation jaillissant du coeur de Johnny
Hallyday à l'adresse du maître de soirée livré
sur scène aux félicités: "C'est nous qui te remercions,
Félix !…"
Theothea le 10/03/05
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LE PRINCE DE HOMBOURG
de Heinrich
von Kleist
mise en scène
Daniel Mesguich
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****
Théâtre de l'Athénée
Tel: 01 53 05 19 19
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Visuel dossier de presse
Telle qu’une vision fantasque d’un double du père projeté
sur scène, Daniel Mesguich se tenait debout au fond de l’orchestre
du théâtre de l’Athénée observant son fils durant
l’intégralité de cette quatrième représentation
du «Prince de Hombourg» alors que son assistante, bloc en mains,
en consignait des notes de création in situ!...
A l’autre extrémité du spectre adossé dans l’ombre,
William Mesguich lui en pleine lumière paraissait avoir
intégré le panel des mimétismes suffisamment signifiants
en filiation pour une posture à l’identique, mais ô combien
troublante!...
Être à la fois celui qui dans un somnambulisme visionnaire
va pressentir si intensément le souffle de la mort au point d’en
être gracié par Heinrich von Kleist et en contraste concomitant
celui qui va dupliquer la vie au point de la figer en une icône du
jeune homme éternel à l’image du père!...
Ce soir-là, le Prince était-il de fait sur les planches
dans le jeu de l’absence au monde pour mieux évaluer l’enjeu insaisissable
de la vie au présent? N’était-il pas le reflet de cette
réplique muette postée en symétrie de notoriété
au-delà de toute contingence physique sublimée?
«Miroir et Métaphore» conceptualisés ainsi par
l'incarnation de leurs alter ego se complétaient en bonne "Compagnie"
sans qu’il y ait pour autant nécessité à requérir
les clones de leurs partenaires à part entière Catherine Berriane,
Alexandre Ferrier, Xavier Gallais, Jean-Louis Grinfeld, Claudie Guillot,
Elsa Mollien, Philippe Maymat, Marine Marty, Philippe Noël, Laurent
Prévot, Grégory Quidel, Thibault Vinçon!...
Une mise en scène brillante où le perfectionnisme se met
au service d’une technologie pertinente et où la lumière
transfigure le sacrifice néo-romantique d'une destinée
mélancolique égarée par l’aveuglement de
l’Amour!...
Theothea le 16/03/05
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PEER GYNT
de Henrik
Ibsen
mise en scène
Patrick Pineau
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****
Odéon Berthier
Tel: 01 44 85 40 40
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Photo libre de droits - ©
PIDZ
De la Cour d'Honneur en Avignon jusqu'aux Ateliers Berthier s'est
développé le concept d'une création qui, en neuf mois,
a enfanté à chaque représentation d'un Peer Gynt tout
neuf se dépouillant toujours davantage des couches successives des
simulacres sociaux pour ne jamais en finir d'apparaître intégralement
nu…. juste avant d'éviter le ridicule!…
En se voulant jusqu'à terme maître de son destin et de sa
singularité, les catégories d'entendement se sont inversées
au compagnonnage des Trolls, agissant comme le révélateur
négatif d'une ambition en quête de sa
spécificité!…
Véritable Don Quichotte de l'accomplissement, Peer va en effet
s'acharner, la vie durant, à devenir lui-même en parcourant
aussi bien les chemins intérieurs du mental que ceux des grandes
randonnées planétaires!…
Pratiquant l'esquive dès que l'engagement lui semble par trop captif,
cet anti-héros n'aura de cesse d'échapper aux influences qui
chercheraient à l'assimiler au devenir de l'humanité !…
Cependant du giron maternel originel au sein de la femme aimante sur le
tard, le grand détour de la vie lui aura valu nombre de frustrations
mettant à mal la mythomanie à laquelle il s'est
désespérément attelé jusqu'à atteindre
le temps des échéances lui donnant des rendez-vous oppressants
avec la vérité ultime!…
Au théâtre l'Odéon Berthier, le plateau s'étant
resserré sur un volume clos et dépouillé, la
pérégrination de Peer prend une apparence brute de décoffrage
pour laquelle il n'est plus possible de faire l'économie d'une attention
soutenue!…
Eric Elmosnino non seulement tient le défi de cette divagation
philosophique mais semble prendre une mesure toujours plus juste d'un rôle
aventureux où paradoxalement la résignation va culminer dans
la victoire sur chaque illusion!…
Patrick Pineau dirige son comédien fétiche comme une tête
chercheuse d'un trésor enfoui sans que jamais celui-ci n'apparaisse
désorienté par tant de velléités
universelles!…
Une leçon de comédie où l'acteur se doit d'être
au plus près de son personnage dans la distanciation la moins
feinte!...
Theothea le 17/03/05
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LA VIE D'ARTISTE RACONTEE
A MA FILLE
de
Jérôme Savary
mise en musique
Gérard Daguerre
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****
Opéra Comique
Tel: 08 25 00 00 58
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Photo libre de droits - presse Opéra
Comique
Jérôme Savary a enchanté son monde et il voudrait
maintenant tirer sa révérence en faisant un dernier tour de
piste sur les planches de l'Opéra-Comique qu'il dirige depuis cinq
années!…
Tel un Charlie Chaplin dont son personnage de scène cultiverait
désormais la bonhomie, il accède à l'un de ses rêves
les plus chers: Jouer avec sa fille Nina, qui elle ressemble à s'y
méprendre à l'une des sœurs possibles de Géraldine
Chaplin!…
En tel équipage, le maître de maison qui dans la France profonde
rode ce nouveau spectacle créé à Orléans en juin
2004, souhaite l'offrir comme un divertissement artisanal en forme de
témoignage d'une époque sans doute révolue mais dont
la perception du Seigneur des lieux pourrait néanmoins porter à
équivoques!…
En effet si celui-ci, qu'il en convienne ou non, est gagné par
une certaine mélancolie, s'y ajoute également à sa
convenance, une sorte de désaveu voire un reniement d'une
créativité d'antan certes loufoque et souvent excessive mais
pourtant bel et bien constitutive de son image de marque!… Seule trouverait
grâce à ses yeux la vérité du Jazz qu'il a
côtoyé dans sa jeunesse au plus près de ses valeurs
originelles de référence!...
Il se pourrait que cette attitude soit rétroactive d'une humilité
feinte, mais l'homme de théâtre oppose toutefois une forte
contradiction de principe à Jean-Louis Barrault qui, en 68, admettait
le saccage de l'Odéon sans autre acrimonie en énonçant:
"Les jeunes ont toujours raison!… "
Aussi a contrario Jérôme Savary, lui quel que soit son âge,
s'autoriserait de donner des leçons à la terre entière,
dans le refuge d'un cocooning assez paranoïaque, par exemple en vilipendant
toutes formes de comédie musicale contemporaine autre que celle que
lui-même pratique avec de vraies voix et de véritables
instruments!…
A preuve cette "Vie d'artiste…" pour laquelle il a l'habileté de
transformer la mode et la rentabilité financière du one-man
show en un duo à part entière mais dont il sait tirer toutes
les ficelles du spectacle vivant…. pour ne pas dire la couverture… puisque
d'évidence Nina Savary peut y démontrer à nouveau son
talentueux savoir-faire!…
Il n'empêche ce legs est d'autant plus lourd à porter pour
la jeune femme que son père n'a de cesse de répéter
au cours de la représentation que s'il avait réussi à
saisir certaines opportunités au cours de sa vie, "… il ne serait
pas aujourd'hui obliger de faire le gugusse pour honorer ses pensions
alimentaires !…" Tact pour le moins charmant!…
Le message prosaïque est donc capté 10 sur 10 !… S'il devait
y avoir du désabusement chez Jérôme en charge de
l'Opéra-Comique, c'est qu'il y a nécessité à
remplir les caisses familiales quasiment à compte d'auteur; aussi
qu'on se le dise la tentation d'aller mettre un point final à sa
carrière artistique pourrait bien se solder par une prestation de
sdf sur le pont des Arts où le metteur en scène de génie
espère néanmoins le compagnonnage de son directeur musical,
Gérard Daguerre!…
A votre bon cœur, messieurs, dames!…
Divertissement réjouissant et plein de paillettes effectivement!…
Mais point besoin de gratter où Charlot se démange, le
pathétique est également invité à la fête
de ce premier adieu du prestigieux magicien!…
Theothea le 18/03/05
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EMBRASSER LES OMBRES
de Lars
Norén
mise en scène
Joël Jouanneau
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Théâtre du
Vieux Colombier
Tel: 01 44 39 87 00
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© Jean-Paul Lozouet -
Photos de Spectacles
Réunir Catherine Hiegel et Andrzej Seweryn pour une danse de mort
où le feu doit se confronter à la glace était
déjà en soi un projet passionnant à monter!...
Créer une pièce de Lars Norén projetant l'ombre du
grand écrivain américain Eugene O'Neill sur une fin de vie
inhibée par la maladie de Parkinson et plongée dans le conflit
caractériel avec son épouse nécessitait une mise en
scène réaliste que l'unique décor de Jacques Gabel a
su identifier avec quelques fauteuils et un escalier autorisant la
dérobée, au sein d'une maison isolée près de
l'Océan!...
Quatre personnages en compagnie d'un domestique (Nicolas Wan Park) et
d'un singe empaillé vont se quereller en multipliant les postures
du ravage si non pour rejeter les causes des dysfonctionnements de leurs
vies sur autrui, tout au moins pour évacuer le poids de l'échec
dans l'implication de leurs partenaires!...
Deux fils (Eric Génovèse & Mathieu Genet) vont donc
le temps d'une journée du soixantième anniversaire de leur
père pâtir de la mésentente inhérente à
son troisième mariage. A l'égard de l'époux ou de la
belle-mère, les souffrances et les torts pourront autant être
considérés à charge qu'à décharge de telle
sorte qu'aucun des protagonistes ne pourra sortir indemne de sa
responsabilité personnelle dans le naufrage mutuel...
Au coeur de l'échec s'est d'abord installée l'impuissance
face à la création artistique; en effet n'étant plus
en mesure d'écrire, le dramaturge se refuse désormais à
dicter la suite de son oeuvre littéraire, au motif que les mots ne
peuvent courir que sous sa plume en action!...
Débute ainsi une kyrielle de reproches respectifs qui, de proche
en proche, vont contaminer l'ensemble du quatuor pour lequel des vices latents
tels qu'alcoolisme, drogue, égocentrisme, cupidité et autres
tares latentes feront de l'anthropophagie patriarcale devenue improductive,
le miroir d'une impossibilité à régir tout principe
de tolérance réciproque!...
Ramenée de cinq à trois heures, la réalisation de
Joël Jouanneau laisse subsister certaines dialectiques étirées
pouvant lester l'inertie de l'attention, mais au demeurant le cycle de la
désagrégation des affects a intrinsèquement besoin de
ces stades successifs où chaque membre peut à son gré
faire la preuve de son incompétence à sortir du cercle
destructif!...
Au terme de la journée, Lars Norén laissera ses personnages
comme il les avaient trouvés au matin; seule sera éventuellement
modifiée la perception de l'observateur qui aura eu ainsi tout loisir
de reconnaître ou non dans ce psychodrame familial, un duplicata en
rien formaté de la monstruosité du réel!...
Theothea le 24/03/05
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