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12ème
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Chroniques 12.41
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LA MEGERE APPRIVOISEE
de William
Shakespeare
mise en scène
Oskaras Korsunovas
|
****
Comédie
Française
Tel: 08 25 10 16 80
|
En confiant à Oskaras Korsunovas le soin de faire découvrir
quelques sens cachés de "La mégère apprivoisée",
Muriel Mayette, le nouvel administrateur de la Comédie-Française,
inscrit le dramaturge à son fronton institutionnel pour une remise
en perspective philosophique du spectacle vivant:
C'est parce que "La vie est un théâtre" que celle-ci doit
être théâtralisée au point de devenir "supra
réelle" avec l'objectif de faire émerger l'autonomie du
désir.
Evoluant ici sous une scénographie à trois niveaux depuis
l'enfer jusqu'au ciel transitant par la vie elle-même, c'est l'amour
qui sera l'enjeu garantissant la liberté du choix d'autrui.
En effet flanqués de "boucliers-costumes", les protagonistes du
psychodrame shakespearien apparaissent tels des sujets doutant du
bien-fondé de leur image.
A l'instar de toréadors jonglant avec la cape et l'épée,
réunies en une seule arme synthétisée en miroir dont
le verso ferait apparaître les atours distinctifs de chaque rôle,
ceux-là s'agitent dans l'arène en combattant un ennemi invisible
qui pourrait bien n'être que leur alter-ego.
C'est en parvenant à se distancier des oripeaux de l'égocentrisme
que Catharina (Françoise Gillard) et Petruchio (Loïc Corbery)
vont pouvoir à terme se débarrasser de cette prothèse
défensive devenue inutile, mettant ainsi à mal tout le formatage
socioculturel.
A contre-pied d'un machisme réducteur où dominant et
dominée signeraient au final un pacte conjugal de non agression,
l'attirance des deux amants rendraient compte a contrario d'une
réalité transcendée par l'acte théâtral
au bénéfice d'une révélation de leur
complémentarité.
Ce point de vue réformiste sur "La Mégère
apprivoisée" dérange quelque peu la pensée critique,
mais possède la vertu sui generis d'ouvrir l'interprétation
du jeu dramatique au vaste champ du dédoublement d'identité
entre subjectivité et objectivité.
Au demeurant, la mise en scène spectaculaire offre à la
vingtaine de comédiens sur le plateau, l'opportunité d'une
palette de savoir-faire chorégraphiques époustouflants dont
les talents respectifs assument à merveille le renouvellement de
générations au sein de la troupe du Français.
Theothea le 04/01/08
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LE BLEU DU CIEL
de Sade,
Bataille & Guerre
mise en scène
Claude Guerre
|
****
Maison de la
Poèsie
Tel: 01 44 54 53 00
|
 |
Photo LD.
|
Que l'on ne s'y trompe pas, Anne Alvaro est un astre solaire autour duquel
chaque planète prendrait plaisir à effectuer des circonvolutions,
tant le timbre de sa voix unique entre tous, cristallise l'attention ici
et maintenant en même temps qu'elle plonge son auditoire dans un ailleurs
indicible.
Aussi que Claude Guerre, le récent directeur de la Maison de la
Poésie depuis 2006 ait choisi cette comédienne pour constituer
le souffle de ses deux mises en scène dans le cadre d'une programmation
thématique de six spectacles, intitulée " Un hiver amoureux
", ne pourra que conforter les liens d'héritage que celui-ci veut
célébrer de Sade à Sophie Loizeau en passant par Georges
Bataille et Bernard Noël.
Introduisant le cycle avec " Le bleu du ciel ", spectacle qu'il fait
débuter par un extrait de " Les 120 journées de Sodome ", Claude
Guerre apparaît du fond de scène tel un magicien envoûteur
qui répandrait sur le sol une semence bleue de manière circulaire
pour transformer peu à peu celle-ci en rayons solaires jaune et rouge
devant le parterre du public entourant au plus près l'oeuvre picturale
sur laquelle Anne Alvaro et Julie Pouillon vont entretenir une psalmodie
chorégraphique faisant dialoguer deux séries de sept textes
signés Georges Bataille et Bernard Noel.
Se livrant corps et âme au ballet des mots érotiques, les
deux comédiennes tiennent précisément la distance
grâce à leurs voix qui s'épousent dans un contraste captivant
leurs regards plongés l'un dans l'autre pour en faire résonner
du grave au déchirant, le chant sulfureux de la libido.
Rien ne saurait arrêter la mécanique de la volupté
dans son désir de transgresser les tabous, si ce n'est la tentation
latente d'assimiler le féminin au masculin en une aberration
surréaliste.
Mais l'hiver ne fait que commencer et c'est sans doute pourquoi " Le plus
clair du temps je suis nue " répondra en écho la trompette
de David Lescot à l'ensorcellement d'Anne Alvaro dans le second spectacle
de Claude Guerre à suivre donc en aparté.
Theothea le 11/01/08
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L'HÔTEL DU LIBRE
ECHANGE
de Georges
Feydeau
mise en scène
Alain Françon
|
***
Théâtre de la
Colline
Tel: 01 44 62 52 52
|
 |
Photo ©
ArtComArt / Pascal Victor
|
Durant deux mois pour la bonne cause, Alain Françon le directeur
du théâtre de la Colline a décidé de transformer
son outil de travail en hôtel de passe.
De toutes évidences, le nombre de clients va y saturer le taux
de fréquentation car le bouche à oreille durant les fêtes
de fin d'année a su amorcer la pompe aspirante au rire le plus
dévastateur, celui bien entendu de Georges Feydeau qui excelle à
mettre tous ses personnages dans de beaux draps.
Des Paillardin aux Pinglet sous le regard caustique des femmes de chambre
et autre maître d'hôtel, c'est une immense chaîne de quiproquos
relayés par les proches des deux familles qui vont déménager
leur libido en déficit, le temps d'une sauterie improbable avec des
esprits farceurs.
C'est à l'éclairage de bougies blafardes que tout ce beau
monde va se retrouver pris au piège du libre-échange pour ne
pas dire d'un échangisme échevelé dont la connotation
aurait été trop actualisée.
Au centre de la toile, il y a Clovis Cornillac qui donne le ton à
la fois appliqué et volontariste d'une troupe bien décidée
à respecter scrupuleusement les consignes méthodologiques de
la direction d'acteurs.
Ce mélange détonant de réalisme assumé sous
contrôle d'une discipline imposée par la mécanique
intransigeante de l'auteur culte, aboutit sur les planches du théâtre
subventionné à une remarquable montée en puissance
libératoire où chaque spectateur va lâcher les rênes
du quant à soi, quand bon lui semblera.
Ainsi ce pacte tacite du " libre échange " entre la scène
et la salle a la faculté de combler tout fossé analytique entre
une vision sociopolitique des moeurs conjugaux au tournant des XIXème
et XXème siècles face au décalage comique que l'ensemble
des comédiens réussit à susciter en s'appliquant au
mieux à incarner les conditions du désastre affectif et sexuel
inhérent.
En l'absence délibérée de numéros d'acteurs
prévalants, le tour de force jubilatoire consistera donc à
exposer les rouages de la machinerie du Vaudeville pour en faire imploser
la combinatoire hilarante des frustrations implicitement engendrées.
A la Colline, c'était quelque peu osé et cependant ses
abonnés en redemandent.
Theothea le 14/01/08
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DETAILS
de Lars
Norén
mise en scène
Jean-Louis Martinelli
|
****
Théâtre des
Amandiers
Tel: 01 46 14 70 00
|
 |
Photo ©
Pascal Victor
|
Lorsque " Détails " fut créé à Stokcholm dans
une mise en scène de Bilie August en 2002, Jean-Louis Martinelli prenait
lui, la direction du Théâtre des Amandiers où il allait
reprendre d'emblée " Catégorie 3:1 " de Lars Noren qu'il avait
déjà mis en scène au TNS en 2000.
Telle une tragédie des sociétés contemporaines, ce
théâtre sociologique avait suscité des analyses globales
et polémiques qui viennent ici en quelque sorte trouver leur contrepartie
psychologique dans la mise en perspective apparemment plus intimiste de "
Détails ".
En effet cette pièce, qui pourrait se concevoir comme une chronique
de deux couples qui se croisent sur une période d'une quinzaine
d'année entre Florence, New York, Stockholm et Tel Aviv, poursuit,
façon puzzle chronologique, les tribulations conjugales cyclothymiques
de jeunes gens en proie au déficit de sens que semble prendre l'existence
moderne alors que la filiation pourrait avoir la charge passionnelle et duelle
d'en combler symboliquement la vacuité.
Cependant sur fond de densité culturelle à porter au
crédit d'une créativité en recherche constante et par
ailleurs de fléaux type Sida à assumer stoïquement au
coeur de la menace mortifère, ces êtres tentent la reconstruction
d'une subjectivité existentielle dans laquelle le concept d'identité
se pose en question essentielle au sein d'une sexualité confuse.
Tous les détails d'un vécu au quotidien relatés comme
un " presque rien soi-disant insignifiant " mais dont la psychanalyse freudienne
a su mettre en valeur la portée symbolique, constituent la trame d'un
récit séquentiel autobiographique d'un auteur qui a approché
au plus près dans sa jeunesse, les implications sociétales
de la schizophrénie.
Portés par des acteurs majeurs, les rôles d'Ann (Mariane
Basler) et d'Erik (Stéphane Freiss), d'Emma (Sophie Rodriguez) et
de Stefan (Eric Caruso) se renvoient la balle d'un jeu de société
où il semblerait qu'à chaque instant l'un pourrait se substituer
à l'autre, tant par empathie qu'en raison d'une indifférence
notoire.
La scénographie de Gilles Taschet, fidèle à Martinelli
depuis 2000, construit un vaste espace mental occupant toute la largeur de
la scène où extériorité et intériorité
se délimitent sur deux niveaux de hauteur et de retrait, en séparant
le cas échéant les deux entités par une verrière
verticalement coulissante.
Cosy ou stressée, l'atmosphère ainsi suscitée va
déteindre sur les attitudes comportementales au point de sembler
abandonner les protagonistes dans un vide sidéral, les abandonnant
aux affres d'une destinée sans objectif défini mais en leur
laissant néanmoins la liberté de se référer à
la vertu psychique structurante de toute prise de conscience.
Theothea le 16/01/08
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l' OPERETTE
de
Valère Novarina
mise en scène
Marie Ballet & Jean Bellorini
|
****
Théâtre de la Cité
Internationale
Tel: 01 43 13 50 50
|
 |
Photo ©
Nathan Martin
|
La compagnie Air de Lune fondée en 2000 par Marie Ballet et Jean
Bellorini autour d'une vingtaine de comédiens issus de l'école
Claude Mathieu, pourrait constituer pour qui la découvre ces jours-ci
à la Cité Internationale dans "L'Opérette", une
révélation tant attendue d'un spectacle vivant qui saurait
faire surgir le talent collectif hors de personnalités oeuvrant à
l'unisson.
Sélectionnée à deux reprises au Festival "Enfants
de troupes" parrainé par Ariane Mnouchkine au théâtre
du Soleil en 2003 & 2004, le projet artistique assumé est de vouloir
"célébrer dans le délire, les noces de la musique et
du théâtre".
Sur la scène de la Coupole, les huit jeunes comédiens incarnant
des rôles aux intitulés aussi baroques que La femme Pantagonique
(Boutaïna El Fekkak), Le Galoupe (Karyll Elgrichi), L'ouvrier Ouiceps
devenant l'infini Romancier (Matthieu Fayette), le E muet devenant le Valet
de Carreau (Jean-Christophe Folly), le Mortel (Geoffroy Rondeau), L'Acteur
fuyant autrui (Jérémie Sonntag), La Dame autocéphale
(Camille Voitellier) ainsi qu'Anastasie (Aurélie Cohen) vont en cent
minutes parcourir "l'Opérette imaginaire" de Valère Novarina
pour en extraire le suc du prologue associé à l'acte 3.
En conducteur du langage musical déjanté, un quatuor
composé par une soprano accordéoniste (Amélie Porteu
de la Morandière), une alto violoniste (Céline Ottria), un
ténor percussionniste (Romain Quichaud) et une contrebasse (Marc
Bollengier) assure ce mariage détonnant entre des chants liturgiques
et la profération du texte de Valère Novarina.
Au rendez-vous des ces instants privilégiés, se succèdent
comme par magie harmonique, l'Alléluia du Messie de Haendel, l'Ave
Verum de Mozart, l'Ave Maria de Gounod, l'Ave Maria de Schubert au sein de
quelques créations originales où la musique en accord avec
le texte sublime l'émotion.
Dans sa métaphore du désir, la logorrhée de Novarina
n'aurait que les apparences de l'absurdité parce qu'elle tire toutes
les conséquences d'une raison humaine finissant par se perdre aux
limites de sa propre compétence.
Sa sémantique provoque ainsi une impression d'étrangeté:
"On ne comprend rien, et pourtant on comprend tout".
Surfant sur ce paradoxe jubilatoire, le chef d'orchestre (Jean Bellorini)
entraîne sa compagnie sur des registres fantasmagoriques où
l'intuition acoustique en rythme la syntaxe allégorique afin que langue
et musique puissent y correspondre en choeur au-delà de toutes
contingences.
Theothea le 17/01/08
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