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12ème
Saison
Chroniques 12.66
à
12.70 Page
203
Les
MOLIERES
2008
Les Nominations
Entre
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et
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60ème
Festival de
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A la recherche d'un
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UNE SOURIS VERTE
de Douglas
Carter Beane
mise en scène
Jean-Luc Revol
|
****
Théâtre Tristan
Bernard
Tel:
01 45 22 08 40
|
Voici que Diane, Mitchell, Helen & Alex entrent sur la piste d'une
comédie sociétale afin de brocarder joyeusement l'image
emblématique du cinéma hollywoodien, en osant fustiger les
compromis stratégiques qui inventent, de toutes pièces, des
carrières artistiques bien lisses et donc "vendables" au grand public
américain et international.
En grand manitou des manettes qui agitent les marionnettes en coulisses,
il y a Jean-Luc Revol qui organise le chassé-croisé permanent
entre les quatre protagonistes au coeur d'une scénographie (Sophie
Jacob) tournant en boucle à la manière d'une pellicule en
folie.
Outre-Atlantique, il y a l'auteur Douglas Carter Beane qui entend renvoyer
dos-à-dos Los Angeles et New York, capitales respectives du Cinéma
et du Théâtre, dans les replis de leurs arrogances
réciproques.
En France, Jean-Marie Besset va s'employer à une adaptation nerveuse
et pertinente qui décocherait les rires au mieux des clichés
de vie snobinarde ou marginale reflétant les travers des destinées
médiatiques.
Et puis pour le régal des spectateurs du Tristan Bernard, il y
aura les comédiens qui s'adonnent à des rôles de composition
savoureuse tant la caricature semble s'approcher au plus près des
moeurs et coutumes d'un milieu professionnel en proie au vertige du ridicule
qui ne tue pas.
En tête et loin devant tout son monde, la grandissime Raphaëline
Goupilleau (Diane) donne le "la" des limites qu'il est toujours possible
de repousser afin que les apparences soient sauves avec un Business
gagnant-gagnant au profit de ceux qui aspirent à en vivre plus que
bien.
Il faut dire qu'en attachée de presse qui n'a pas froid aux yeux,
elle pourrait être la reine de Big Apple jusqu'à L.A. :
En effet Mitchell (Arnaud Binard) son poulain, star en pleine ascension,
se devrait d'avoir une bio, sans reproches, bardée d'un mariage
hétéro que tous ses fans pourraient envier.
Hélas de l'image d'Epinal à la réalité, de
multiples défaillances vont faire obstacle à ce projet mirifique,
à commencer par le surgissement d'Alex (Edouard Collin), un petit
ami, peu opportun, amenant lui-même dans son sillage, Helen (Julie
Debazac), une jeune femme à problèmes fort délicats
à résoudre.
C'est ainsi que prétexte à règlements de compte pour
empathie contrariée avec l'industrie du cinéma, ce spectacle
branché peut plaire à la fois aux aficionados des univers gay
et lesbien, à ceux qui fréquentent les professionnels de la
profession ainsi qu'aux initiés des mondanités de tout poil
mais aussi à tous ceux qui découvrent avec stupeur le dessous
des cartes peu reluisantes du show-bizz par delà l'éblouissement
des projecteurs.
Bref, tous les publics peuvent s'y retrouver pour une franche rigolade
comme à guignol. Assurément, çà fait du bien.
Theothea le 19/03/08
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LE BANC
de
Gérald Sibleyras
mise en scène
Christophe Lidon
|
****
Théâtre
Montparnasse
Tel:
01 43 22 77 74
|
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Visuel affiche Ld. presse
|
Fugueurs en altitude, ces deux-là ont pris villégiature
dans un chalet du Tyrol prêté par la production afin de
répéter dans d'excellentes conditions le concert à quatre
mains qu'ils vont donner prochainement au Japon.
Réfugiés dans cette résidence tels deux complices
en cavale, ce séjour devrait leur apporter un grand confort professionnel
qui, en fait, va peu à peu se transformer en débâcle
privée.
En effet pour un oui, pour un non, la moindre petite phrase
détournée de son intention initiale va provoquer une série
de susceptibilités réciproques dont la promiscuité pourrait
en signer le processus paranoïaque.
A la question " Quel est le principe de fonctionnement pour votre travail
en duo ? ", Vladimir Zkorscny aurait répondu dans une interview
récente: " Je viens avec les pierres et Paul apporte le ciment ".
Il n'en fallait pas plus pour déclencher une réaction en
chaîne que désormais plus aucun contre feux ne sera en mesure
de stopper, car le doute d'une prise de pouvoir de l'un sur l'autre s'est
insinué irrémédiablement.
Plus la phrase semble anodine à l'immédiateté du
jugement, plus elle apparaîtra déterminante en sa signification
subliminale. Quoi des pierres ou du ciment a le plus de valeur pour ériger
une construction ? Qui pourrait le dire, à ceci près que Paul
Letellier n'apprécie vraiment pas d'être évalué
en tant que " colle à béton " d'autant plus qu'au même
moment tous deux semblent être en proie à une même
hallucination: Le banc sur lequel ils s'assoient côte à côte
pour interpréter leurs partitions au piano ne cesse de
rétrécir quasiment à vue d'oeil. Atmosphère !...
Atmosphère !... ou espace vital.
Evolution psychanalytique sur déballage de linge sale, les apparences
vont se répondre en trompe l'oeil ou l'oreille car, plus futés
l'un que l'autre, les deux compères sont passés maîtres
à botter en touche d'une partie de ping-pong récurrente.
C'est alors que prend le relais du travail d'acteurs où il pouvait
sembler à tort jusque-là que seul Philippe Chevallier disposait
d'une réserve de progression et bien, que nenni, Régis
Laspalès, sous la direction très efficace de Christophe Lidon,
a enfin trouvé le déclic interne qui lui permet à raison,
de renvoyer des fulgurances de sensibilité contrariée
dépassant même à plusieurs reprises la pertinence de
son partenaire.
Qui du maître ou du disciple va l'emporter sur le plan de la
créativité artistique ? Cet enjeu constitue bel et bien le
thème de la pièce de Gérald Sibleyras, pas
nécessairement sans conséquences, car dorénavant, et
c'est presque un scoop, les deux acteurs sont en mesure de s'affronter à
égalité de jeu.
Theothea le 08/04/08
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JEAN-LOUIS
TRINTIGNANT
à partir de
Jules Renard & Jean-Michel Ribes
mise en scène
Jean-Louis Trintignant
|
****
Théâtre du
Rond-Point
Tel:
01 44 95 98 21
|
Alignés derrière leurs tables de bistrot respectives sur
chacune desquelles sont posés un micro et un verre d'eau, la bande
des quatre emmenée par Jean-Louis Trintignant apparaît au lever
du rideau tel un quatuor sur la ligne de départ prêt à
interpréter sa polyphonie à l'unisson.
En se renvoyant la parole dans un ordre apparemment aléatoire,
ces instrumentistes de la phrase ciselée n'auront d'autres armes que
le trait d'esprit pour faire rebondir l'attention latente du spectateur en
proie à l'ivresse du double sens.
En intégrant la causticité à la tendresse, Jules
Renard avait acquis dans l'écriture de son journal intime (1864-1910),
cet art de faire mouche mine de rien avec les " bonnes intentions " assassines
de ses contemporains.
Ce cocktail insidieux de pensées iconoclastes à leur insu
ayant eu le don de ravir ses lectures personnelles depuis longtemps, Jean-Louis
Trintignant se délecte sur scène avec un plaisir non
dissimulé en distillant à l'égard du public, tout le
suc de leur perfide ironie.
Il n'en faut d'ailleurs pas davantage au partenaire d'Anouk Aimée
dans " un homme, une femme ", désormais en retraite
délibérée des studios de cinéma, pour recouvrer
une joie de vivre, suspendue entre théâtre et contemplation.
Cette légèreté de l'âme, forgée dans
la transgression du tourment indicible, l'autorise à l'approche de
ses quatre-vingt ans de substituer simplement l'accumulation des maux par
la jouissance du bon mot: " Un mauvais acteur. Les applaudissements le rendent
pire " ou encore " Ma belle-mère est morte le 1er janvier. Pour les
fêtes ", voire de l'absurde: " Chez nous, les plafonds étaient
si bas qu'on servait la soupe dans des assiettes plates "
Cet humour décapant de Jules Renard associé à quelques
facéties de Jean-Michel Ribes, il le partage dans l'amitié
avec ses deux complices, Jean-Louis Bérard & Manuel Durand,
illuminée par une présence féminine incarnée
successivement par Fanny Ardant, Anna Mouglalis, Hélène
Fillières, Joëlle Belmonte et actuellement Clémentine
Célarié.
Ce dispositif scénique fonctionne comme une boîte à
malices où l'instant présent s'investit dans l'art de la
séduction toujours renouvelée.
Theothea le 09/04/08
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AU REVOIR
PARAPLUIE
de & mise en scène
James Thierrée
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****
Théâtre de la
Ville
Tel:
01 42 74 22 77
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Visuel Presse DR.
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James Thierrée est de retour à Paris!
Il ne serait donc jamais trop tard pour découvrir ce metteur en
scène, acrobate, trapéziste, danseur, violoniste... suite à
sa révélation en février 2003 au Théâtre
de la Ville lors de la création de " La symphonie des hannetons "
distinguée par quatre Molières 2006 au terme d'une fabuleuse
tournée.
Puis vint " La veillée des Abysses " et dès 2007 " Au revoir
Parapluie " comme troisième volet d'une trilogie dédiée
à la reconquête d'un imaginaire fantasque ainsi
récompensé par un Molière du Théâtre en
régions.... vaste programme.
Voici donc en reprise toujours au Théâtre de la Ville pour
une quinzaine à guichets fermés, la compagnie du Hanneton
emmenée par son fondateur fort de ses trente-trois années d'enfant
de la balle catapultant dans les airs et les métamorphoses, Kaori
Ito, danseuse fluide et vive; Magnus Jakobsson, acrobate et comédien;
Noro, danseuse des airs; Maria Sendow, comédienne et chanteuse
envoûtante.
C'est donc le bon moment pour découvrir l'artiste au faîte
de son apprentissage car la souplesse du corps peut se perfectionner
jusqu'à son optimum mais cette apogée est sans doute proche
désormais.
Alors pour le spectateur qui n'aurait vu aucun de ses spectacles
précédents, c'est le choc indicible où tous les mots
disparaissent au profit d'une intelligence de l'instinct figuré en
des corps élastiques eux-mêmes livrés en proie au doute
métaphysique.
" Au revoir parapluie ", c'est un " Bonjour tristesse " qui aurait
recouvré son âme d'enfant ébahi par le monde originel
mais qui aurait néanmoins la force de transgresser ses états
d'âme en se projetant résolument dans l'avenir incertain.
En filiation exceptionnelle, voici James Thierrée petit-fils de
Charlie Chaplin mais surtout à ses propres yeux la progéniture
de parents, en l'occurrence l'acteur Jean-Baptiste Thierrée et la
danseuse Victoria Chaplin fondateurs du cirque Bonjour, qui lui ont tout
appris du monde de la piste depuis l'âge de quatre ans.
Ainsi en clôture du spectacle, l'adieu au chapiteau protecteur de
l'enfance va-t-il être symbolisé par le profil forain d'une
tente sur laquelle, à l'instar d'un vaste parapluie, se déversera
une pluie féerique de petits volants blancs.
L'enchaînement des tableaux est structuré autour d'une
gigantesque tresse de cordes suspendues aux cintres en compagnie de palans
et autres crochets comme autant de points d'ancrage pour ces cinq acolytes
se soustrayant aux lois de l'apesanteur dans des drapés de tempête
titanesque.
Défi à la physique des corps, ce combat mélancolique
livré contre soi-même apparaît comme une ouverture au
monde, brèche par laquelle James Thierrée voudrait poursuivre
son aventure spectaculaire sur d'autres registres.
Mais ceci sera une autre histoire!... Alors apprécions le chef
d'oeuvre actuel.
Theothea le 11/04/08
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DEUX PETITES DAMES VERS
LE NORD
de Pierre
Notte
mise en scène
Patrice Kerbrat
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****
Théâtre de La
Pépinière Opéra
Tel:
01 42 61 44 16
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Photo © Chantal Delapagne
/ Palazon 2008
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En partant d'un sujet émotionnel et intime, Pierre Notte a écrit
une pièce déjantée où l'affection de deux soeurs
trouvent un exutoire à l'emprise familiale qu'elles vénèrent
autant qu'elles redoutent.
Si la maladie et la mort de la mère presque centenaire en sont
le prétexte, c'est davantage la problématique des liens qui
les unissent toutes trois à leur père reposant dans un
cimetière aux environs d'Amiens qui prendra l'ascendant sur leur
volonté brimée de profiter de la vie.
Aussi, pour se soulager du poids indicible de leurs sentiments et
ressentiments, autant transgresser toutes les convenances et se lancer à
corps et esprit perdus dans des tribulations de plus en plus insensées
pour retrouver, telle une aiguille dans une botte de foin, la tombe dont
elles ne connaissent que quelques indices topographiques.
A entendre les noms de lieux précis en Picardie dont il est originaire,
Pierre Notte est de toutes évidences impliqué personnellement
dans ce périple.
A la manière d'un road movie, la scène de la
Pépinière Opéra va être le théâtre
d'une succession de situations abracadabrantes dont chaque saynète
constituerait une phase de catharsis relationnelle à travers laquelle
les deux soeurs retrouveraient à leur insu mais en grande
complicité, les jeux délirant de l'enfance.
La boîte de Pandorre étant ainsi offerte à un imaginaire
sans limites, c'est peu de dire que Catherine Salviat et Christine Murillo,
par ailleurs soeurs également dans leur vie privée, prennent
un malin plaisir à composer deux personnages féminins qui
n'auraient rien à envier à des " Pieds nickelés ".
Ayant passé l'une et l'autre de nombreuses années à
servir la Comédie Française, ce n'est que justice de pouvoir
enfin s'éclater au vu de tout le monde...
C'est à ce titre que la mise en scène de Patrice Kerbrat
est particulièrement réjouissante, car il n'est pas certain
que la thématique de Pierre Notte, elle, soit totalement aboutie.
En ne s'affranchissant pas résolument des scrupules familiaux,
l'oppression se maintient à fleur de peau sans jamais se résoudre
autrement qu'en faisant tourner en rond la dérision.
Pourrait-il y avoir, en effet, une réelle satisfaction là
où subsisterait une gêne latente, celle de l'auteur, contrastant
avec la délectation extravertie des comédiennes ?
Theothea le 16/04/08
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