Les
Chroniques
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10ème
Saison
Chroniques 10.26
à
10.30
Page 155
MARIE
CHANTE
LAFORET
La
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aux
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2005
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NUMERO COMPLEMENTAIRE
de Jean-Marie
Chevret
mise en scène
Alain Sachs
|
****
Théâtre Saint
Georges
Tel: 01 48 78 63 47
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Passant d'une extrémité à l'autre du spectre de la
comédie sociale, Jean-Marie Chevret propose mine de rien avec son
"Numéro complémentaire", une pertinente étude de murs
où seraient réunis en une même entité à
la fois les "Groseille" et les "Dusquesnoy" voguant sur le long fleuve d'une
vie si peu tranquille!
L'auteur crée ainsi l'opportunité de faire muter trois
personnages issus d'une famille prolétaire "tuyau de poêle"
vers un destin accidentel de grands bourgeois parvenus pendant qu'Alain Sachs
leur concocte une collection de travers caricaturaux hystériques,
quoique très caractéristiques des classes antagonistes auxquelles
ils vont se référer.
Pour mettre en place l'objet du délire, il aura suffi d'un ticket
de loto gagnant le gros lot de 25 millions d'euros et d'un maître
médiatique identifié comme le passeur idéal entre jet-set
et masse laborieuse.
Comme si l'idéologie de Karl Marx avait soudain pris le visage
des Marx brothers, un Monsieur Jourdain de banlieue va entreprendre de
réaliser le rêve de sa progéniture; ainsi dès
que la citrouille sera devenue carrosse, la fille de Nanard pourra accéder
en princesse au gotha des nantis.
Jean-Edouard Bernel, l'animateur chéri des ados en addiction du
star-system aura été auparavant kidnappé avec l'ordre
de mission d'exécuter sans délai les desiderata des Leblanc,
complètement tourneboulés par le magot tombé du ciel.
Tempérant néanmoins le projet farfelu, Bernel va imaginer
une transformation radicale du train de vie familial en le
déménageant dans les quartiers résidentiels de la capitale
avec, comme dans le Bourgeois gentilhomme, apprentissage à la clé
des bonnes manières et usages de la haute société.
Tous les éléments seront ainsi réunis pour opérer
le choc des cultures entre deux mondes qui ne se côtoient habituellement
que par télévision interposée.
Dans son interprétation de Bernard (le père), Francis Perrin
se délecte comme un poisson en eaux troubles et se lâche avec
jubilation chaque fois que la norme pourrait déranger l'excès
alors que Nadette (Isabelle de Botton) ne cesse de courir avec truculence
derrière les fantasmagories de son mari et de sa fille (Anne-Sophie
Germanaz) qui, elle, se berce d'illusions de Nirvana à portée
d'extravagances malgré toutes les rectifications de son professeur
de maintien (Cyril Guei).
Il n'y aura pas trop d'un Bernel pour ramener in fine tout ce joli monde
à la raison, non sans avoir fait le détour des deux heures
pleines d'un véritable "numéro" d'acteurs irradiant la prestation
"complémentaire" du très sympathique et enjoué
Stéphane Bern.
Theothea le 20/10/05
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PLATONOV / LE CHANT
DU CYGNE
de Anton
Tchekhov
mise en scène
Alain Françon
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****
Théâtre de la Colline
Tel: 01 44 62 52 52
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En osant ajouter à la version courte du "Platonov" (3h30), la
demi-heure du "Chant du cygne" auquel succède un entracte de durée
équivalente, Alain Françon le directeur du théâtre
de la Colline propose en quelque sorte une soirée thématique
où la notion scientifique de "trou noir" pourrait servir de "toile
de fond" à une mise en scène métaphorique.
La fascination Tchekhovienne va pouvoir s'y développer a volo en
se laissant absorber par son principe de contradiction intrinsèque,
garantissant tout loisir au concept d'insignifiance pour se construire un
solide statut formel en creux.
Cependant la longue plongée dans l'obscurité grandissante
pouvant s'apparenter aux descentes vertigineuses vers les profondeurs du
"grand bleu" ne s'accompagnera pas nécessairement des sensations de
griserie et d'euphorie censées imprégner l'attention du spectateur
en proie davantage par moments au sentiment primitif d'abandon dans le "noir
complet".
C'est pourtant en rebondissant sur ces contraintes aveugles que le premier
et le dernier tableau du "Platonov" sauront créer l'antidote propre
à se laisser séduire par la dégénérescence
d'une société trouvant dans les exploits de son antihéros,
l'inanité dont elle a peut-être toujours rêvé
secrètement.
Ainsi répondant à Platonov (Eric Elmosnino), le champion
vaincu dans la lumière torride de la steppe après sa brillante
représentation de toute les potentialités avortées de
l'être humain, voici dans la nuit silencieuse du théâtre
déserté Svetlovidov (Jean-Paul Roussillon) qui marmonnerait
la désillusion du "cygne" s'identifiant à la déchéance
du spectacle vivant mais qui dans un sursaut salutaire rendrait néanmoins
un hommage éternel à Shakespeare, Pouchkine et consort.
Retourné alors comme un gant, le comédien désabusé
sur le sort de l'humanité en perdition pourrait ainsi se requinquer
en donnant un sens ultime au "verbe".
Là où le critique dramatique Philippe Tesson perçoit
en Platonov "un démiurge révélateur des faiblesses
humaines", l'un des protagonistes le considère tel "un Platon miniscule",
alors que le metteur en scène conçoit en moraliste après
Paul Ricoeur: "Platonov est le seul à savoir que la douleur de l'autre
peut lui être imputable".
Aussi quel que soit le point de vue adopté sur le personnage, il
semblerait qu'Anton Tchekhov ait légué en cette première
oeuvre de jeunesse non formatée, un vaste constat clinique des temps
contemporains.
Theothea le 23/11/2005
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LA PLACE DU SINGE
de Mathilde
Monnier & Christine Angot
mise en scène
Annie Tolleter
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****
Théâtre de la Colline
Tel: 01 44 62 52 52
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Photo: Marc
Coudrais
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Certes de "affligeant" à "éloquent" s'exprime une évidente
discontinuité, c'est pourtant depuis cette palette paradoxale que
s'élève la critique médiatique face au primate qui pourrait
fort bien en cacher un autre.
Qui occupe la place du singe? Serait-ce celui qui ausculte la relation
au vivant et en sculpte les travers ou bien son alter ego qui stigmatise
la pitrerie de cette représentation?
Pourquoi devrait-on valoriser la posture de fou du roi et dénier
celle du rebelle à la grande bourgeoisie?
Ayant assimilé que l'union défaisait la force, Mathilde
Monnier et Christine Angot vont se livrer à un rituel où, de
l'une à l'autre, toute tentative d'expression artistique semblera
se fondre dans son contraire comme de pile à face.
Dissertant autour du concept du bonheur en tant que valeur refuge de cette
caste sociale ayant élu le bleu marine en signe de reconnaissance,
les deux jeunes femmes joignant le geste à la parole vont s'approprier
l'espace vital pour mieux en expurger la marque de fabrique élitaire.
Que vois-tu de moi? Que sais-tu de moi? Qu'entends-tu de moi que je n'entends
pas? En catalyseur d'une recherche existentielle, le questionnement identitaire
de Jean-Louis Murat va se proférer jusqu'au sein de l'oralité
féminine par la médiation de ces deux voix exacerbées.
Sublime, forcément sublime!... Ainsi se révélera
l'enjeu d'une telle audace à fleur de mots où la chorégraphie
des corps tient tête à la résistance d'une façon
autre d'être au monde!...
Theothea le 16/11/05
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LE ROI NU
de
Evguéni Schwartz
mise en scène
Laurent Pelly
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Théâtre de l'Athénée
Tel: 01 53 05 19 19
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Photo: Guy
Delahaye
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Cochon de Roi qui voulait donner sa fille en mariage au souverain du
comté voisin, alors que celle-ci avait les yeux de Chimène
à l'égard d'un porcher dont l'âme valait bien celle d'un
prince charmant!...
Découverte passionnante d'un auteur russe, Evguéni Schwartz
qui, ayant louvoyé entre le fascisme d'Hitler et le despotisme de
Staline, a su adapter sa créativité à l'encontre de
toute dictature en travestissant son talent selon les codes imaginaires d'un
fabuliste!...
S'inspirant de trois contes d'Andersen "Le Porcher", "La princesse sur
un pois" et "Les habits neufs de l'empereur", le dramaturge développa
un surréalisme décalé, obligeant le spectateur adulte
à renouer avec la jubilation enfantine afin de savourer l'irréelle
vraisemblance.
Laurent Pelly souhaitant mettre en scène un spectacle gai et
enlevé s'appuyant sur les vertus humaines tout autant que sur leur
dérives, a senti la nécessité d'une nouvelle traduction
de "La princesse et le porcher" confiée ainsi à André
Markowicz qui signe cet iconoclaste "Roi nu" dans la démesure hilarante
du verbe fallacieux.
Entourés d'une troupe entraînée à
l'interprétation fougueuse tournant comme une mécanique de
pur-sang, la princesse (Audrey Fleurot) et le roi honni (Eddy Letexier) vont
s'adonner à une partie de cache-mensonge dont l'ultime et suprême
ruse sera de faire apparaître le monarque nu tel un ver peu reluisant,
paradant néanmoins dans un tissu invisible aux yeux de tous y compris
de lui-même.
Comme dans un hommage à Charlie Chaplin, la satire sociale et politique
aura pris des airs de conte pour enfants où ici Henri et Henriette
pourront savourer leur bonheur nuptial en un happy-end fort
réjouissant.
Theothea le 17/11/05
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LE JAZZ ET LA DIVA
de Caroline
Casadesus & Didier Lockwood
Reprise au Théâtre Tristan Bernard
mise en scène
Alain Sachs
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Théâtre de la Gaîté Montparnasse
Tel: 01 43 20 60 56
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 |
crédit photo: L.
Ledoyen
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Si la tendre guerre entre homme et femme était bien au coeur de
"Accords parfaits" la saison précédente dans ce même
théâtre de la Gaîté-Monparnasse, Caroline Tresca
et Philippe Caroit son époux tentaient avec succès de faire
oublier derrière la fiction qu'ils étaient également
unis à la ville.
Cette fois-ci, en duo avec sa Caroline à lui, issue de la famille
Casadesus tant renommée sur le plan artistique, Didier Lockwood joue
sur scène avec sa femme à être ce qu'immanquablement
leur couple doit être dans la vraie vie.
Le respect disciplinaire se lisant réciproquement dans les yeux
du partenaire, les deux musiciens, l'une de formation classique, l'autre
de jazz en profitent néanmoins à qui mieux mieux, pour brocarder
certes les trompe-l'oreille et autres facilités que pourrait s'octroyer
l'autre camp, mais surtout font oeuvre pédagogique de briser les
barrières entre les genres musicaux dont une certaine discrimination
socioculturelle ferait perdurer
l'hétérogénéité.
L'une chante l'Opéra, l'autre "fait le boeuf" à lui seul
autour de son violon alors que Dimitri Naïditch, pianiste ukrainien
hors-pair dont les deux protagonistes se disputent le talent, les accompagne
confident ou arbitre en tenant symboliquement la chandelle, histoire de ne
pas brûler par les deux bouts le roman merveilleux d'une passion amoureuse
attisée par "Hypnoses" album de mélodies composées une
par une par Didier et offertes à Caroline pour chaque anniversaire.
Dire que la Diva est rayonnante et fascinante serait un euphémisme,
s'attarder sur la dextérité du violoniste et les dons de la
chanteuse ferait cliché hors sujet mais en revanche être en
complicité à ce qu'il fasse "le bête" alors qu'elle ne
cesse de s'amuser à le séduire est un régal de tous
les instants qu'il faut célébrer au plus haut point tant la
jubilation circule de la salle à la scène comme de la poudre
magique prête à tous les embrasements.
Evoquant les premières rencontres de la "carpe" (néo-silhouette
de Catherine Rich qui glisserait muette d'entre les bras de ses prétendants
?) et du "lapin" (doté d'un sourire craquant avec une légère
dentition de rongeur similaire à celle du comédien Roger Pierre,
voire Bernard Tapie!...), la muse soprano s'esclaffe: "C'était
obélix regardant bouche bée Falballa !... ".
"Caroline est mon violon, je suis sa voix, elle est ma belle et moi, son
clochard" confime le maestro.
Alain Sachs est le démiurge de cet état de grâce amoureux
qui swingue lyrique durant cent minutes d'hypnose aussi rares que le
bonheur.
Theothea le 24/11/05
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