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Les    Chroniques   de

  

23ème  Saison     Chroniques   23.61   à   23.65    Page  445

 

     

          

             

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ELECTRE / ORESTE

« Electre / Oreste » Jouet des dieux selon Ivo Van Hove à La Comédie-Française   

   

de  Euripide 

mise en scène Ivo Van Hove  

avec  Claude Mathieu, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Éric Génovèse, Bruno Raffaelli, Denis Podalydès, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Loïc Corbery, Suliane Brahim, Benjamin Lavernhe, Didier Sandre, Christophe Montenez, Rebecca Marder, Gaël Kamilindi et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française Peio Berterretche, Pauline Chabrol, Olivier Lugo, Noémie Pasteger, Léa Schweitzer

****

     

Comédie Française / Salle Richelieu

   

©  Jan Versweyveld coll. Comédie-Française

           

En point focal, voici le trou noir des pulsions meurtrières sous forme de bunker monolithique au centre du plateau de la salle Richelieu annonçant l’apogée de cette création sur la scène antique du Théâtre d’Epidaure programmée pour deux représentations festivalières en juillet 2019.

Entre-temps, aura été projetée sur grand écran cinématographique (Réseau Pathé Live) la captation du spectacle en quatre séances dédiées dont la première en direct.

Ces deux étapes de rencontre supplémentaire sous présentation différenciée avec un public ainsi considérablement élargi auront forcément pesé dans les choix initiaux de réalisation et autres modalités scénographiques.

En effet, depuis « Antigone » en anglais sous l’instigation de Juliette Binoche, « Vu du pont » d’Arthur Miller avec Charles Berling et récemment « Les Damnés » de Visconti de nouveau à l’affiche de La Comédie-Française, Ivo van Hove tournait autour de son projet d’une Tragédie grecque radicale impliquant le retour aux sources, celles des dieux de l’Olympe présidant aux commandes de la destinée humaine.

Emergeant de la boue, le voilà donc trônant ce poste de domination démiurgique, telle une chambre noire révélatrice dont la porte d’entrée aspirerait l’ensemble des pulsions menant l’être humain par le principe violent du désir brut que la mythologie aura sans doute réussi davantage à attiser qu’à réguler.

Bien sûr, le Chœur et le Coryphée auront tout le loisir de danser au seuil de cet accès opaque du Panthéon en des chorégraphies rituelles accompagnées d’un quatuor de percussionnistes réparti à cour & jardin en fond de scène afin de tenter d’amadouer la puissance divine ou ses représentants mais les arguties prévalant à la défense d’Electre & Oreste auront bien du mal à se faire entendre tant l’engrenage de la violence meurtrière n’aura cessé de progresser d’intensité alors que le processus de vengeances réciproques se nourrissant de lui-même n’aurait en définitive pas d’autre issue que la destruction générale.

Cela aura donc débuté selon l’assassinat du père par l’amant de son épouse auquel auront répondu le parricide puis dans la foulée le matricide et ensuite, comme l’angoisse du passage à l’acte aura eu inéluctablement des répercussions sur l’état mental de ses commanditaires et de leurs bras armés, un état de folie s’est installé au sein des protagonistes face auquel Oreste (Christophe Montenez), Pylade (Loïc Corbery) son ami, et Electre sa sœur auront perdu peu à peu tout sens commun.

Clytemnestre, leur mère haïe & sa sœur Hélène, interprétées successivement par Elsa Lepoivre chercheront le compromis entre bons sentiments et raison d’état stratégique mais rien n’y fera; la haine engendrée dans la prise de conscience d’Electre sera tellement puissante que sa force de conviction surmontera la multiplicité des mises en garde.

Suliane Brahim semble ainsi prendre l’ensemble du drame sur ses épaules en arpentant les planches avec une furie habitée et déterminée soulevant les scrupules de son frère comme fétu de paille.

Tous ainsi englués dans la boue consciencieusement étalée sur les planches, épaisse, gluante et pénétrante seront en proie comateuse à ce délire sanguinolent en rouge et noir dont la différenciation sociale bleu & beige accusera à peine la dominante symbolique.

Maintenant que la fatalité est parvenue dans le camp des Atrides devant décider de la manière d’exécuter les assassins de Clytemnestre, voici Apollon (Gaël Kamilindi) venant donner au final le coup de grâce « salvateur » mais tellement inattendu à ce stade du processus que l’on est en droit de se demander quel esprit s’est vraiment joué des uns et des autres dans cette vendetta récurrente qui, au demeurant, pourrait s’apparenter davantage à une Fable parodique qu’à une Tragédie.

Theothea le 12/05/19

                

                           

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BRONX

 " Bronx " Francis Huster magnifie l'excellence au Poche Montparnasse  

   

de  Chazz Palminteri 

mise en scène  Steve Suissa   

avec  Francis Huster   

****

     

Théâtre Poche Montparnasse

   

© Brigitte Enguerand

           

Sept années plus tard, le tandem Suissa / Huster reprend son opus initial afin de l'adapter à l'intimité du Théâtre de Poche et en extraire une épure que la suppression scénographique du décor au profit d'un écran de projection en toile de fond rend de fait plus abstraite et par là même davantage universelle.

Les deux artistes se complètent pour donner sens à l'autobiographie de Chazz Palminteri à la manière d'un « Rocky » que Sylvestre Stallone aurait su précédemment, de son côté, rendre emblématique et sensible à tous.

En effet, tel un boxeur dans la foulée de son entraînement, Francis Huster retrouve ses gants selon une conduite disciplinaire sans concession lui permettant d'interpréter, d'un coup d'un seul, 18 personnages se fondant en une entité unique grâce à la magie d'une voix dont l'inflexion sert de palette différenciée, ainsi qu'à celle d'une fluidité comportementale se substituant à mille nuances gestuelles de même qu'à une rapidité d'exécution que le transformisme pourrait consacrer en noblesse de l'art théâtral.

Paré ainsi d'un talent poussé au-delà des limites du jeu pour entrer dans une zone d'interprétation où l'instinct du narrateur se sublime dans l'entendement et donc l'admiration du spectateur, le comédien agit tel un funambule sur une ligne de crêtes où l'inspiration exacerbée semble le guider en état d'apesanteur.

Au service d'une pédagogie où le contradictoire sert d'aiguillon à l'appropriation d'une expérience que l'enfant doit nécessairement effectuer par lui-même, voici Cologio propulsé dans le dilemme où la morale doit se confronter au pragmatisme en respectant les valeurs de l'humanisme tout en acquérant ses galons du savoir-faire, tiraillé entre Sunny, chef de gang opportuniste et Lorenzo, son père éminemment vertueux, ainsi qu’en subissant l’immersion au sein d'un monde en butte à la médiocrité générale.

En sept ans Huster & Suissa ont parcouru les multiples étapes d'une conquête de l’être scénique en soi que Francis perçoit désormais comme une boucle se refermant sur une forme d’apogée stylistique.

Bronx serait donc cette pièce qui unirait en un geste créatif, parce que c'était eux, le metteur en scène et son comédien au cœur d’une orbite où, des Bouffes Parisiens en 2012 au Poche Montparnasse en 2019, le remake aurait agi comme un supplément d'âme à ce qui était pourtant déjà reconnu à l'époque comme une performance d'acteur à nulle autre pareille, devenant ainsi, aujourd’hui, à l’occasion de cette re-création, la référence ultime de la perfection libérée de tout artifice.

Theothea le 29/05/19

                        

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MADEMOISELLE JULIE

 « Mademoiselle Julie » Anna Mouglalis magnétise L’Atelier  

   

de  August Strindberg 

mise en scène  Julie Brochen      

avec  Anna MOUGLALIS, Xavier LEGRAND, Julie BROCHEN

****

     

Théâtre de l'Atelier

   

©  Franck Beloncle

             

D’un processus créatif à l’autre en 2018, Anna Mouglalis & Xavier Legrand ont changé de production et de metteur en scène en charge du projet de cadrer leur « Mademoiselle Julie ».

En effet, après une première perspective en compagnie de Gaëtan Vassart dont le teaser laissait apparaître une scénographie plutôt extravertie, le duo perspicace décide alors de faire appel à Julie Brochen qui ramène les protagonistes vers une lutte plus intériorisée où l’esprit se bat, avant tout, contre lui-même.

Depuis le Conservatoire, Anna souhaitait incarner le rôle de la jeune aristocrate; a contrario, Julie Brochen en sortant de cette même formation, se méfiait de ce texte qu’elle jugeait très noir.

L’aspiration récurrente de l’une allait néanmoins convaincre la collaboration active de l’autre d’autant plus aisément qu’ayant travaillé récemment sur les difficultés du couple, l’accès à la pièce de Strindberg apparaissait désormais à Julie Brochen plus attrayant.

Anna Mouglalis, dont le timbre de voix semble faire écho sensitif à celui de Fanny Ardant, avait envie de porter haut le désir perçu du point de vue féminin mais Julie Brochen veillerait à ce que son partenaire masculin, Xavier Legrand, ait toute latitude à affirmer l’autonomie de sa personnalité.

En effet, sachant que leurs relations homme / femme évolueraient en permanence dans le contradictoire et le conflictuel, il était important que chacun soit assuré de sa marge de manœuvre.

La malignité de l’auteur est d’avoir réussi à intriquer les rapports de force entre Julie et Jean, non seulement au sein de leur pouvoir réciproque de séduction mais surtout en laissant le jeu de différenciation sociale s’exercer dans toutes ses composantes tirant à hue et à dia à la fois sur la rationalité, la morale et la respectabilité mais aussi sur la servilité, la condescendance et l’instrumentalisation.

Magnétique, Julie se joue de Jean parce que, bien entendu, elle sait l’effet qu’elle produit sur lui, elle se rend compte de la gêne que cela suscite, elle escompte que le statut de domestique mette celui-ci en porte-à-faux et que l’absence paternelle renforce le trouble sur la confiance déléguée à son majordome; bref, tout au long de cette nuit de la Saint-Jean, Julie ne boira « pas uniquement » du petit lait à perturber sans cesse les repères de la bienséance.

En contrepartie, le valet ne s’en laisse point compter. Il a l’expérience du métier pour lui; ce ne sont pas les divagations excentriques et alcoolisées d’une nymphomane désorientée par sa rupture sentimentale récente qui peuvent mettre à mal sa droiture bien qu’il n’en soit pas moins ce mâle disponible manifestant de plus en plus ouvertement son objectif d’émancipation à moyen terme.

Toutefois, comme la dialectique argumentaire peut susciter des tendances à faire fluctuer les opinions et les convictions de l’une et de l’autre, que par ailleurs Kristin, la gouvernante, surveille plus ou moins la fougue des débats, voire ces ébats, place donc désormais à la valse du déséquilibre et du dérapage incontrôlés sur le point de s’immiscer au cœur du ring pour s’y faire ostensiblement hara kiri.

Julie Brochen, de surcroît en charge scénique du rôle de la gouvernante, tente de retenir les rênes des deux pur-sang désemparés.

Saura-t-elle les brider et les faire revenir au petit matin en zone de réalisme se pointant sous la lumière de l’aube qu’accompagnera la chanson de Gribouille « Dieu Julie » ?

De fait, c’est Strindberg qui décide de la chute nécessaire à sa tragédie « naturaliste », mais ce sont quand même Anna Mouglalis et Xavier Legrand qui auront pris à témoin l’immense scène en profondeur du Théâtre de l’Atelier pour en faire leur terrain de jeu passionné à la manière d’une corrida à dominante feutrée… de préférence.

Theothea le 05/06/19

              

                           

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KEAN

   

   

de  Alexandre Dumas

adaptation Jean-Paul Sartre 

mise en scène  Alain Sachs

avec  Alexis Desseaux, Pierre Benoist, Sophie Bouilloux, Jacques Fontanel, Frédéric Gorny, Eve Herszfeld, Justine Thibaudat & Stéphane Titeca

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Théâtre de L'Oeuvre

   

©   LOT

       

prochainement

            

                      

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PETIT ELOGE DE LA NUIT

« Petit éloge de la nuit » Pierre Richard en céleste plénitude à La Scala   

   

de   Ingrid Astier 

mise en scène   Gérald Garutti   

avec  Pierre Richard   

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Théâtre La Scala

   

©  Cosimo_Mirco Maglioca

             

En reprenant ce spectacle initié par Ingrid Astier pour une création en 2017 avec résidence d’un mois au Théâtre du Rond-Point en salle Topor à moins de cent places et réussir aujourd’hui à séjourner quatre semaines à La Scala avec une jauge six fois plus importante, Pierre Richard confirme un véritable tournant dans sa carrière artistique.

Avec sa gueule de pâtre grecque buriné sous 85 ans d’âge, le comédien a désormais acquis une relative confiance dans sa nouvelle destinée, bien encouragée par des rencontres bénéfiques à ses multiples talents dont certains encore cachés au grand public.

Osera-t-il, en effet, dans quelque temps affronter le rôle du « Roi Lear » exhorté par Gérald Garutti non sans avoir mené auparavant à terme le projet enthousiasmant que lui prépare Mathilda May à la suite de son fameux « Banquet » consacré par deux récents Molières ?

Continuant d’effectuer ses déplacements urbains en moto et fort d’une forme physique fringante, le voici arpentant, dansant, virevoltant et même sautant sur et alentours de la vaste scène quadrilatère balisée en profondeur par un giga écran où sont projetées fantasmagories et autres songeries nocturnes concoctées selon des vidéos, films et autres scénographies illustrées de lumières oniriques ou stellaires.

De méditations embrumées en pensées utopiques, se décline l’univers de la nuit qu’une ivresse latente recompose à souhait selon les états d’âme de chaque instant conceptualisé par la réalisation de Garutti devenu en quelque sorte ce mentor garant de l’inter-connectivité entre les deux faces du Pierrot lunaire & solaire.

Ainsi, Ingrid Astier ayant suscité en 2015 la rencontre entre le metteur en scène Shakespearien et l’acteur « burlesque », le trio constitua d’emblée un triangle créatif que Pierre Richard qualifia d’isocèle.

A Ingrid, le soin d’imaginer et de concevoir leur triple approche autour de son abécédaire thématique noctambule (Folio/Gallimard), à Gérald, celui de réunir les pièces du puzzle littéraire, musical, cinématographique et surtout théâtral pour engendrer un voyage élégiaque dédiée à la Nuit, à Pierre, de rendre accessible, transparent et disponible l’ensemble de ses dons artistiques pour une éclosion magistrale.

Alors appelant fort opportunément Poe, Baudelaire, Maupassant, Desnos, Miller, Neruda, Michaux, Kundera et consorts… à la rescousse des contemplations, sensations, rêveries et autres spleens engendrés par les sortilèges de l’obscurité vespérale et symbolisés avec grâce par la flânerie chorégraphique récurrente de la danseuse Marie-Agnès Gillot, voici qu’en point d’orgue va apparaître au final, pour une diffusion presque intégrale, la formidable chanson de Bashung « La nuit je mens » d’abord écoutée dans l’intimité d’un poste de radio portatif, amplifiée ensuite à l’ensemble du dispositif acoustique de la salle.

Pour célébrer ce moment divin quasi hors du temps réel, Pierre Richard prend place dans une alvéole échancrée en plein centre de la scène où il va pouvoir s’étendre « confortablement » dans une écoute délectable et jubilatoire… cigare et coupe de champagne à la main...

Oui ! Victor Hugo avait effectivement vu juste : « Le rêve est l’aquarium de la nuit ! ».

Theothea le 13/06/19

                

                          

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