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ANGELS IN AMERICA
" Angels in America " by Desplechin : Anges gardiens ou d'enfer
à La Comédie-Française ?
de
Tony Kushner
mise en scène Arnaud Desplechin
avec
Florence
Viala, Michel Vuillermoz, Jérémy Lopez, Clément
Hervieu-Léger, Christophe Montenez, Jennifer Decker, Dominique Blanc
& Gaël Kamilindi |
****
Comédie-Française
Salle Richelieu
|
|
© Christophe Raynaud de Lage, coll.
Comédie-Française
|
En faisant descendre des cintres L'ange Leader, celui symbolisant
l'Amérique (Florence Viala), Arnaud Desplechin prend l'assurance de
crever virtuellement le plafond de la salle Richelieu respectant ainsi
scrupuleusement les didascalies de Tony Fursher tout en affichant paradoxalement
le respect d'un académisme de bon aloi.
Point de velléité de jouer la carte de la transgression
distillant le souffre car le metteur en scène ès-cinémas
poursuit une idée qui le taraude, celle d'apporter sur le plateau
du Français un spectacle " impur ", c'est ainsi qu'il aime qualifier
son intention artistique instillant de fait le mélange des genres,
Le Vaudeville, Brecht, Shakespeare, La Comédie musicale etc.... qui
lui apparaissent dans leur association improbable comme la meilleure
manière de cerner la part de vérité collective.
Qu'importe que certains y voient une forme d'angélisme là
où d'autres persisteront à y distinguer le catastrophisme ambiant,
l'objectif du réalisateur récidivant sous la sollicitation
empressée de l'Administrateur général Eric Ruff, après
une première approche de "légitimation vivifiante" pour PERE
de Strindberg en 2015, était de créer aujourd'hui un spectacle
total où l'ensemble des conventions théâtrales et filmiques
se devaient de constituer un patchwork, de nature globalisante, rendant compte
d'un état du monde contemporain s'affichant récurrent à
la fois dans ses ambitions et ses lacunes.
Si donc les messagers divins devaient s'embarrasser d'être perçus,
selon des personnages interposés, tels des fantômes, des zombies
ou à contrario des gages de protection, semant sur terre indistinctement
le malheur, la maladie, la haine ou au contraire la bienveillance, il serait
judicieux de laisser à chacun la faculté de se situer au-delà
du décodage quinduisent le surnaturel et
l'ésotérisme.
De surcroît, il y aurait beaucoup à apprendre des
phénomènes sociétaux que nul ne maîtrise
réellement mais qui s'imposent à tous par le modus vivendi
collectif, à travers le jeu des démocraties triomphantes ou
à bout de souffle se confrontant à l'entendement social souvent
tourneboulé.
En effet, d'une fin de siècle au début du suivant, Arnaud
Desplechin propose un effet miroir en métaphore de la société
Reaganienne des Années 80 se répliquant judicieusement à
celles de Trump par un clonage ciblé " fin de XXème " selon
deux parties "L'avènement du Millenium" & "Perestroïka" pour
constituer cette emblématique pièce "Angels in America"
adaptée en la circonstance par une régression de sept à
moins de trois heures.
Jouée lors de la création originelle en 91-92 à San
Francisco, la pièce est parvenue une première fois en France
en Avignon, puis au Théâtre d'Aubervilliers en 96,
là-même où Arnaud Desplechin la découvrait, pour
que près de 25 ans plus tard, il ait plus que jamais à son
tour l'envie de monter ce spectacle-monde tirant sa subversion de ses composants
hétérogènes.
De la géopolitique à la sphère intime en passant
par le stade métaphysique, c'est une vaste chorégraphie
scénographique de 44 tableaux qui, selon une succession de fondus
enchaînés sajustant en permanence à la focale
thématique grâce à une complexe panoplie de rideaux,
annonce l'apparition anxiogène du Sida au coeur de la mouvance
homosexuelle en plein coming out.
Selon une perception formelle de références essentiellement
cinématographiques, des projections de visuels in situ en toile de
fond cadrent les changements à vue d'accessoires assurés par
les huit comédiens eux-mêmes évoluant, à plusieurs
reprises, en dispositif split-screen où deux actions simultanées
se partagent lespace scénique.
C'est ainsi que va se jouer un ballet où Michel Vuillermoz
omniprésent en avocat Roy Con et Dominique Blanc polyvalente mènent
la danse du leadership stratégique alors que des marionnettes suspendues
à des filins assurent le va-et-vient angélique entre le
prosaïque et le messianisme faisant toile de fond aux trois protagonistes
(Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger & Christophe
Montenez) en charge de l'intime, de l'affectif, et de la passion sur lesquels
vont prospérer la pathologie en même temps que le mal-être
du genre.
Cependant que sous l'influence de Jennifer Decker jouant habilement à
son insu les empêcheuses de tourner en rond et celle de Gaël Kamilindi
excellent en mouche du coche, seul le temps qui passe aura vraiment gain
de cause au point de resservir le couvert dès l'avènement du
siècle suivant...
Arnaud Desplechin semblerait donc ainsi cautionner les balbutiements de
l'Histoire. Il lui est donc conséquent d'en faire la pédagogie
en illustrant que les mêmes causes produisant les mêmes effets,
la micro sociologie s'apparente à la macro, sans que leur
interférence réciproque laisse grande marge de manuvre
à l'individu lambda, vulnérable et terriblement isolé.
Theothea le 30 janvier 2020
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LA MEGERE APPRIVOISEE
" La Mégère apprivoisée "
émancipée par Sarah Biasini à l'Artistic
Théâtre
de
William Shakespeare
mise en scène
Frédérique
Lazarini
avec
Sarah Biasini, Cédric Colas, Pierre Einaudi, Maxime Lombard
& Guillaume Veyre
|
****
Artistic Théâtre
|
Des bancs de bois alignés de part et d'autre et les uns derrière
les autres semblent prolonger les gradins de l'Artistic Théâtre
nous rendant spectateurs d'un cinéma ambulant trônant sur une
petite place éclaboussée de soleil et ceinte de palissades
de draps immaculés sur lesquelles sont épinglées chemises,
combinaisons blanches comme neige (chaude et lumineuse scénographie
de François Cabanat) et d'où surgiront les comédiens.
On y respire l'ambiance de l'Italie des années 50-60 et lorsque
Sarah Biasini qui interprète le personnage tempétueux de Catarina
retirera quelques vêtements qui sèchent, se superposera l'image
de Sophia Loren lorsqu'elle étend son linge dans ''Une journée
particulière'' d'Ettore Scola.
La mise en scène judicieuse de Frédérique Lazarini
- également majestueuse comédienne, elle était flamboyante
dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo - mêle intrinsèquement
différentes périodes et différents styles d'autant qu'elle
s'appuie sur le matériau cinématographique de la comédie
italienne pour illustrer la pièce de Shakespeare au théâtre
(réalisation du film Bernard Malaterre).
« La Mégère apprivoisée » s'y prête
car l'action se déroule à Padoue bien qu'au 16ème
siècle. Le tonitruant Baptista se vante d'être l'un des plus
riches marchands de la ville. Sa fille cadette Bianca est courtisée
par deux soupirants qui se feront passer pour des professeurs de
littérature afin de s'approcher d'elle. Elle ne pourra cependant se
marier qu'après les noces de l'indomptable aînée Catarina
qui dissuade tous les courtisans. Seul le dénommé Petruchio
accepte de relever le défi. Il vient de Vérone (la ville de
« Roméo et Juliette ») et s'avère totalement ruiné.
Il entreprend de dompter Catarina la tigresse qui sortira ses griffes au
grand dam du père.
Sur le plateau de l'Artistic Athévains, l'épopée
burlesque et survoltée de la '' Mégère '' est très
resserrée et se joue à cinq personnages alors que d'autres
personnages prennent vie dans de piquantes séquences filmées,
comme la soeur cadette Bianca (Charlotte Durand-Raucher) et les deux
prétendants Hortensio et Gremio jetant à ses pieds d'éprises
déclarations. Des intermèdes savoureux comme la pantalonnade
farfelue du mariage sont projetés sur l'écran où se
poursuit donc une partie de la pièce, créant un décalage
scénique renforcé par le saut effectué à travers
des décennies différentes.
Ainsi, on plonge dans la Commedia dellarte avec ses fanfaronnades,
on croise le personnage de Toto, très en vogue au début des
années cinquante, défilent des photos de femmes des années
soixante au tempérament affirmé comme La Magnani, la
Mangano...faisant parallèle au caractère impétueux de
Catarina. On est dans lItalie de « la Dolce vita » de Fellini,
dans le « Mariage à l'italienne » de Vittorio de Sica, «
Le lit conjugal » de Marco Ferrerro....Les époques
s'enchevêtrent et les costumes des comédiens s'interchangent,
tantôt élisabethains tantôt modernes (costumes Dominique
Bourde).
Dans cette atmosphère italienne joyeuse et exubérante
accompagnée de musiques sucrées et sensuelles, les comédiens
interprètent la partition avec une ardeur puissante et une vitalité
communicative. Cédric Colas est un Petruchio plein d'énergie,
à la verve endiablée, jouant le méchant avec
délectation, martyrisant à souhait la fragile et néanmoins
robuste Sarah Biasini, qui se défend avec fougue et donne un éclat
exquis à Catarina. Maxime Lombard au truculent accent est un père
à l'obstination bornée ne fléchissant aucunement devant
la volonté de marier sa fille aînée avant la plus jeune
malgré les suppliques de Lucentio, l'amoureux transi de Bianca joué
par Pierre Einaudi. Quant au valet Grumio - Guillaume Veyre - c'est en vrai
bouffon qu'il aide son maître à humilier Catarina pour la rendre
servile.
Les scènes de privation sont absolument cocasses. Cependant, lorsque
la farouche épouse ravalera sa fierté, rien que parce que son
corps crie famine et tombe d'épuisement par manque de sommeil, Petruchio,
lui, ayant eu le plaisir sadique de faire plier le réel à son
désir, finira par abdiquer devant cette résistance qui cède
tout au moins en apparence.
A la fin de la pièce, lhéroïne lit un texte de
Virginia Woolf, rendant hommage à la sur de Shakespeare qui
na pas existé et naurait pas pu faire sa carrière
Frédérique Lazarini assure la revanche de Catarina par cette
tirade provocatrice.
Dans cette mise en scène débridée, haletante,
réjouissante, la Catarina composée par Sarah Biasini n'est
pas une harpie belliqueuse, arrogante et insupportable. Elle est une jeune
femme vulnérable qui veut affirmer son identité, revendique
le droit à la parole, se rebelle et se dresse contre la prédominance
masculine et l'autorité patriarcale. Elle semblera accepter la
compromission quand elle trouvera l'homme qui, en fait, est sur la même
longueur d'onde qu'elle et qu'entre eux la liaison orageuse se fera jeu amoureux
où chacun devient tour à tour l'objet de l'autre. Il suffisait
que Petruchio apprenne à Catarina à se faire aimer même
si la manière est fort rude pour que celle-ci se décide à
aimer également.
C'est frais, tout va très vite, on rit. humour, jubilation, insolence
sont de mise dans cette comédie picaresque réinventée
et haute en couleurs.
CatS / Theothea.com le 12/02/20
|
DEUX EUROS VINGT
"Deux euros vingt" en cache-cache entre amitié et
ressentiment au Rive Gauche
de
Marc Fayet
mise en scène José Paul
avec
Lysiane
Meis, Michèle Garcia, Caroline Maillard, Marc Fayet, Gerard Loussine
& Michel Le rousseau |
****
Théâtre Rive Gauche
|
Trois années auparavant, avec Pascal Légitimus en tête
de gondole, était créée
"Non à l'argent"
où celui-ci, dans l'intention de faire perdurer l'esprit d'une
tradition familiale mais insatisfait des réactions de ses partenaires
à l'annonce d'un gros lot virtuellement acquis suite à l'achat
d'un billet de loterie nationale, devrait en définitive prendre les
"grands moyens" pour mettre un point final à tous les plans sur la
comète échafaudés par ses proches.
Et bien voici que, selon une thématique similaire, est convoquée
une bande de potes ayant coutume de se retrouver en villégiature dans
des lieux différents chaque année pour passer ensemble leurs
vacances.
Présentement, l'intention amusée de l'auteur Marc Fayet,
de surcroît acteur du canular à venir, serait de confronter
ses amis à ce qu'il a intitulé la blague à deux euros
vingt.
Si à terme, l'épilogue se conclura de manière identique
à celle innovée par "Légitimus", l'enjeu sociétal
déterminant sera ici déplacé d'aval en amont jetant
la zizanie davantage sur la somme initiale liée à un achat
de 2, 20 euros que celle concernant le mirifique retour sur investissement
qui pourrait fort bien leur passer sous le nez, selon l'idée induite
que quelle que soit la somme d'argent, celle-ci est très souvent à
l'origine de disputes familiales ou de fâcheries entre amis.
En l'occurrence, c'est le fait de laisser traîner, aux yeux de tous,
cette somme modique qui va constituer le motif d'un véritable psychodrame
annoncé autant que révélateur:
En effet, ces quelques pièces de monnaie seront par, une sorte
de loi tacite, appelées à disparaître mais c'est l'absence
de raison fondée qui va poser problème à la communauté
puisque personne n'aura préalablement revendiqué le besoin
de s'en emparer et pire, personne ne déclarera l'avoir capté.
C'est donc la disparition de ces 2 euros 20 sans explication et sans crier
gare qui va faire éclater au grand jour les ressentiments cachés
des uns pour les autres au sein de cette bande d'amis pourtant depuis belle
lurette.
Désormais tout ce qui maintient habituellement les perceptions
négatives en état silencieux est prêt à se manifester
car tout se passe comme si un acte de traîtrise envers le groupe avait
ainsi réveillé les forces obscures.
C'est lorsque l'auteur du méfait aura, enfin, été
confondu que débutera une deuxième interrogation collective.
En effet, savoir qui a dérobé les 2 euros 20 va faire surgir
immédiatement la nécessité de comprendre à quel
usage était destinée cette impulsion vénale.
Aussi quand l'ensemble des amis réunis apprendront que cet argent
a été utilisé pour l'achat d'un billet de loterie et
que celui-ci est probablement bénéficiaire d'un gain
considérable, la tension va redoubler de plus belle en induisant que
le partage devrait être effectué au profit de la communauté.
Le débat qui s'ensuivra ne faisant qu'attiser les points de vue
contradictoires, la nécessité de trouver un compromis mettant
tout le monde d'accord aura pour effet ultime d'adopter la fameuse solution
radicale que nous avions précédemment attribuée à
"Légitimus".
La mise en scène de José Paul aura pour vertu de réunir
par groupuscules successifs au sein de leur "bande artistique" aux rôles
générationnels récurrents, dans un décor assez
"cheap" constitué d'une grande cloison mobile à plusieurs panneaux
derrière lesquels se devinent des paysages idylliques de Provence,
les six protagonistes liés à ce forfait a priori mineur mais
que la roue de la (mal)chance aurait transformé en tentation opportune
pour chacun de défendre le prorata de son appartenance au groupe ou
au contraire son indépendance retrouvée.
Cela risque de faire beaucoup de dégâts. Chacun devra veiller
au grain mais c'est effectivement, bien qu'il soit partie prenante en tant
que comédien, l'auteur Marc Fayet qui aura le dernier mot.... celui
en quelque sorte imputable à la morale. Cependant l'amitié
pourrait-elle se satisfaire d'une injonction indiquant que rira bien qui
rira le dernier ?
Theothea le 15/02/20
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LE MUGUET DE
NOËL
"Le Muguet de Noël" Jean-Luc Moreau booste la Comédie
en Boulevard... au Montparnasse
de
Sébastien Blanc & Nicolas Poiret
mise en scène Jean-Luc Moreau
avec
Lionnel Astier, Frédéric Bouraly, Jean-Luc Porraz et
Alexie Ribes
|
****
Théâtre
Montparnasse
|
Si un patron précurseur, succédant à son paternel
traditionaliste, décidait, sur un coup de tête illuminé,
de remplacer à Noël la vente de sapins par celle du muguet, bien
moins encombrant et beaucoup plus facile d'entretien, l'on pourrait comprendre
que l'encadrement directorial de la boîte botanique puisse avoir quelques
états d'âme et manifeste en retour une certaine inquiétude
commerciale.
Ainsi lorsque François (Lionnel Astier), ce cadre à
l'enthousiasme professionnel en berne, accueille à domicile Pierre
(Frédéric Bouraly), son grand ami de toujours, la pudeur lui
dicte une ouverture sans réserve à l'égard de ce pote
chômeur dont l'appartement vient d'être détruit dans un
incendie alors que son épouse s'est expatriée en Alaska pour
une longue mission.
Faisant ainsi profil bas devant les vicissitudes de la vie, François
attend de surcroît la visite de sa fille dont il se trouve que Pierre
est le parrain.
Marion (Alexis Ribes) est donc sur le point de présenter à
son père son nouveau fiancé, sachant pertinemment que d'autres
prétendants n'ont pas été accueillis à bras ouverts
précédemment.
La surprise, cette fois-ci, dépassera toutes les configurations
envisageables et c'est dans un rapport de forces multidimensionnel que les
protagonistes vont se livrer à fleurets mouchetés à
une bataille où les postes stratégiques du management se trouveront
suspendus au diktat du grand Amour selon le point de vue adopté dans
cet improbable jeu de rôles.
Voici donc Serge (Jean-Luc Porraz), le big boss de l'entreprise horticole,
introduit à domicile dans les convenances traditionnelles, prenant
d'emblée en tenailles le cadre supérieur et sa fille alors
même qu'il vient faire sa visite maritale préliminaire au sein
de sa future belle famille.
Dans cette perspective, Pierre pourra-t-il s'offrir en sacrifice expiatoire
au bûcher des embrouilles, moyennant une compensation existentielle
à la mesure de son handicap sociétal ?
A vrai dire, les options de sortie de crise vont valser à qui mieux
mieux trouvant à chaque fois sur leur chemin l'obstacle rédhibitoire
remettant les compteurs de conflits d'intérêts en position
nominale.
Et l'Amour dans tout çà, aura-t-il une destinée aussi
prometteuse que celle escomptée pour le "Muguet de Noël" mis
ainsi sur le marché par Sébastien Blanc & Nicolas Poiret
à la suite de leur triomphal "Deux mensonges et une vérité"
?
Les quatre comédiens s'emploient à merveille à sublimer
ce vaudeville contemporain avec la force de conviction qui sied à
la passion de croire en sa chance... faisant fi de tout détour ou
compromis pour parvenir à ses fins.
Théorie le 20/02/20
|
JE ME SENS SI BIEN CHEZ
VOUS
" Je me sens si bien chez vous " Squatt par stratégie
séductrice aux Blancs Manteaux
de
Eric Lourioux
mise en scène Nath Khorsand
avec
Nathaniel Khorsand, Olga Shuvalova, Jane Off & Zach Naranjo
|
****
Théâtre des Blancs
Manteaux
Les mercredis à 21h00
|
Cette comédie d'Eric Lourioux reprise dans un format élagué
la rendant speed, percutante et donc apte à son export éventuel
en Avignon off, n'en est pas moins "drôlement culottée" tant
par sa thématique "coup fourré sous amnésie
préméditée" que par ses implications d'harcèlement
X, ses chantages allusifs ainsi que, cerise sur le gâteau, une
interprétation fascinante et décoiffante de style "cougar diplomate
& classieuse" prête à toutes les opportunités permettant
de pressentir l'objectif sous-jacent, à savoir s'installer dans une
résidence bourgeoise en incitant les valeureux propriétaires
à déguerpir, histoire de profiter de cette villégiature
à leur place.
Cependant en façade, c'est le pragmatisme burlesque qui sera mis
à profit pour, de façon empirique, parvenir à ces fins
car aucune intention apparente ne semble dicter le comportement de Marcelle
fortement perturbée par des cocktails explosifs au point de perdre
la mémoire, débarquant, à cour, dans la vie de Patrice
un de ses "ex" partageant désormais l'intimité affective de
Valeyre son amoureuse, alors qu'un livreur de pizza, tout fou, entrera, lui
à jardin, avec de précieuses informations concernant la vie
privée récente de Marcelle aux souvenirs ainsi défaillants
ou tout au moins sélectifs.
Très rationnel, bien qu'ému par ces retrouvailles avec son
ancienne maîtresse, mais voulant surtout bien faire, Patrice (Nathaniel
Khorsand & mise en scène) essaiera de remettre d'équerre
cette situation périlleuse et ambiguë alors que sa compagne (Jane
Off) ressentira en permanence un trouble instinctif et prémonitoire
tout en subissant elle-même les assauts d'un désir libinideux
mal assumé.
Il faut dire que si, de son côté, le coursier Fabio (Zack
Naranjo) peut effectivement inspirer une certaine fascination ostentatoire
pour ses proies éventuelles, c'est peu de dire que Marcelle met toute
l'assistance en émoi sans que rien ne semble pouvoir arrêter
les ravages de séduction qu'Olga Shuvalova se plaît à
dispenser avec grâce autour d'elle... en affichant "le grand jeu".
Ils ne succombaient pas tous, mais tous étaient frappés !...
Puisqu'il s'agit, en l'occurrence, de profiter des faiblesses de ses
interlocuteurs, des failles de leur esprit critique et finalement d'abuser
du sens de l'hospitalité, l'on se dit que la comédienne trouve
ici la pertinence d'un véritable rôle de composition quelle
joue avec immense talent jusqu'au bout des implications contradictoires...
D'ailleurs la pièce est très bien construite avec deux
mouvements simultanés antagonistes montrant dune part
lintégration parallèle de Marcelle et Fabio à
marche forcée mais fort efficace dans le foyer de Patrice & Valeyre
alors que symétriquement ceux-ci s'enfoncent peu à peu dans
des complications domestiques et professionnelles de plus en plus
ingérables.
C'est cette double progression inverse qui génère à
la fois le suspens et le comique de situation où chacun des quatre
interprètes force le trait de son rôle de façon à
rendre caricaturales l'hospitalité et la bienveillance face à
la roublardise et l'arnaque de haut vol.
Mais cela mène néanmoins à un constat plus que troublant
à l'épilogue car de fait la malignité triomphe sur toute
la ligne et transforme en victimes consentantes le couple d'accueil en fuite
vers un exil si possible meilleur pour eux.
On l'aura compris, il s'agit d'une parodie poussant allègrement
le bouchon de la farce jusqu'à ses extrêmes limites et
conséquences transgressives en osant ainsi ne laisser planer aucun
doute moral sur la victoire totale des malins sur les naïfs.
En tout cas, mille bravos aux comédiens qui incarnent leurs partitions
respectives avec une conviction totalement confondante... et franchement
désopilante.
Theothea le 8 février 2020
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