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Les    Chroniques   de

  

24ème  Saison     Chroniques   24.31   à   24.35    Page  456

     

       

                   

                 

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ANGELS IN AMERICA

" Angels in America " by Desplechin : Anges gardiens ou d'enfer à La Comédie-Française ?

de  Tony Kushner 

mise en scène Arnaud Desplechin  

avec  Florence Viala, Michel Vuillermoz, Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger, Christophe Montenez, Jennifer Decker, Dominique Blanc & Gaël Kamilindi

****

     

Comédie-Française

Salle Richelieu

 

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

             

En faisant descendre des cintres L'ange Leader, celui symbolisant l'Amérique (Florence Viala), Arnaud Desplechin prend l'assurance de crever virtuellement le plafond de la salle Richelieu respectant ainsi scrupuleusement les didascalies de Tony Fursher tout en affichant paradoxalement le respect d'un académisme de bon aloi.

Point de velléité de jouer la carte de la transgression distillant le souffre car le metteur en scène ès-cinémas poursuit une idée qui le taraude, celle d'apporter sur le plateau du Français un spectacle " impur ", c'est ainsi qu'il aime qualifier son intention artistique instillant de fait le mélange des genres, Le Vaudeville, Brecht, Shakespeare, La Comédie musicale etc.... qui lui apparaissent dans leur association improbable comme la meilleure manière de cerner la part de vérité collective.

Qu'importe que certains y voient une forme d'angélisme là où d'autres persisteront à y distinguer le catastrophisme ambiant, l'objectif du réalisateur récidivant sous la sollicitation empressée de l'Administrateur général Eric Ruff, après une première approche de "légitimation vivifiante" pour PERE de Strindberg en 2015, était de créer aujourd'hui un spectacle total où l'ensemble des conventions théâtrales et filmiques se devaient de constituer un patchwork, de nature globalisante, rendant compte d'un état du monde contemporain s'affichant récurrent à la fois dans ses ambitions et ses lacunes.

Si donc les messagers divins devaient s'embarrasser d'être perçus, selon des personnages interposés, tels des fantômes, des zombies ou à contrario des gages de protection, semant sur terre indistinctement le malheur, la maladie, la haine ou au contraire la bienveillance, il serait judicieux de laisser à chacun la faculté de se situer au-delà du décodage qu’induisent le surnaturel et l'ésotérisme.

De surcroît, il y aurait beaucoup à apprendre des phénomènes sociétaux que nul ne maîtrise réellement mais qui s'imposent à tous par le modus vivendi collectif, à travers le jeu des démocraties triomphantes ou à bout de souffle se confrontant à l'entendement social souvent tourneboulé.

En effet, d'une fin de siècle au début du suivant, Arnaud Desplechin propose un effet miroir en métaphore de la société Reaganienne des Années 80 se répliquant judicieusement à celles de Trump par un clonage ciblé " fin de XXème " selon deux parties "L'avènement du Millenium" & "Perestroïka" pour constituer cette emblématique pièce "Angels in America" adaptée en la circonstance par une régression de sept à moins de trois heures.

Jouée lors de la création originelle en 91-92 à San Francisco, la pièce est parvenue une première fois en France en Avignon, puis au Théâtre d'Aubervilliers en 96, là-même où Arnaud Desplechin la découvrait, pour que près de 25 ans plus tard, il ait plus que jamais à son tour l'envie de monter ce spectacle-monde tirant sa subversion de ses composants hétérogènes.

De la géopolitique à la sphère intime en passant par le stade métaphysique, c'est une vaste chorégraphie scénographique de 44 tableaux qui, selon une succession de fondus enchaînés s’ajustant en permanence à la focale thématique grâce à une complexe panoplie de rideaux, annonce l'apparition anxiogène du Sida au coeur de la mouvance homosexuelle en plein coming out.

Selon une perception formelle de références essentiellement cinématographiques, des projections de visuels in situ en toile de fond cadrent les changements à vue d'accessoires assurés par les huit comédiens eux-mêmes évoluant, à plusieurs reprises, en dispositif split-screen où deux actions simultanées se partagent l’espace scénique.

C'est ainsi que va se jouer un ballet où Michel Vuillermoz omniprésent en avocat Roy Con et Dominique Blanc polyvalente mènent la danse du leadership stratégique alors que des marionnettes suspendues à des filins assurent le va-et-vient angélique entre le prosaïque et le messianisme faisant toile de fond aux trois protagonistes (Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger & Christophe Montenez) en charge de l'intime, de l'affectif, et de la passion sur lesquels vont prospérer la pathologie en même temps que le mal-être du genre.

Cependant que sous l'influence de Jennifer Decker jouant habilement à son insu les empêcheuses de tourner en rond et celle de Gaël Kamilindi excellent en mouche du coche, seul le temps qui passe aura vraiment gain de cause au point de resservir le couvert dès l'avènement du siècle suivant...

Arnaud Desplechin semblerait donc ainsi cautionner les balbutiements de l'Histoire. Il lui est donc conséquent d'en faire la pédagogie en illustrant que les mêmes causes produisant les mêmes effets, la micro sociologie s'apparente à la macro, sans que leur interférence réciproque laisse grande marge de manœuvre à l'individu lambda, vulnérable et terriblement isolé.

Theothea le 30 janvier 2020

           

           

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LA MEGERE APPRIVOISEE

" La Mégère apprivoisée " émancipée par Sarah Biasini à l'Artistic Théâtre

de  William  Shakespeare  

mise en scène Frédérique Lazarini 

avec  Sarah Biasini, Cédric Colas, Pierre Einaudi, Maxime Lombard & Guillaume Veyre   

****

     

Artistic Théâtre

 

©   Marion Duhamel

                

Des bancs de bois alignés de part et d'autre et les uns derrière les autres semblent prolonger les gradins de l'Artistic Théâtre nous rendant spectateurs d'un cinéma ambulant trônant sur une petite place éclaboussée de soleil et ceinte de palissades de draps immaculés sur lesquelles sont épinglées chemises, combinaisons blanches comme neige (chaude et lumineuse scénographie de François Cabanat) et d'où surgiront les comédiens.

On y respire l'ambiance de l'Italie des années 50-60 et lorsque Sarah Biasini qui interprète le personnage tempétueux de Catarina retirera quelques vêtements qui sèchent, se superposera l'image de Sophia Loren lorsqu'elle étend son linge dans ''Une journée particulière'' d'Ettore Scola.

La mise en scène judicieuse de Frédérique Lazarini - également majestueuse comédienne, elle était flamboyante dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo - mêle intrinsèquement différentes périodes et différents styles d'autant qu'elle s'appuie sur le matériau cinématographique de la comédie italienne pour illustrer la pièce de Shakespeare au théâtre (réalisation du film Bernard Malaterre).

« La Mégère apprivoisée » s'y prête car l'action se déroule à Padoue bien qu'au 16ème siècle. Le tonitruant Baptista se vante d'être l'un des plus riches marchands de la ville. Sa fille cadette Bianca est courtisée par deux soupirants qui se feront passer pour des professeurs de littérature afin de s'approcher d'elle. Elle ne pourra cependant se marier qu'après les noces de l'indomptable aînée Catarina qui dissuade tous les courtisans. Seul le dénommé Petruchio accepte de relever le défi. Il vient de Vérone (la ville de « Roméo et Juliette ») et s'avère totalement ruiné. Il entreprend de dompter Catarina la tigresse qui sortira ses griffes au grand dam du père.

Sur le plateau de l'Artistic Athévains, l'épopée burlesque et survoltée de la '' Mégère '' est très resserrée et se joue à cinq personnages alors que d'autres personnages prennent vie dans de piquantes séquences filmées, comme la soeur cadette Bianca (Charlotte Durand-Raucher) et les deux prétendants Hortensio et Gremio jetant à ses pieds d'éprises déclarations. Des intermèdes savoureux comme la pantalonnade farfelue du mariage sont projetés sur l'écran où se poursuit donc une partie de la pièce, créant un décalage scénique renforcé par le saut effectué à travers des décennies différentes.

Ainsi, on plonge dans la Commedia dell’arte avec ses fanfaronnades, on croise le personnage de Toto, très en vogue au début des années cinquante, défilent des photos de femmes des années soixante au tempérament affirmé comme La Magnani, la Mangano...faisant parallèle au caractère impétueux de Catarina. On est dans l’Italie de « la Dolce vita » de Fellini, dans le « Mariage à l'italienne » de Vittorio de Sica, « Le lit conjugal » de Marco Ferrerro....Les époques s'enchevêtrent et les costumes des comédiens s'interchangent, tantôt élisabethains tantôt modernes (costumes Dominique Bourde).

Dans cette atmosphère italienne joyeuse et exubérante accompagnée de musiques sucrées et sensuelles, les comédiens interprètent la partition avec une ardeur puissante et une vitalité communicative. Cédric Colas est un Petruchio plein d'énergie, à la verve endiablée, jouant le méchant avec délectation, martyrisant à souhait la fragile et néanmoins robuste Sarah Biasini, qui se défend avec fougue et donne un éclat exquis à Catarina. Maxime Lombard au truculent accent est un père à l'obstination bornée ne fléchissant aucunement devant la volonté de marier sa fille aînée avant la plus jeune malgré les suppliques de Lucentio, l'amoureux transi de Bianca joué par Pierre Einaudi. Quant au valet Grumio - Guillaume Veyre - c'est en vrai bouffon qu'il aide son maître à humilier Catarina pour la rendre servile.

Les scènes de privation sont absolument cocasses. Cependant, lorsque la farouche épouse ravalera sa fierté, rien que parce que son corps crie famine et tombe d'épuisement par manque de sommeil, Petruchio, lui, ayant eu le plaisir sadique de faire plier le réel à son désir, finira par abdiquer devant cette résistance qui cède tout au moins en apparence.

A la fin de la pièce, l’héroïne lit un texte de Virginia Woolf, rendant hommage à la sœur de Shakespeare qui n’a pas existé et n’aurait pas pu faire sa carrière… Frédérique Lazarini assure la revanche de Catarina par cette tirade provocatrice.

Dans cette mise en scène débridée, haletante, réjouissante, la Catarina composée par Sarah Biasini n'est pas une harpie belliqueuse, arrogante et insupportable. Elle est une jeune femme vulnérable qui veut affirmer son identité, revendique le droit à la parole, se rebelle et se dresse contre la prédominance masculine et l'autorité patriarcale. Elle semblera accepter la compromission quand elle trouvera l'homme qui, en fait, est sur la même longueur d'onde qu'elle et qu'entre eux la liaison orageuse se fera jeu amoureux où chacun devient tour à tour l'objet de l'autre. Il suffisait que Petruchio apprenne à Catarina à se faire aimer même si la manière est fort rude pour que celle-ci se décide à aimer également.

C'est frais, tout va très vite, on rit. humour, jubilation, insolence sont de mise dans cette comédie picaresque réinventée et haute en couleurs.

Cat’S / Theothea.com le 12/02/20

   

          

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DEUX EUROS VINGT

"Deux euros vingt" en cache-cache entre amitié et ressentiment au Rive Gauche

de  Marc Fayet     

mise en scène José Paul  

avec  Lysiane Meis, Michèle Garcia, Caroline Maillard, Marc Fayet, Gerard Loussine & Michel Le rousseau

****

     

Théâtre Rive Gauche

 

©  Fabienne RAPPENEAU

             

Trois années auparavant, avec Pascal Légitimus en tête de gondole, était créée "Non à l'argent" où celui-ci, dans l'intention de faire perdurer l'esprit d'une tradition familiale mais insatisfait des réactions de ses partenaires à l'annonce d'un gros lot virtuellement acquis suite à l'achat d'un billet de loterie nationale, devrait en définitive prendre les "grands moyens" pour mettre un point final à tous les plans sur la comète échafaudés par ses proches.

Et bien voici que, selon une thématique similaire, est convoquée une bande de potes ayant coutume de se retrouver en villégiature dans des lieux différents chaque année pour passer ensemble leurs vacances.

Présentement, l'intention amusée de l'auteur Marc Fayet, de surcroît acteur du canular à venir, serait de confronter ses amis à ce qu'il a intitulé la blague à deux euros vingt.

Si à terme, l'épilogue se conclura de manière identique à celle innovée par "Légitimus", l'enjeu sociétal déterminant sera ici déplacé d'aval en amont jetant la zizanie davantage sur la somme initiale liée à un achat de 2, 20 euros que celle concernant le mirifique retour sur investissement qui pourrait fort bien leur passer sous le nez, selon l'idée induite que quelle que soit la somme d'argent, celle-ci est très souvent à l'origine de disputes familiales ou de fâcheries entre amis.

En l'occurrence, c'est le fait de laisser traîner, aux yeux de tous, cette somme modique qui va constituer le motif d'un véritable psychodrame annoncé autant que révélateur:

En effet, ces quelques pièces de monnaie seront par, une sorte de loi tacite, appelées à disparaître mais c'est l'absence de raison fondée qui va poser problème à la communauté puisque personne n'aura préalablement revendiqué le besoin de s'en emparer et pire, personne ne déclarera l'avoir capté.

C'est donc la disparition de ces 2 euros 20 sans explication et sans crier gare qui va faire éclater au grand jour les ressentiments cachés des uns pour les autres au sein de cette bande d'amis pourtant depuis belle lurette.

Désormais tout ce qui maintient habituellement les perceptions négatives en état silencieux est prêt à se manifester car tout se passe comme si un acte de traîtrise envers le groupe avait ainsi réveillé les forces obscures.

C'est lorsque l'auteur du méfait aura, enfin, été confondu que débutera une deuxième interrogation collective. En effet, savoir qui a dérobé les 2 euros 20 va faire surgir immédiatement la nécessité de comprendre à quel usage était destinée cette impulsion vénale.

Aussi quand l'ensemble des amis réunis apprendront que cet argent a été utilisé pour l'achat d'un billet de loterie et que celui-ci est probablement bénéficiaire d'un gain considérable, la tension va redoubler de plus belle en induisant que le partage devrait être effectué au profit de la communauté.

Le débat qui s'ensuivra ne faisant qu'attiser les points de vue contradictoires, la nécessité de trouver un compromis mettant tout le monde d'accord aura pour effet ultime d'adopter la fameuse solution radicale que nous avions précédemment attribuée à "Légitimus".

La mise en scène de José Paul aura pour vertu de réunir par groupuscules successifs au sein de leur "bande artistique" aux rôles générationnels récurrents, dans un décor assez "cheap" constitué d'une grande cloison mobile à plusieurs panneaux derrière lesquels se devinent des paysages idylliques de Provence, les six protagonistes liés à ce forfait a priori mineur mais que la roue de la (mal)chance aurait transformé en tentation opportune pour chacun de défendre le prorata de son appartenance au groupe ou au contraire son indépendance retrouvée.

Cela risque de faire beaucoup de dégâts. Chacun devra veiller au grain mais c'est effectivement, bien qu'il soit partie prenante en tant que comédien, l'auteur Marc Fayet qui aura le dernier mot.... celui en quelque sorte imputable à la morale. Cependant l'amitié pourrait-elle se satisfaire d'une injonction indiquant que rira bien qui rira le dernier ?

Theothea le 15/02/20

             

     

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LE MUGUET DE NOËL

"Le Muguet de Noël" Jean-Luc Moreau booste la Comédie en Boulevard... au Montparnasse   

de Sébastien Blanc & Nicolas Poiret

mise en scène  Jean-Luc Moreau   

avec  Lionnel Astier, Frédéric Bouraly, Jean-Luc Porraz et Alexie Ribes   

****

     

Théâtre  Montparnasse 

 

©     J.STEY

               

Si un patron précurseur, succédant à son paternel traditionaliste, décidait, sur un coup de tête illuminé, de remplacer à Noël la vente de sapins par celle du muguet, bien moins encombrant et beaucoup plus facile d'entretien, l'on pourrait comprendre que l'encadrement directorial de la boîte botanique puisse avoir quelques états d'âme et manifeste en retour une certaine inquiétude commerciale.

Ainsi lorsque François (Lionnel Astier), ce cadre à l'enthousiasme professionnel en berne, accueille à domicile Pierre (Frédéric Bouraly), son grand ami de toujours, la pudeur lui dicte une ouverture sans réserve à l'égard de ce pote chômeur dont l'appartement vient d'être détruit dans un incendie alors que son épouse s'est expatriée en Alaska pour une longue mission.

Faisant ainsi profil bas devant les vicissitudes de la vie, François attend de surcroît la visite de sa fille dont il se trouve que Pierre est le parrain.

Marion (Alexis Ribes) est donc sur le point de présenter à son père son nouveau fiancé, sachant pertinemment que d'autres prétendants n'ont pas été accueillis à bras ouverts précédemment.

La surprise, cette fois-ci, dépassera toutes les configurations envisageables et c'est dans un rapport de forces multidimensionnel que les protagonistes vont se livrer à fleurets mouchetés à une bataille où les postes stratégiques du management se trouveront suspendus au diktat du grand Amour selon le point de vue adopté dans cet improbable jeu de rôles.

Voici donc Serge (Jean-Luc Porraz), le big boss de l'entreprise horticole, introduit à domicile dans les convenances traditionnelles, prenant d'emblée en tenailles le cadre supérieur et sa fille alors même qu'il vient faire sa visite maritale préliminaire au sein de sa future belle famille.

Dans cette perspective, Pierre pourra-t-il s'offrir en sacrifice expiatoire au bûcher des embrouilles, moyennant une compensation existentielle à la mesure de son handicap sociétal ?

A vrai dire, les options de sortie de crise vont valser à qui mieux mieux trouvant à chaque fois sur leur chemin l'obstacle rédhibitoire remettant les compteurs de conflits d'intérêts en position nominale.

Et l'Amour dans tout çà, aura-t-il une destinée aussi prometteuse que celle escomptée pour le "Muguet de Noël" mis ainsi sur le marché par Sébastien Blanc & Nicolas Poiret à la suite de leur triomphal "Deux mensonges et une vérité" ?

Les quatre comédiens s'emploient à merveille à sublimer ce vaudeville contemporain avec la force de conviction qui sied à la passion de croire en sa chance... faisant fi de tout détour ou compromis pour parvenir à ses fins.

Théorie le 20/02/20

             

       

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JE ME SENS SI BIEN CHEZ VOUS

" Je me sens si bien chez vous " Squatt par stratégie séductrice aux Blancs Manteaux

   

de  Eric Lourioux           

mise en scène  Nath Khorsand   

avec  Nathaniel Khorsand, Olga Shuvalova, Jane Off & Zach Naranjo   

****

     

Théâtre des Blancs Manteaux

Les mercredis à 21h00

 

©  Ricardo Figuiera

       

Cette comédie d'Eric Lourioux reprise dans un format élagué la rendant speed, percutante et donc apte à son export éventuel en Avignon off, n'en est pas moins "drôlement culottée" tant par sa thématique "coup fourré sous amnésie préméditée" que par ses implications d'harcèlement X, ses chantages allusifs ainsi que, cerise sur le gâteau, une interprétation fascinante et décoiffante de style "cougar diplomate & classieuse" prête à toutes les opportunités permettant de pressentir l'objectif sous-jacent, à savoir s'installer dans une résidence bourgeoise en incitant les valeureux propriétaires à déguerpir, histoire de profiter de cette villégiature à leur place.

Cependant en façade, c'est le pragmatisme burlesque qui sera mis à profit pour, de façon empirique, parvenir à ces fins car aucune intention apparente ne semble dicter le comportement de Marcelle fortement perturbée par des cocktails explosifs au point de perdre la mémoire, débarquant, à cour, dans la vie de Patrice un de ses "ex" partageant désormais l'intimité affective de Valeyre son amoureuse, alors qu'un livreur de pizza, tout fou, entrera, lui à jardin, avec de précieuses informations concernant la vie privée récente de Marcelle aux souvenirs ainsi défaillants ou tout au moins sélectifs.

Très rationnel, bien qu'ému par ces retrouvailles avec son ancienne maîtresse, mais voulant surtout bien faire, Patrice (Nathaniel Khorsand & mise en scène) essaiera de remettre d'équerre cette situation périlleuse et ambiguë alors que sa compagne (Jane Off) ressentira en permanence un trouble instinctif et prémonitoire tout en subissant elle-même les assauts d'un désir libinideux mal assumé.

Il faut dire que si, de son côté, le coursier Fabio (Zack Naranjo) peut effectivement inspirer une certaine fascination ostentatoire pour ses proies éventuelles, c'est peu de dire que Marcelle met toute l'assistance en émoi sans que rien ne semble pouvoir arrêter les ravages de séduction qu'Olga Shuvalova se plaît à dispenser avec grâce autour d'elle... en affichant "le grand jeu". Ils ne succombaient pas tous, mais tous étaient frappés !...

Puisqu'il s'agit, en l'occurrence, de profiter des faiblesses de ses interlocuteurs, des failles de leur esprit critique et finalement d'abuser du sens de l'hospitalité, l'on se dit que la comédienne trouve ici la pertinence d'un véritable rôle de composition qu’elle joue avec immense talent jusqu'au bout des implications contradictoires...

D'ailleurs la pièce est très bien construite avec deux mouvements simultanés antagonistes montrant d’une part l’intégration parallèle de Marcelle et Fabio à marche forcée mais fort efficace dans le foyer de Patrice & Valeyre alors que symétriquement ceux-ci s'enfoncent peu à peu dans des complications domestiques et professionnelles de plus en plus ingérables.

C'est cette double progression inverse qui génère à la fois le suspens et le comique de situation où chacun des quatre interprètes force le trait de son rôle de façon à rendre caricaturales l'hospitalité et la bienveillance face à la roublardise et l'arnaque de haut vol.

Mais cela mène néanmoins à un constat plus que troublant à l'épilogue car de fait la malignité triomphe sur toute la ligne et transforme en victimes consentantes le couple d'accueil en fuite vers un exil si possible meilleur pour eux.

On l'aura compris, il s'agit d'une parodie poussant allègrement le bouchon de la farce jusqu'à ses extrêmes limites et conséquences transgressives en osant ainsi ne laisser planer aucun doute moral sur la victoire totale des malins sur les naïfs.

En tout cas, mille bravos aux comédiens qui incarnent leurs partitions respectives avec une conviction totalement confondante... et franchement désopilante.

Theothea le 8 février 2020

           

     

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Je me sens si bien chez vous

avec Olga Shuvalova dans le rôle de " Marcelle "

     

     

     

          

     

Le Muguet de Noël

avec Alexie Ribes dans le rôle de " Marion "

     

       

     

         

     

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